Consignes de vote pour les législatives 2018.

 

Bien que le paysage électoral, contrairement au précédent, ressemble à un bordel aux alliances contre-nature, il est possible de le simplifier et de dégager quatre catégories afin d’être en mesure de voter proprement, de sorte à avoir une Chambre à légiférer, à contrôler, à questionner, à réformer, à surveiller, à protéger, à « nettoyer », à promouvoir l’État de droit, l’État souverain, seul détenteur des armes et seul maître sur tout le territoire libanais, et non une Chambre à coucher avec le mini-État et ses armes illégales.

Catégorie A des candidats souverainistes et réformistes :

Ce sont les candidats qui prônent toujours les principes et les valeurs du 14 mars, à savoir un Liban souverain, libre, indépendant, « neutre », pacifique, libéré de la guerre des axes, un État aux vocations ci-haut mentionnées, laïque, démocratique, convivial et pluraliste. Un Liban définitif : non seulement un « Liban d’abord », mais d’abord et ensuite. Ce sont aussi des candidats réformistes, engagés dans le combat contre la corruption et la mauvaise gouvernance,  et dans les projets de développement, mais qui font primer le « plus important » (la souveraineté nationale) sur le « très important » (la transparence et la bonne gouvernance), étant donné qu’il faut d’abord garantir la propriété de son écurie avant de se mettre à la nettoyer.

Les partis, formations et individus qui entrent dans cette catégorie sont facilement identifiables par leurs discours, leurs positions et leurs actes (passés et présents), bref leur historique. Ce sont : les Kataëb (1er choix), le Mouvement de l’Initiative nationale de Farès Souhaid (1er choix), Achraf Rifi (1er choix), Les Forces libanaises (2nd choix), etc.

Remarque : Les Forces libanaises tombent au classement et deviennent un « second choix », tout en restant (de justesse) dans la catégorie souverainiste, en raison de leurs accointances avec d’autres partis non souverainistes, tels que le CPL (suite à l’accord de Meerab) et le Courant du Futur (qui a renié son passé), ce qui a conduit le parti des FL à mettre un bémol à son discours politique, dernièrement, dans un souci de ménager la chèvre et le chou.

Cela veut dire que, compte tenu de l’embrouillamini des alliances et du méli-mélo qui s’ensuit sur les listes électorales, le choix de la liste et le vote préférentiel devront aller aux partis et candidats du premier choix de la catégorie A. En cas de cohabitation, de vacance, ou faute de mieux, on inclura ou retiendra le second choix de la même catégorie. À titre d’exemple, préférer la liste des Kataëb (1er choix) à celle des FL (2nd choix), dans la circonscription du Metn, puisque les deux listes sont en compétition, mais voter pour leur liste commune à Beyrouth I, tout en « préférant » (vote préférentiel) le candidat Kataëb, à moins d’autres considérations liées à la nécessité d’assurer l’élection d’un colistier.

Catégorie B des candidats « réalistes » :

Celle-ci comprend, principalement, les candidats du Courant du Futur, passés de « souverainistes » à « réalistes ». Le « B » de cette catégorie correspond à la baisse de la barre de leurs revendications, selon leur nouvelle politique dite « réaliste », c’est-à-dire accommodante et intéressée. En effet, ce parti ne réclame plus le désarmement de la milice du Hezbollah mais se contente d’exiger sa « distanciation » des conflits régionaux. Autrement dit, « gardez vos armes illégales » mais n’en faites pas usage, ni à l’interne, ni à l’externe, pour des besoins de « stabilité ». Ceci outre l’alliance de ce parti avec le CPL qui est l’allié indéfectible du Hezbollah et donc, par transitivité, son alliance avec ce dernier. La catégorie B comprend aussi le parti PSP, réputé pour son « équilibrisme » et son « girouettisme » qui s’inscrivent dans une politique de « réalisme ».

Il est vivement recommandé de ne voter pour les candidats de cette catégorie que dans les seuls et rares cas où ils figurent sur la liste des candidats de la catégorie A (notamment les FL), et en l’absence de la liste A « premium » (Kataëb, etc.).

