C’est une Révolution.

« Mais c’est une révolte? – Non, Sire, c’est une révolution! »

C’est une révolution du drapeau

Avec lequel le sous-vêtu se drape ;

Lui dont vous avez bien râpé la peau

Et les os, par votre travail de sape !

C’est la révolution des miséreux

Que vous n’entendiez pas crier famine,

Occupés à vous goberger, heureux

De tout grignoter de votre vermine ;

C’est la révolution de ce chômeur

À la recherche d’un pain sur la planche,

Qui va errant, quêtant, et qui se meurt

De vivre réduit à faire la manche ;

C’est la vengeance de ce malheureux,

De ce désespéré, ce brave père

Qui est allé s’immoler par le feu

Pour n’avoir pu payer les frais scolaires ;

C’est le pied de nez et le bras d’honneur

D’un peuple qu’on croyait sans caractère,

Rendu digne par votre déshonneur,

Qui, d’un même pas, fait trembler la terre ;

C’est la revanche de ces démunis,

De ces désarmés, de ces anonymes,

Contre vos vols et crimes impunis

Qui ont plongé le pays dans l’abîme ;

C’est le soulèvement des opprimés,

De la société, de ses forces vives ;

Du verbe que vous avez réprimé,

Que le vent de la liberté ravive !

C’est la révolution du citoyen

Contre votre cupidité dantesque ;

Celle du Libanais qu’on dit moyen

Mais qui croît pour devenir gigantesque !

C’est le raz-de-marée envahissant

Du Liban faible, amaigri et sans souffle,

Dont vous avez longtemps sucé le sang,

Qui reprend force et qui vous époustoufle !

C’est le ras-le-bol de la pauvreté,

Du bol épuisé et du ventre vide,

Qui s’accommodait de la rareté

À l’ombre de votre abondance avide !

C’est le courant fort, rageur, torrentiel

Qui vient pour nettoyer vos écuries !

C’est le courroux qui vous tombe du ciel

Pour votre exécrable, ignoble incurie !

C’est l’éclat des chants et des cris diffus

Qui a crevé vos ténèbres opaques,

Taillé le voile et la lumière fut !

Pour mettre à nu vos nombreuses arnaques ;

C’est la guerre à la fallacieuse paix,

Au manque, et à toutes les pénuries,

Dont votre camp corrompu se repaît ;

C’est la colère sourdement mûrie !

C’est le piétinement de la terreur,

Du fusil de chasse aux souverainistes ;

C’est le réveil brutal de la fureur

Populaire, contre l’hégémoniste ;

C’est un déferlement de tous les fronts,

De sueur, de suie, de sang et de larmes,

Qui vient laver d’innombrables affronts,

Noyer « l’index » et le diktat des armes ;

C’est l’appel à ressusciter l’État

Du Grand Liban, bien plus que centenaire,

Et sa République en mauvais état

Pour un Liban grandiose et millénaire ;

C’est le retour d’un peuple à son esprit,

Celui des martyrs, du revivre-ensemble !

C’est la magie blanche qui a repris,

Qui a rassemblé ce qui se ressemble ;

C’est la souveraine Révolution

Du Cèdre ! À la verdeur revigorée,

Aux rameaux étendus avec passion,

À bout de bras, sur la terre adorée.

R.B.

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