Aveu sous la torture médiatique.

« Je suis personnellement pro-vie » (Andrew Scheer).

Andrew Scheer, le chef du parti conservateur du Canada, a été mis sur la sellette durant et après le « Face-à-Face 2019 » télévisé, en vue des élections fédérales canadiennes. Il a subi le double interrogatoire de ses adversaires, ainsi que des journalistes lors du point de presse qui a suivi le débat : une fois sur sa position politique concernant l’avortement, et une fois sur sa position personnelle sur la même question. Après plusieurs séances de « torture » médiatique, Andrew Scheer a fini par avouer ce que tout le monde savait mieux que lui, à savoir qu’il est « pro-vie ». Soulagement dans le landerneau médiatique et politique.

Malgré sa position politique, on ne peut plus claire et contraignante, à savoir que lui, Andrew Scheer, advenant son élection, ne rouvrira pas le débat qui a légalisé l’avortement et respectera le choix, ou la position pro-choix de la majorité des Canadiens et des Canadiennes, ses rivaux Justin Trudeau, premier ministre libéral sortant, Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois et Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti Démocratique, suivis des journalistes, ont voulu en savoir plus, moins pour en avoir le cœur net que pour embarrasser le chef conservateur, le pousser dans ses derniers retranchements, lui faire cracher le morceau « personnel », alors qu’ils pouvaient tout simplement se contenter de sa position politique, amplement suffisante, son opinion personnelle ne regardant que lui.

C’était le harcèlement du genre : « Nous voulons savoir ce que vous, personnellement, en votre âme et conscience, vous, en tant que père de famille, vous, en tant qu’homme d’abord…pensez de cette question. Êtes-vous pour ou contre l’avortement ? Et plus il les renvoyait à sa position et à son engagement politiques, plus ils revenaient férocement à la charge, comme si, connaissant sa foi catholique, ils voulaient le pousser à apostasier pour pouvoir hériter du trône. Ou du moins à se contredire pour se compromettre. Comme s’il fallait être pro-choix corps et âme, pro-mariage gay et pro-euthanasie, en faire son credo, l’incruster dans son ADN, pour espérer se faire élire ou être « électoralement correct ».

Incroyables, les laïcards, journalistes et politicards !  Que voulez-vous de sa position personnelle ? En quoi celle-ci peut-elle vous concerner du moment qu’il vous apporte la garantie de sa position politique ? Qu’est-ce que ce terrorisme intellectuel exercé sur une conscience individuelle ? Où est le respect de la liberté de croyance et de conscience stipulée dans votre Charte? Pourquoi ce sadisme christianophobe ? Pourquoi cet acharnement ? Pourquoi ce passage à la moulinette pour lui soutirer un aveu comme s’il avait commis un crime ? Comme si le fait d’être pro-vie était un péché laïc mortel ? Une infraction grave au dogme de la religion laïque ? 

Vous savez bien qu’en tant que catholique, il ne peut (et ne doit), sur le plan personnel, qu’être pro-vie, c’est-à-dire contre ce que tout croyant catholique (et chrétien en général) considère comme étant un « meurtre » en bonne et due forme, l’embryon étant perçu comme un être humain dès sa conception, comme VOUS, ses harceleurs, l’avez été, avec la chance de ne pas avoir été victimes d’un « mauvais choix ». En effet, tous ceux et toutes celles qui sont en faveur de l’avortement ne souhaitent sûrement pas avoir été avortés. Et si c’était vous, le fœtus menacé ? Comment acceptez-vous de faire à autrui ce que vous n’auriez pas souhaité qu’on vous fasse ? Mais ceci est une autre paire de manches. Revenons au terrorisme intellectuel… sélectivement exercé !

En effet, l’autre candidat, Jagmeet Singh, le chef du NPD, de religion sikhe, qui se dit ouvertement pour l’avortement et le mariage gay, en phase avec les valeurs canadiennes, comme il le prétend, l’avez-vous interrogé sur ses convictions personnelles, intimes ?  N’y aurait-il pas quelque contradiction entre sa pensée politique et sa pensée religieuse ? Entre sa parole électorale et son turban ? Pourquoi n’avez-vous pas tenté de lui « disséquer » le cerveau pour y voir plus clair ? Pourquoi avoir épargné le sikh et persécuté le catholique ?

Andrew Scheer a, au moins, l’honnêteté d’être conséquent avec lui-même, de faire la part entre ses valeurs personnelles et les « valeurs canadiennes », dans le respect du consensus sur cette question et du statu quo durant son mandat. Il n’est pas hypocrite ! Il ne renie pas sa religion pour le pouvoir ! Il est assez transparent et courageux pour se déclarer pro-vie, en conformité avec ses principes moraux et ceux de millions de Canadiens et Canadiennes, même s’ils ne forment pas la majorité (bien que nous n’en soyons pas si sûrs).  Il ne rouvrira pas le débat, a-t-il assuré. Contentez-vous de cela !

Laissez les catholiques de ce pays pratiquer leur religion en paix ! Défendre leurs valeurs et leurs principes ! Prêcher l’attachement à la vie, même à l’état embryonnaire ! Laissez-les sacraliser la vie, à quelque stade qu’elle fût ! Du tout début à la toute fin ! Laissez-les promouvoir les valeurs familiales ! Prôner la sacralité du mariage, le principe de procréation, le droit pour un enfant d’avoir un père, de sexe masculin, et une mère, de sexe féminin ! Laissez-les combattre l’adultère et le divorce, la consommation des drogues, douces ou dures, la licence effrénée, la corruption morale, la permissivité débridée, les vices sous toutes leurs formes, et ceci par amour de la vie, de la santé, de l’équilibre et de la vertu ! Laissez-les prévenir ou retarder, autant qu’ils peuvent, l’éclatement de la cellule familiale, partant de la société, par le ciment de leur foi !

R.B.

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