Catégorie C des candidats non-souverainistes et pseudo réformistes :

C’est la catégorie qui regroupe les partis, coalitions et figures du 8 mars, favorables au triptyque « armée-peuple-résistance », donc au maintien des armes illégales, au mini-État dans l’État, ainsi qu’à la normalisation avec le régime sanguinaire syrien et aux rapports privilégiés avec la Wilayat al-Faqih. Cette catégorie comprend, notamment, le CPL, Amal, le Hezbollah, les Marada, le Tachnag, le PSNS, etc., tout en incluant les partis et figures « opportunistes » (mouvement de l’Indépendance, etc.) et autres transfuges (Emile Rahmé, Massoud Achkar, etc.).

C’est la catégorie à rejeter en bloc, même si ses composantes se battent entre elles dans certaines circonscriptions. Ce n’est que de la poudre aux yeux, qui s’éparpille pour étendre sa nébuleuse sur tout le territoire ; de fausses rivalités pour maximiser les chances de gain et se partager le butin par un échange de sièges. Inclure dans le rejet les soi-disant « indépendants » sur certaines listes, notamment aounistes, tels que Baroud et Cie. Ils sont « infectés » et sous la dépendance de l’organisation-mère à laquelle ils seront redevables advenant, à Dieu ne plaise, leur élection.

Catégorie D des candidats « a-souverainistes » et réformistes.

Elle comprend les sociétés civiles, puisqu’il y en a plusieurs, qui rivalisent entre elles (« Tous patriotes », « Fidélité à Beyrouth », « Nous sommes Beyrouth », « Madaniya », etc.). Lesdites sociétés se composent de coalitions, collectifs, organisations, partis qui, dans le but de se démarquer, rejettent la classe politique et les partis traditionnels en bloc, mettent les nombreux torchons pourris et les quelques serviettes propres dans le même panier. Les activistes de ces sociétés, même les plus civils, s’obstinent à ne pas faire le tri, ne pas vouloir séparer le linge sale du propre. Ils veulent tout envoyer à la lessive, sans voir les taches sur leurs propres vêtements. D’autant plus qu’ils n’ont eux-mêmes pas fait mieux, ni agi différemment, lors de la crise des déchets en 2015, qui a révélé leurs faiblesses, leurs excès, leurs rivalités et leur immaturité, pour ne les rendre ni très crédibles, ni très fiables, ni très prometteurs.

À leurs insuffisances et défaillances vient s’ajouter leur stratégie qui met la charrue devant les bœufs, ou les réformes avant la souveraineté.

Indépendamment du choix exclusif de la catégorie A, souverainiste, dans toutes les circonscriptions où elle est en course, nous restons, toutefois, perplexes quant au choix à faire entre les « réalistes » de la catégorie B (Futur, PSP…) et les « irréalistes » de la catégorie D (sociétés civiles). En effet, si les premiers demeurent récupérables et pourraient redevenir souverainistes, les seconds pourraient le devenir également. Il sera donc laissé à l’électeur, placé devant ce dilemme dans certaines circonscriptions, le soin de juger et de choisir le moindre mal en focalisant sur la personnalité du candidat, ses inclinations politiques, son profil, son historique, ses réalisations et ses potentialités.

Concernant, justement, le profil du candidat à considérer, certaines exclusions s’imposent dans la catégorie A, telle que cette candidate choisie, ni pour son CV, ni pour son cerveau, ni pour son militantisme, mais pour son « look » dans l’intention de susciter un « vote libidinal » visant les bas instincts de l’électeur. Ce type de candidature devra être vertement sanctionné par l’électorat souverain, dans sa tête, dans son cœur et dans son corps. Il en va de même pour d’autres candidats choisis pour des motifs non rationnels ou non éthiques, reposant sur des critères d’ordre clientéliste, ploutocratique ou populiste.

Remarque : À noter que l’énumération des partis et diverses formations de chaque catégorie n’est pas exhaustive et qu’il revient à l’électeur de placer le candidat dans la catégorie correspondante en fonction des critères reliés à chacune, et du « profil » du candidat (appartenance, allégeance, historique, discours, positions, actions…).

Bonne chance et bon choix.

R.B.

 

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