Avec le temps, vient, tout revient…

Avec le temps…

Avec le temps, va, tout s’en va ;

On oublie les drames

Et l’envolée des âmes ;

On oublie les crimes

Et les cris vers les cimes ;

On oublie les pleurs

Du printemps sans ses fleurs,

Et les lames sanglantes,

Et la chair pantelante ;

On oublie les ombres

Enfouies sous les décombres

Et on oublie les mains

Tendues vers le lointain.

On oublie les râles

D’une hymne sépulcrale,

L’horreur et les ténèbres

Et les convois funèbres ;

On oublie les carnages

Et l’impuissance en rage ;

Les appels au secours

Dans l’oreille de sourds ;

On oublie la détresse

Et les fausses promesses….

Avec le temps…

Avec le temps, va, tout s’en va ;

On oublie les massacres,

Et leurs auteurs, qu’on sacre ;

On oublie les exodes

Sous le vautour qui rôde,

Et les épurations

Découpées en portions,

Et les crocs incisifs

Pour les viols collectifs ;

On oublie les défunts

Du siège de la faim,

Ceux qui sont allés vivre

Là-haut, faute de vivres.

On oublie les enfants

Gazés sur les divans,

Dans les bras de leurs mères

Au berceau éphémère,

Et la larme et l’écume

Emmêlées dans la brume,

Et les images franches

Taillées à l’arme blanche ;

On oublie les charniers

Remplis tels des paniers,

Et les morts sous les bombes,

Bondant les catacombes,

Jouxtant les sépultures

Des morts sous la torture.

Avec le temps…

Avec le temps, va, tout s’en va ;

On oublie nos remords

Plus vite que les morts ;

Et parfois notre Charte

Au service à la carte ;

On oublie ces Syriens,

Ces prétendus Terriens

Qui ont manifesté

Au nom des libertés ;

On oublie leur martyre

Sous l’arche qui s’étire,

Leurs slogans pacifiques,

Leurs chants patriotiques…

On oublie leur histoire

Grâce aux trous de mémoire

Où loge la conscience

Drapée de la présence

Du puissant intérêt

Qui la sert sans arrêt.

Avec le temps, vient…

Tout s’en va et revient,

Ce qui descend remonte

Avec son lot de honte ;

Ce qui monte retombe

Plus violent qu’une bombe,

Pour sortir du caveau

Le spectre sans cerveau

Et sans humanité

De notre lâcheté.

Avec le temps….

Avec le temps vient, tout revient ;

Tout revient à la normale,

Même la chose immorale,

Tout reprend sa juste place

Sous la Justice de glace

Tout rentre dans le grand ordre

Ordonné par le désordre…

Mais avec le temps….

Avec le temps, vient, tout revient ;

Tout remonte à la surface

Pour nous regarder en face,

Dans le blanc sale des yeux

Déserté de tous les dieux.

Tout ressurgit et revient :

Tout le mal, et peu de bien ;

Tout afflue de toutes parts

Pour servir son cauchemar !

Avec le temps…

Avec le temps, vient, il revient ;

Il revient le revenant

Dans son look peu avenant ;

Il revient le mal-aimé

Pour nous apprendre à aimer ;

Il revient l’abandonné

Pour donner et pardonner ;

Il revient le bon croyant

Pour nous sortir du néant,

Pour ranimer l’espérance,

Le sens de la survivance ;

Pour raviver l’humanisme

Noyé dans les extrémismes.

Il revient d’un long supplice

Nous présenter son calice

Qu’il a bu jusqu’à la lie

Pour que jamais on ne plie

À la peur ! Qu’on ressuscite

L’humanité en faillite.

R.B.

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