CONSEIL AU SAGE

 

« Accord de Meerab : le navire prend l’eau. Litige FL-CPL : entre « isolement » et guerre des portefeuilles ». « Guerre de tweets entre Gebran Bassil, Melhem Riachi, Salim Jreissati et Fady Karam » (L’OLJ).

« Gouverner, c’est prévoir », dit-on. N’aurait-il pas pu, ou dû, prévoir, le Sage ? Prévoir les visées d’un parti qui ne cherchait qu’à accéder au pouvoir ? De par son sinueux parcours ? De par ses embardées ? Ses échauffourées ? De par ses coups bas ? Ses « désobéissances (in)civiles » ? Ses chantages ? Ses discours et ses pneus enflammés ? Ses revirements ? Ses trahisons ? Sa double coloration ? Son acrobatisme ? Son populisme ? Son népotisme ? De par son leadership mégalomane ? N’aurait-il pas pu prévoir, le Sage, cette folie ?

Avec le recul, ne se dit-il pas que Sleiman Frangieh, qui était le candidat favori à la présidentielle, choisi à l’origine par Hariri, appuyé par les chancelleries occidentales et arabes, était tout de même un moindre mal ? Qu’il était moins pire ? Qu’il n’avait pas de gendres, lui ? Ni un parti rival, disséminé dans toutes les régions chrétiennes ? Que s’il avait appuyé Frangieh il aurait lui-même isolé celui qui tente aujourd’hui de l’isoler ? Et coincé, du même coup, le parti de droit « divin » ? Et fait éclater le 8 mars au lieu de faire éclater son propre camp ? D’autant plus que le mouvement de l’Espoir confessionnel (Amal) avait en horreur la couleur orange, crépusculaire, et préférait de loin le vert pistache? Et si Frangieh est « l’ami de Bachar », et alors ? L’autre l’est-il moins ? Vous auriez pu gagner son amitié puisque le concept selon lequel « l’ami de mon ami n’est pas nécessairement mon ami » s’est déjà appliqué avec celui qui s’est avéré être un faux ami. Frangieh a au moins la vertu d’être un homme de parole, qu’il plaise ou pas.

Voilà où votre imprévoyance vous a conduit :

  • À un accord fantoche de Meerab dont le document n’a même pas prévu des clauses claires sur le partage du camembert ministériel, outre qu’il n’a pas défini clairement les termes de la coopération entre les deux partis pour l’installer sur des bases solides, pacifiques et pacifiantes.

 

  • À une réconciliation mensongère, qui ne s’est traduite, ni par un repositionnement de Aoun, ni par des alliances électorales, ni même orales entre les deux partis. En effet, même pas une trêve médiatique. Vous êtes là à vous écharper en public, directement ou par tweets interposés, à vous balancer des accusations, voire des insultes, sans même en rougir.

 

  • Au morcellement du camp du 14 mars contrairement au camp opposé qui s’est consolidé, malgré les inimitiés entre ses composantes (CPL-Amal ; CPL-Marada).

 

  • À la réduction des Forces libanaises, d’un parti politique à la tête d’une large Coalition, défenseur des grandes causes (surtout la cause souverainiste) à un organisme institutionnel qui défend la propre cause de son « entreprise », à en juger par sa pratique dernièrement et par sa participation acharnée à la curée des portefeuilles ministériels en ce moment, et ceci sous des slogans vendables : une série mirobolante et utopique de «Sar Badda », comme si les députés et les ministres FL seront en mesure d’accomplir, tout seuls, sans leurs alliés naturels, dans cette caverne d’Ali Baba, les douze travaux d’Hercule. Comme s’ils pourront, comme on dit en arabe, extraire le « zir du bir ».

Un conseil au Sage et à son Conseil des sages :

Prenez résolument acte des conséquences de votre naïveté, de votre aventurisme et de votre nouvel « esprit d’entreprise », à but lucratif ou non lucratif, par un retour au bercail du 14 mars, parmi vos compagnons de route (Kataëb, PNL, indépendants…), que vous avez abandonnés dans votre chasse à courre. Œuvrez activement à reconstituer l’Alliance que vous avez contribué à démembrer ; revenez aux principes et à l’esprit de la Révolution du Cèdre, tout en poursuivant votre course à la curée gouvernementale, puisque vous y tenez mordicus, et que votre présence, après tout, pourrait servir de garde-fou. Pendant que vous y êtes, essayez de penser aux autres, à vos alliés, quitte à céder noblement de votre part, dans un esprit d’Alliance, au lieu de ne penser qu’à votre « institution ».

Ressuscitez l’Esprit de Corps qui caractérisait l’esprit du 14 mars, l’esprit pur, souverainiste, l’esprit d’alliance pluricommunautaire, laïque et démocratique, aux valeurs citoyennes et républicaines. Ne vous laissez pas enivrer par votre succès électoral au point de perdre pied et perdre votre âme. Mettez ce succès sur le compte d’un électorat mûr, éclairé, souverainiste, qui a voulu vous sortir du pétrin, de l’isolement, et non vous conforter dans vos faiblesses consécutives à vos compromissions, à vos mauvais choix et à votre désastreux pari.

Tournez les talons, face à la vérité, à la liberté, à la loyauté, à l’amitié – la vraie – au Cèdre souverain, avant que le vent favorable de l’opinion ne tourne, et allez à la rencontre de vos potes du 14 mars ; ouvrez-leur vos bras, serrez-les fort en leur disant « sorry », car il s’est avéré, de par votre mésaventure et au vu des derniers « sous-développements », qu’ils avaient raison, qu’ils étaient dans le vrai !

R.B.

 

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