De la Rencontre de «Saydet el-Jabal» au Rassemblement du 14 mars.

 

« Saydet el-Jabal accuse le Hezbollah d’imposer la « dhimmitude ». Lors d’un colloque organisé finalement à Furn el-Chebbak, le Rassemblement a annoncé « une dynamique de communication en vue de stimuler le courant souverainiste transcommunautaire » (L’OLJ).

À la lecture du communiqué et du manifeste de « Saydet el-Jabal », portant essentiellement sur le refus de la tutelle iranienne (après la syrienne, qui subsiste), sur l’édification d’un État souverain, véritablement démocratique et laïque, un État de droit, garant des droits de l’homme, des libertés publiques et individuelles, de l’intégrité territoriale, administrative et institutionnelle, de l’intégrité tout court ; un État sans mini ou supra-État, sans ingérences externes, ni hégémonies internes, seul maître de ses décisions et détenteur exclusif des armes ; un État civil, modèle du vivre-ensemble, ouvert au monde arabe et occidental… on ne peut que se demander en quoi le Rassemblement de « Saydet el-Jabal » diffère de celui du 14 mars qui avait l’avantage de rassembler, pour de bon et de vrai, toutes les forces vives, civiles et partisanes, de toutes confessions et tendances, pour les réunir sous cette enseigne souverainiste, transcommunautaire et nationale, lumineuse et prometteuse.

Car, tout bien considéré, «Saydet el-Jabal » n’est pas un rassemblement, au sens strict du terme, mais un cercle ou un club de réflexion qui, par définition – et contrairement au « think tank » ou « laboratoire d’idées » qui se veut neutre – est un groupe relié à un mouvement politique et social, celui du 14 mars, en l’occurrence. D’autant plus que « Saydet el-Jabal », qui est une « rencontre » annuelle, porte dans son appellation et sa vocation, la « problématique chrétienne » dans le contexte politique, local et régional.

Or, le Rassemblement du 14 mars, qui rassemblait, effectivement, des centaines de milliers de Libanais des quatre coins du pays, est à prétention et vocation nationales, transcommunautaires, à la problématique purement libanaise.

La question qui se pose est celle de savoir ce qui empêche ces forces vives, politiques, intellectuelles, civiles et partisanes, restées fidèles aux principes et aux constantes de l’Alliance du 14 mars dont la charte est bien élaborée (en tout point identique au manifeste de Saydet el-Jabal) et la structure bien établie par l’existence d’un secrétariat général dont le chef est le même que le président de « Saydet el-Jabal », de relancer le mouvement du 14 mars, avec ses « survivants », qui sont toujours nombreux, bien actifs et bien vivants. D’autant plus que « Saydet el-Jabal » s’engage, par sa « dynamique de communication », à « stimuler le courant souverainiste transcommunautaire ». Or ce courant, quoique essoufflé, estropié, est là, et capable de courir encore. II a pour nom le 14 mars, et pour forme un « mouvement ». Il a sa structure, son directoire, ses composantes, sa charte, son réservoir humain, ses cerveaux, ses talents, ses crédits, ses performances, ses réalisations, ses leçons de ses erreurs…

Ce mouvement, remis en marche, pourrait rebondir et raviver les espoirs des Libanais, surprendre les « non Libanais », et remettre l’eau à la bouche de ceux qui ont déserté le 14 mars pour s’inscrire dans une mouvance où ils se sentiront piégés, surtout lorsqu’ils découvriront, immanquablement, que leur « compromis » s’est mué en « compromission » et que le « fromage ministériel » a un goût amer parce qu’il a été cuisiné par leur tuteur, selon sa recette, et qu’ils sont pris en otages dans sa cuisine, n’ayant en main qu’une spatule sous son épée de Damoclès. Ils pourraient reprendre goût à la souveraineté, à la liberté et à la dignité, en voyant leurs anciens alliés s’en régaler.

En mon nom et au nom de tous les nostalgiques du 14 mars, j’exhorte les organisateurs de Saydet el-Jabal, et spécialement son président qui est (toujours) le secrétaire général du 14 mars, à sonner le rappel des troupes du 14 mars qui comprennent les indépendants, les organisations civiles et les partis souverainistes (tels que les Kataëb et le PNL), ces mêmes troupes qui avaient, le 14 mars 2005, prêté le serment de Gebran Tueni, initié le printemps de Samir Kassir et revendiqué la « culture de paix, de coexistence et d’interaction » de Samir Frangié.

Puisque l’enseigne du 14 mars est toujours là, bien installée, il suffit de se rassembler, à nouveau, pour la dépoussiérer et la rallumer. Il ne manque que la bonne volonté pour le faire, mais aussi, et surtout, l’abnégation, la neutralisation des « égo », du désir de paraître, de jouer un rôle individuel, de promouvoir sa propre cause ou celle de son parti, pour se fondre résolument, corps et âme, dans le sein de la Cause nationale. Car une des raisons de ce ratage, si ce n’est LA raison, est cette regrettable primauté du « je » (individuel ou institutionnel) sur le « nous » national.

Rien n’empêche cette ranimation de l’âme du 14 mars, la même qui avait, par sa flamme, par son volcan, par sa lave, par son lance-flammes populaire, purement libanais, effrayé et refoulé l’occupant syrien, jusqu’au-delà des frontières, et ceci malgré sa machine de guerre. Rien n’empêche de renouveler cet exploit… sauf la mauvaise volonté, la lâcheté et le défaitisme.

Et si la foi vous manque, veuillez me contacter. Je saurai vous la transmettre.

R.B.

 

 

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