Accord de Meerab: ses effets pervers.

 

Force est de reconnaître, plus de deux ans après sa signature (le 18 janvier 2016), et au vu de l’état de la récolte, que l’accord de Meerab n’a pas produit les fruits escomptés pour les Forces libanaises, contrairement au CPL qui a croqué à pleines dents le « Fruit » de l’appui de Samir Geagea à la candidature de Michel Aoun à la présidence de la République, pour s’en contenter et ne rien concéder de substantiel en retour du très précieux et loyal service, excepté une part équitable dans un gouvernement de courte durée.

Cet accord, comme on sait, ne s’est pas conclu sans frais pour les FL qui ont dû sacrifier, contre leur gré, des amis mécontents du 14 mars, notamment les Kataëb, ainsi que des indépendants, sans pour autant gagner l’amitié et le repositionnement du CPL qui est resté ancré dans son camp et fidèlement attaché à son pacte avec le Hezbollah, conclu en février 2006. Si les calculateurs FL pensaient gagner au change, compenser la perte des alliés traditionnels par une nouvelle alliance de poids en formant avec le CPL un « tandem maronite », à l’instar du « tandem chiite », et surtout en prévision des législatives, ils devraient être aujourd’hui bien déçus. Et ils le sont. En effet, le paysage électoral qui ne montre aucune alliance entre les FL et le CPL pour les prochaines législatives est on ne peut plus révélateur de leurs mauvais calculs.

À cette désillusion est venue s’ajouter la perte, tout à fait inattendue, d’un autre allié de poids (sunnite), le Courant du Futur, suite à l’épisode de Riyad qui a eu pour effet de rapprocher Hariri de Aoun et de l’éloigner de Geagea (par gratitude envers le premier et ressentiment envers le second)… et par intérêt post-électoral. Il ressort de ce revirement une alliance électorale entre le CPL et le Futur dans la presque totalité des circonscriptions et des lambeaux d’alliances entre le Futur et les FL dans deux ou trois circonscriptions.

Voici que, par de malencontreuses circonstances depuis la signature de l’accord de Meerab, les FL ont perdu leurs alliés traditionnels (malgré les derniers raccommodements électoraux), à savoir Kataëb, PNL, Futur, indépendants, en plus de ne pas avoir gagné le CPL comme allié, ni électoral, ni politique.

Pour résumer, l’accord de Meerab a eu, pour les FL, les effets pervers suivants :

  • Il n’a pas permis aux FL de tirer Aoun de leur côté, c’est-à-dire du côté des principes du 14 mars, ni de lui faire opérer, a minima, un repositionnement au centre.
  • Il leur a fait perdre leurs alliés traditionnels, ce qui a causé leur isolement et une baisse conséquente de popularité par la désertion d’une partie de la base commune du 14 mars.
  • Il ne leur a pas permis de former ce « tandem chrétien », à l’instar du « tandem chiite », tel que prévu (sans doute) pour des gains électoraux et politiques.

Il est évident, au regard de ce qui précède, que cet accord a plus profité au CPL qu’aux FL, et qu’il a même été de très mauvais augure pour le parti de Samir Geagea.

Qui plus est, ce parti en est arrivé à se trouver dans une position très inconfortable, comme pris en sandwich, piégé, garrotté entre de faux alliés desquels il ne peut se défaire et qu’il ne peut critiquer, pour des raisons d’accommodement électoral et politique. En effet, on le voit prendre des gants dans ses rapports avec le CPL et le Futur alors qu’il est floué par l’un et l’autre qui se sont entendus à ses dépens !

Après cette période électorale d’une autre époque, où des alliances abracadabrantes, contre-nature et sans substance politique sont nouées, où des « espèces » différentes de candidats se croisent sur une même liste électorale verrouillée, pour notre pire et pour leur meilleur, les Forces libanaises devraient tirer les leçons, prendre acte de leur erreur de jugement et sortir du « carcan de Meerab », ce document d’entente factice à la lettre morte qui a servi à les exploiter, pour redevenir ce qu’elles étaient : libres et souveraines.

Tout en gardant les « bonnes intentions » de la Déclaration avec le CPL qui ont contribué à pacifier les rues chrétiennes respectives, les FL devront, de toute urgence, reprendre leur volume initial, tant dans le discours politique que dans la pratique, renouer avec les alliés traditionnels, notamment les Kataëb et autres partis, ainsi que les indépendants du 14 mars, amadouer la « société civile » et (re)constituer un front commun, unifié, idéalement un nouveau 14 mars, pour faire face à une nouvelle tutelle en perspective, qui n’est pas sans rappeler celle de la sinistre période 1990-2005, mais cette fois avec un occupant « fait maison ».

Cet occupant, d’apparence libanaise et d’appartenance extra-étrangère, s’emploiera, après avoir bien stocké ses armes illégales dans le dépôt de ladite maison et envahi sa Chambre (à coucher), à squatter toutes les pièces de l’appartement national, à enfermer les otages au sous-sol, à se vautrer dans le salon et bouffer, dans la salle à manger, ce qui restait de nos « vivres »-ensemble au frigo après les avoir cuits au four.

Les visiteurs ne verront plus le nom du propriétaire « Liban » près du bouton de la sonnerie. Je vous laisse deviner le nom du nouveau propriétaire.

La « Maisonnée libanaise », incluant ses « Forces », est donc priée de se réveiller. Les cambrioleurs circulent dans la maison, et à visage découvert. Ils n’ont même plus besoin de se masquer.

R.B.

 

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