Au pied de la Passion

 

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Seigneur Jésus, perché au pied

De Ta Croix, j’embrasse Tes pieds;

 

Tes pieds aux saints itinéraires

Qui ont parcouru mon calvaire ;

 

Tes pieds qui ont marché, marché,

Pour piétiner tous mes péchés ;

 

Qui ont chaussé le mal du monde

Chargé d’un palmarès immonde ;

 

Qui ont usé son triste état

Tout au long de leur Golgotha ;

 

Qui ont erré dans nos dédales

Sans autre appui que des sandales ;

 

Qui ont titubé et chuté

Sous les huées des cœurs butés,

 

Qui se sont remis sur la plante,

Ont repris leur procession lente ;

 

Pour arriver, seuls et meurtris,

Sous les coups de fouet et les cris.

 

Ȏ Seigneur, le remords me ronge

De n’avoir pas vécu le songe

 

Dès le début de Ta Passion

Pour renforcer ma contrition ;

 

D’avoir raté Ta sainte veille

D’angoisse, quand l’humain s’éveille ;

 

D’avoir raté la trahison

Bien enfermé dans ma prison ;

 

Et ce cher baiser qui Te livre

Pour quelques deniers, quelques livres ;

 

D’avoir raté le jugement,

Les moqueries, le reniement ;

 

Ce piteux interrogatoire,

Ce lavement des mains notoire ;

 

Le choix criant d’un Barabbas

Par une foule tout en bas ;

 

Et le fouet qui casse l’échine,

Et le couronnement d’épines ;

 

Et l’humanité sur le dos

Par ce monumental fardeau ;

 

Par cette insoutenable poutre

À laquelle j’ai passé outre ;

 

Retenu par mon avenir

Et par ma peur d’intervenir.

 

Seigneur, j’ai manqué de voir même

Le clou transpercer Tes pieds blêmes ;

 

Sous les coups cruels du marteau ;

J’aurais dû arriver plus tôt.

 

Tes pieds martyrisés ruissellent

De pluie, de sang et d’étincelles ;

 

Et du flux jailli de Ton flanc

Qui ont paré mon cœur de blanc.

 

Et voici que le Verbe ultime

A résonné dans les abîmes ;

 

M’a fait trembler sous Ton talon

Et j’ai senti le temps si long…

 

Puis j’ai senti Ton pied qui glisse

Sur mon front devenu si lisse ;

 

Et lorsque j’ai rouvert les yeux

Resplendissait le Fils de Dieu.

 

Et j’ai couru toucher les plaies

De Tes pieds, pour les trouver vraies.

 

Cloué sous les clous de Ta Croix

Seigneur, ma liberté s’accroît :

 

Tes pieds ont délié Tes paroles

Enveloppées de paraboles ;

 

Ils ont foulé aux pieds mes maux

Sur les lourds sentiers infernaux.

 

Au haut du mur de ma demeure,

Ton crucifix brille à toute heure.

 

Ma main s’étend pour supplier

Et parvient à peine à Tes pieds.

 

Mais voici qu’au bout du périple

Je rejoins soudain les disciples ;

 

Et je te vois, Seigneur, plier

Les genoux, pour laver mes pieds.

 

R.B.

 

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