Black-out sur les chrétiens « black ».

« Selon l’ONG Portes Ouvertes, plus de 4 300 chrétiens ont été tués dans le monde en 2018. 97% d’entre eux l’ont été sur le continent africain, une immense majorité au Nigeria » (Radio France Internationale).

Suis-je coupé des médias pour être incapable de rassembler des coupures de journaux sur un sujet aussi dramatique ? Peut-être en parle-t-on et c’est moi qui suis absent ? Mais pourtant je ne rate pas les tout aussi horribles nouvelles de persécution des musulmans, des juifs, des athées laïcs et des christianophobes ! La tuerie à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, a crevé mon écran et ensanglanté mon journal. Et à juste titre ! Mais alors pourquoi les massacres des chrétiens d’Afrique ne me parviennent-ils pas ? Du moins pas assez ? Ces derniers (des derniers), d’un autre monde, font-ils les frais de la mauvaise réputation de leurs « frères » occidentaux, ou plutôt « pères » accusés de pédophilie? Ou, plus globalement, du rôle ancestral, hégémonique, du clergé occidental, qui s’est attiré l’antipathie, voire l’aversion des médias et de l’opinion publique du Couchant ? Lequel garde l’œil ouvert sur la moindre incartade cléricale ?   

Tout porte à le croire, sinon comment expliquer ce silence radio médiatique, ce bâillonnement hermétique, cet aveuglement qui ne voit pas les crimes contre  l’humanité chrétienne commis au Nigéria par les musulmans Foulani et les salafistes de Boko Haram ? Comment expliquer cette surdité mondiale qui s’obstine à ne pas entendre les appels de détresse des agriculteurs Nigérians et les cris d’épouvante de leurs femmes et enfants ? Ni le SOS lancé par la conférence des évêques catholiques du Nigéria, lequel s’adresse aussi au président du pays qui y reste ouvertement sourd ? Ni les sonnettes d’alarme d’Amnesty International et autres organismes qui parlent de génocide et d’épuration ethnique, et qui accusent les autorités nigérianes d’encourager les massacreurs ?   

Eh oui, c’est le « black-out » sur la persécution des chrétiens, fussent-ils « white » ou « black ». La discrimination ne porte plus sur la peau, mais sur l’habit religieux, spécialement chrétien. Une tuerie – tout aussi condamnable – de quelques non chrétiens dans un lieu de culte situé en pays  « chrétien » est plus prisée, médiatiquement, que le massacre systématique et régulier de chrétiens dans les églises et les villages perdus au fin fond de l’Afrique subsaharienne. Les chiffres de 2018 parlent – ou plutôt hurlent – d’eux-mêmes. Et 2019 commence à pousser son cri… inaudible. Qui ne chatouille même pas le tympan des instances onusiennes, ni la conscience des membres –  permanents et non permanents – du Conseil d’insécurité, qui ont d’autres chats, blancs ou noirs, à fouetter. Même le Vatican se fait timide, se cantonne dans la prière, au lieu de mobiliser sa diplomatie et ses centaines de diocèses, vicariats et préfectures apostoliques à travers le monde.  

Pourquoi cette scotomisation médiatique ? Et diplomatique ? Est-ce parce que ces chrétiens sont loin ? Parce qu’ils sont africains ? Ou parce qu’ils sont tout simplement chrétiens ? Membres d’une Église honnie ? Collaborateurs de colons ? Héritiers de l’hégémonisme clérical ? Est-ce par sentiment de « culpabilité chrétienne » que ces chrétiens persécutés sont ignorés de leur genre ? Par une perversion ou inversion du complexe post-colonial ? Serait-ce une forme d’autoflagellation civilisationnelle ? Est-ce par « politicaillerie correcte » ? Qui fait que l’on veuille laver plus blanc que blanc ? Pour enlever des taches sur sa conscience ? Pour se racheter ? Ou plutôt paraître moins blanc que blanc ? Pour des besoins d’assimilation ? Commandés par sainte Laïcité ? Est-ce par peur de représailles ? Est-ce parce que le chrétien a bon dos ? Parce qu’il tend l’autre joue ?  On peut donc fouler du pied ses droits, son honneur et son sacré ? Est-ce le tout à la fois ? En y incluant d’autres éléments ? Tout porte à croire que c’est ce tout à prendre, à porter… à supporter par les chrétiens, Africains et du monde entier, comme une croix.

Et ce tout à prendre est aussi, paradoxalement, à rejeter : ce complexe occidental, qui est passé de plus royaliste que le roi à plus calife que le calife. Qui est passé de chrétien à christianophobe, sous couvert de sécularisme. Qui est passé du christianisme à l’hédonisme. Du conservatisme au libéralisme libertaire. Du respect de la vie au droit de mourir et de faire mourir. Du mariage pour Dieu au « mariage pour tous ».  De la procréation naturelle à la procréation assistée. Du romantisme au féminisme. Du genre sans théorie (homme-femme) à la « théorie du genre » (ni homme, ni femme). De l’humain au transhumain…

Ces chrétiens d’Afrique, et notamment du Nigéria, dont la persécution est sciemment ignorée des médias « mainstream », ainsi que de la justice internationale, sans doute plus parce qu’ils sont chrétiens qu’africains, plus pour leur appartenance religieuse qu’ethnique, verront leur sang, qu’on laisse couler, former un contre-courant, une sorte de Déluge qui emportera les organes de presse et leurs plumes stipendiées, leurs couvertures médiatiques iniques, leur verbe hypocrite et injuste jusqu’à atteindre, au bout du voyage infernal, les côtes radieuses d’une nouvelle terre, d’une nouvelle plateforme où s’écrira, avec la plume de la Colombe, le Verbe de la vérité, de la justice et de la paix. 

 R.B.

Comments are closed.