Allez tous vous faire voir ailleurs !

 

« Hariri : Que Jamil Sayed aille se faire voir ailleurs » (OLJ)

 

Allez tous vous faire voir ailleurs !

Nous nous verrons de loin meilleurs ;

Tous ! Allez vous faire voir

Et prenez avec vous le pouvoir ;

 

Prenez votre fric plein vos sacs

Vos numéros et vos micmacs ;

Vos tours de piste et de passe-passe

Propres à votre classe sentant la crasse ;

 

Prenez tout ce cirque avec vous

Et on se mettra au garde-à-vous

Devant votre tout dernier manège,

Le dernier droit de votre cortège…

 

Devant vos clowns, vos voltigeurs,

Vos moutons et leurs dompteurs,

En route, ou déroute, vers la sortie

Pour une nouvelle patrie ou partie.

 

Là-bas, vous atteindrez les cimes

Sur le dos de nouvelles victimes ;

Vous proposerez des cartes

D’identité à la carte !

 

Allez-y donc vers les terres vierges !

On vous allumera des cierges

Pour vous souhaiter bon séjour,

Bonnes ventes sans retour ;

 

Et tant que vous y serez, prenez

Avec vous les gros bonnets ;

Les magnats et les malfrats,

Vos convois infestés de vos rats ;

 

Allez tous vous faire voir ailleurs ;

Nous verrons moins de malheurs :

Moins de carrières dans la nature,

Moins de fumée et moins d’ordures ;

 

Plus de carrières sur le marché,

Plus de diplômés embauchés ;

Il y aura moins de banqueroutes,

Moins de trafics sur les routes…

 

Encombrées de vos cohortes ;

Moins de trafics de toutes sortes,

De pirouettes et d’entourloupes ;

Moins de microbes dans notre soupe.

 

Allez vous faire voir quelque part

En emportant chacun sa part

Du Trésor, laissez-nous le pays

Qui a, par vos mains, beaucoup vieilli !

 

Nous saurons le rajeunir,

Lui redonner un avenir ;

Lui refaire une santé

Lorsqu’il ne sera plus hanté ;

 

Nous saurons nettoyer ses rivages,

Sauver ses monts de vos ravages,

Et son ciel de vos nuages,

Et son Cèdre de vos outrages !

 

Nous saurons asseoir l’État

Là où trône le mini-État,

Planter le drapeau national

Dans le trou du drapeau infernal ;

 

Nous saurons revivre ensemble

Non plus sur une terre qui tremble,

Mais sur une terre de paix

Où d’entente on se repaît ;

 

Loin de vos conflits sectaires,

De vos replis identitaires ;

Mais dans la convivialité,

L’harmonieuse diversité ;

 

Loin des clans et des tribus,

Des chefs de gang et leurs barbus ;

Mais parmi des citoyens,

Des gens normaux, des gens de bien ;

 

Allez donc vous faire voir, tout court ;

On reprendra goût à l’amour ;

On pourra mieux se voir dans la glace

Car vous aurez dégagé la place ;

 

Vous aurez dégagé l’écran

Le petit, mais aussi le grand

Où s’agite un violent index

Qui a mis le pays à l’index.

 

Allez vous faire voir, avec vos pairs,

Pour qu’on puisse mieux respirer l’air,

Et se mouiller dans notre mer,

Voir un peu d’algue à travers ;

 

Voir plus clair, par votre absence,

Voir un peu de transparence

Dans nos rivières, dans l’atmosphère,

Dans notre verre, et dans nos affaires.

 

Allez vous faire voir et vous voir faire !

Allez voir de loin notre terre,

Voir ce que vous en avez fait

Et l’ampleur de vos forfaits !

 

Allez-y afin de mieux nous voir

Toujours plongés dans le noir,

Dans la mare quand il pleure,

Dans la nuisance à toute heure.

 

Laissez-nous le champ libre,

Semé de ces vers libres ;

Pour que fleurisse la liberté,

La vraie, qui rime avec fierté,

 

Qui croise l’indépendance,

Et la bonne gouvernance,

Pour que renaisse la nation :

Notre Liban-vocation.

 

R.B.

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