ACCROCS DE MEERAB.

 

 

Accord de Meerab ou Accrocs de Meerab ? On entend beaucoup parler de cet accord, riche en accrocs, sans vraiment nous pencher sur son contenu pour constater que ni l’esprit, ni la lettre de la « Déclaration d’intention », signée en juin 2015, n’ont été respectés, faisant de cet « esprit » un pur fantôme et de cette « lettre » un pur subterfuge qui aura uniquement servi à porter Aoun à la présidence pour instaurer un « Liban fort » pour un parti, ou une partie, qui est celle du 8 mars, toujours en vie, contrairement au 14 mars en mode survie (ou mort imminente).

En effet,  l’esprit de cet accord – l’esprit de réconciliation entre FL et CPL – ne s’est pas concrétisé, à en juger par l’absence d’alliances électorales et, surtout, par les agressions verbales à répétition du CPL à l’encontre des FL et de leur chef, les dernières en date étant celles de Bassil, lors de la célébration de sa « victoire », lorsqu’il a accusé Geagea de ne pas savoir « compter » et d’être par conséquent inapte à gérer le portefeuille de l’Énergie (comme si Bassil était devenu le distributeur de portefeuilles ministériels), outre celles d’Abi Ramia qui a réclamé des « excuses » au chef des FL, pour une bourde commise lors de la célébration de la victoire de Hawat à Jbeil. Force est de constater que nous n’en sommes même pas à une trêve médiatique puisque les « joyeux drilles » du CPL s’en donnent à cœur joie, ce qui n’est pas sans attrister leurs vis-à-vis qui tiennent – de bonne foi – à cette réconciliation illusoire.

Quant à la « lettre » de l’accord, elle a été bien violée, la pauvre, avant de rendre l’âme. Ses principales clauses n’ont même jamais vu le jour, à savoir « l’appui à l’armée libanaise et l’instauration de la seule autorité de l’État sur tout le territoire », « l’interdiction d’utiliser le Liban comme point de départ des armes et des combattants » et « la nécessité de la mise en place d’une politique étrangère indépendante ».

L’esprit et la lettre de cet Accord étant morts, celui-ci n’ayant profité qu’à un parti, voire à un camp, celui du 8 mars, il incombe aux FL de faire preuve de courage et d’honnêteté et de le déclarer caduc, de réviser leur stratégie et de faire marche arrière pour revenir aux principes et au camp souverainiste du 14 mars, d’œuvrer à une réconciliation – bien plus urgente et bénéfique – avec leurs compagnons de route et alliés traditionnels de l’Intifada de l’Indépendance (Kataëb, PNL, Mouvement de l’Initiative nationale, indépendants du 14 mars, etc.).

Il  revient à Geagea de prendre acte de la supercherie, de reconnaître le piège dans lequel il est tombé, de se rappeler sa fameuse déclaration en réaction à la nomination de Frangieh par Hariri, dans laquelle le chiffre « 14 mars » a été repris « n » fois,  et de restaurer l’esprit et la lettre de la Révolution du Cèdre.

Maintenant qu’il est sorti des élections vainqueur, maintenant qu’il peut enfin respirer, il lui incombe de « rebrousser chemin » et d’attirer à sa suite la « brebis égarée », Saad Hariri, qui a perdu de sa « laine électorale », mais qui a permis à Bassil de gagner des plumes, de monter plus haut sur ses ergots et de s’enorgueillir de son élection en lui accordant les voix sunnites à Batroun. Il pourrait, dans la même veine, tenter de récupérer le « transfuge » du Mouvement de l’indépendance qui, sous l’habit du « compromis présidentiel », a retourné sa veste pour aller gonfler les rangs du CPL, c’est-à-dire du 8 mars, des tenants du triptyque « armée-peuple-résistance », tout en se disant (ou se croyant) indépendant et souverainiste.

Le chef des FL devrait percevoir et interpréter le succès électoral de sa formation comme un signal fort pour reconstituer l’Alliance du 14 mars et le projet souverainiste, comme un coup de main de ses électeurs pour le tirer de l’isolement auquel ses anciens et faux alliés le confinaient et le placer en position de force, et non pas comme un « contreseing » sur ses derniers choix stratégiques et ses récentes combinaisons et compromissions.

Cette « voix » électorale, retentissante et souveraine, est venue sortir le corps « courbaturé » du parti de sa mauvaise posture proche du « grand écart » entre deux opposés pour lui permettre de sauter à pieds joints dans le bon camp : son camp. Elle est venue le prévenir des collusions d’intérêts avec l’establishment corrompu. Cette « voix » populaire, de stentor, l’appelle à unifier son langage politique, devenu fourchu depuis le « compromis présidentiel », à appeler un chat un chat, un faux ami un faux ami, un traître un traître, un hypocrite un hypocrite, un mini-État un mini-État, des armes illégales des armes illégales…

Le volume de suffrages obtenus devrait rendre au parti et à son chef leur « volume » initial, habituel, tant dans le discours que dans le rôle politique, sans discordance ou distorsion aucune, ni renversement des priorités mettant, par exemple, les infrastructures du pays au-dessus de la souveraineté de l’État en déstructuration.

Il est loisible au maître de Meerab de tenir mordicus à la réconciliation de Meerab, à ses « faux amis » (sachant bien que nous ne sommes pas contre), mais il lui est demandé de se réconcilier avec ses vrais amis, de leur tendre la main (avec ou sans mea-culpa), de jeter un pont sur la société civile qui partage ses options réformatrices, et de former un front commun de résistance parlementaire, extra-parlementaire et civile aux ultimes assauts de la pseudo-Résistance pro-iranienne et ses collaborateurs locaux ou « Libanais de service ».

Que ce succès électoral porte les Forces libanaises non pas aux nues, mais au cœur du public souverainiste, au cœur de ses alliés naturels ; qu’il les reporte au pouvoir – au prochain Gouvernement – non en tant qu’institution, mais en tant que Coalition qui représente les formations et les figures souverainistes (tout en œuvrant à les faire représenter), et surtout en tant qu’Opposition à l’axe du Mal, à l’annexion du pays, à la corruption, à la concussion, au fromagisme, au népotisme, aux conflits d’intérêt, aux trafics d’influence, à la mauvaise gouvernance…

R.B.

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