AUX QUATRE POINTS CARDINAUX

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Seigneur, ils ont perdu le Nord

Ceux-là que l’on nomme des hommes;

Adam nous a jeté un sort

En mordant la maudite pomme.

 

Votre supplice sur la croix

N’a pas guéri de la morsure

Ce croyant qui vous dit «je crois»

Tout en rouvrant votre blessure.

 

La victoire sur le Péché

A sauvé nos âmes du Pire

Mais, hélas, n’a pas empêché

La propagation des vampires!

 

Car depuis, on s’autodétruit,

Dans un inextricable râle;

On pollue de haine et de bruit

La quiétude sidérale,

 

On met le Mal dans votre nom,

On cultive les arts du Crime

Qui prend des tournures sans nom,

Dont l’écho dépasse les cimes;

 

On se tue pour un point d’honneur,

On transforme, en croyant bien faire,

Un champ de honte en champ d’honneur,

Où jouent les forcenés de guerre.

 

On vous substitue un seigneur

Devant lequel on se prosterne,

Prêt à semer tous les malheurs

Afin qu’à jamais il gouverne.

 

Seigneur, ils ont perdu le Sud,

L’abandonnant à sa famine;

Ils lui offrent des pensées prudes,

Gardant pour eux la bonne mine;

 

L’armement lourd vient décorer

Leurs hangars, leurs dépôts, leurs caves,

Préférant s’entre-dévorer

Que de nourrir les ventres caves.

 

Certains se font chrétiens bon teint,

Posent la mitre sur leur crâne,

Tiennent des propos puritains

En fleurissant sous la soutane.

 

Ou bien de leur autel hautain

Nous astiquent fort les méninges,

Prêchent le bon Samaritain

Tout en ressemblant aux «trois singes».

 

D’autres préfèrent le turban,

Agitent l’index et la barbe,

Mettent tous les impies au ban

Et commandent qu’on les ébarbe.

 

Seigneur, on a perdu l’Ouest,

Lui, ses valeurs et ses symboles,

Il ne lui reste plus qu’un zest

D’humanité, rien qu’en paroles.

 

Il s’est fondu dans la Cité

Où il a érigé un temple

Au dieu de la Laïcité…

Et l’intégrisme le contemple.

 

Au Rationnel, sensé, censeur,

Il voue un pragmatique culte,

Se dit athée, libre-penseur

Derrière ses barreaux occultes.

 

Passionné du jeu des Nations,

L’Ouest n’est plus qu’un gong qui sonne;

Il a remis sa démission

Aux mains des Droits de la personne.

 

On a perdu aux quatre coins

Le respect de Dame Nature;

On a montré un plus grand soin

En maniant l’autre torture :

 

En s’évertuant à vicier

La faune, en flétrissant la flore;

En soufflant un air carnassier;

Et notre Dame qui s’éplore.

 

De pollution et d’extinction

On est passé Maîtres à vie;

Les futures générations,

S’il y en aura, seront ravies.

 

Les cris d’alarme se sont tus,

Étouffés par l’effet de serre;

Autour de notre esprit obtus

De plus en plus l’étau se serre.

 

Seigneur, on a perdu notre Est,

Les lieux sacrés de vos miracles;

Les croyants ont raté le test

En vous préférant des Oracles.

 

Ils s’enfoncent dans les passions,

Font bonne chair et bonne chère,

Célèbrent la résurrection

Sans rien voir de votre Lumière.

 

Ils conjurent leur vanité

Par des pratiques de foi vaines,

Puis regagnent l’Inanité

De leur conscience à peine humaine.

 

Ils se plient devant l’ostensoir

D’une manière ostentatoire,

Camouflant au grand jour leur soir:

Leur quête de luxe et de gloire.

 

De ces quatre points cardinaux

La mappemonde s’écartèle,

Dépassant tous les points finaux,

Toutes les limites mortelles.

 

Ils ont inversé l’Avenir,

Transformé les parcs en des tombes;

Seigneur, Il vous faut revenir!

Il se fait tard: la Terre tombe.

 

 R.B.

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