Lettre de Jésus-Christ.

 

 

Mon fils, mon frère, j’ai suivi tes occupations et préoccupations ces derniers jours. Je t’observais en train de suivre l’évolution de ta religion, celle que j’ai fondée, en examinant de près ce schéma diachronique, et en te référant à des textes explicatifs. Tu avais de la peine à saisir les nuances, les subtilités de ces doctrines christologiques qui ont fait l’objet non seulement de débats houleux, à coup de conciles, précédés, accompagnés et suivis de condamnations, d’excommunications et d’anathèmes, mais de combats aussi, entre des croyants, des prélats, qui prétendaient m’aimer, au point de s’étriper à cause de mon nom, et d’inciter leurs ouailles, mes brebis, à la haine et à la violence. Le début du schéma, la phase initiale, était, comme tu le vois, rectiligne, simple, propre et pure. Ça s’est gâté lorsqu’ils ont commencé à faire travailler leur tête plus que leur cœur. Ils ont voulu décortiquer ma « nature » : si je suis d’une seule nature ou de deux, si ma nature divine comprend ma nature humaine ou si les deux coexistent, si je suis de même substance que mon Père ou d’une substance distincte, si je suis Dieu incréé ou créé, si je suis une seule Personne ou deux, si mon Esprit Saint procède de mon Père et de moi, ou seulement de mon Père (querelle du Filioque), si ma mère mérite le statut de Mère de Dieu ou non, si on est prédestiné ou pas, si les bonnes œuvres sont la conséquence ou la cause du Salut… et si… et si… Et figure-toi que ces discussions sur le sexe de mes anges, ces querelles de clocher, ont divisé mon Église, et l’ont même morcelée, la politique et les luttes de pouvoir aidant, les intérêts personnels aussi. Elles ont provoqué des schismes, des hérésies… Elles ont même créé des conflits, des guerres… Tout ceci pour avoir voulu connaître ma nature, au lieu de Me connaître, de connaître mon Amour. Si j’avais voulu révéler ma nature je l’aurais fait aux premiers disciples, aux apôtres, et je vous aurais épargné tout ce casse-tête qui m’a brisé le cœur. Ils se sont défoncés sur ma « nature » et ils ont oublié ma Parole qui leur disait qu’ils devaient avant tout s’aimer, les uns les autres, comme moi je les ai aimés.

Je sais que tu t’es emmêlé dans ce méli-mélo, ces doctrines qui portent mon nom, dites christologiques. Je te voyais te gratter la tête, t’efforcer de démêler cet écheveau doctrinal. Puis tu t’es demandé à quoi ça pouvait rimer de se perdre dans ces détails lorsque l’essentiel est là, que ma Parole est là, et qu’il s’agissait, dès le début, de la mettre en pratique. S’ils s’en étaient contentés, ce schéma serait resté simple, rectiligne, sans aucune ramification, du début jusqu’à ce jour, et jusqu’à ce que mon Règne vienne. Il n’y aurait eu qu’une seule Église, à la théologie simple, pas ou peu dogmatique, tout simplement apostolique, à l’image de mon Église primitive. Il n’y aurait eu ni des Églises d’Occident, ni d’Orient, ni du Nord, ni du Sud, ni de la Réforme, mais une seule Église universelle. Quand on dit que « le diable est dans les détails », c’est vrai. Et il a pu causer, grâce à leur excès de minutie, des dégâts considérables, et en tirer satisfaction. Je ne dirais toutefois pas des dégâts irrémédiables ou irréparables, à la vue de mon Vicaire qui s’active pour recoller les morceaux… Enfin, j’espère qu’à mon retour le schéma se sera simplifié, pour éviter les complications.

Quant à toi mon fils, mon frère, tu as bien fait de sortir de ces méandres théologiques et d’utiliser ton bon sens, en toute simplicité, portant sur l’essentiel, qui te fait voir et discerner avec le cœur. C’est l’intelligence du cœur qui compte vraiment, qui fait découvrir ma vraie nature qui, au-delà de ma dualité ou mon unité, de ma divinité et mon humanité, en est une d’Amour et de Miséricorde. C’est cette nature qui s’est donnée pour sauver la tienne, mon fils, mon frère, et celle de tes semblables, mes fils, mes filles, mes frères et mes sœurs. Puissent ceux qui me lisent – ecclésiastiques et laïques – le comprendre.

Je t’embrasse,

Jésus-Christ.

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