Décret de la honte: il est demandé…

Vu que le décret de naturalisation s’est avéré aussi scandaleux qu’il en avait l’air (si ce n’est plus), et afin de ne pas laisser cette (énième) couleuvre avalée se glisser dans nos intestins, et dans le but de « venger » les scandales impunis qui ont précédé, et de prévenir d’autres (à venir fatalement), et pour les besoins d’édification d’un véritable État de droit et d’une République véritablement démocratique, il est demandé ce qui suit :

  • Aux médias audiovisuels et de presse LIBRES (et non à la solde du pouvoir) : de poursuivre leur focalisation sur cette affaire scandaleuse, de pratiquer le journalisme d’investigation, et non seulement d’information,  pour essayer de connaître les dessus et dessous de cette « horreur » décrétée dans le plus grand secret. Il leur est demandé de ne pas se laisser distraire par les tentatives de diversion, telle que cette attaque indue, injustifiée, populiste et raciste contre le « Haut Commissariat pour les réfugiés » (HCR), cette fuite sournoise en avant, visant à détourner l’attention des médias et de l’opinion publique du décret de la honte. Il leur est demandé de faire preuve d’un suivi de longue haleine, d’une obsession saine et salutaire, d’aller jusqu’au bout du canal d’égout, sans peur, sans se lasser, sans se laisser prendre par le tourbillon vertigineux de l’actualité, ni par ce « consumérisme informationnel » qui fait de l’information, quelle que soit son importance, un produit périssable de consommation qui pousse le média à passer à autre chose, ou qui fait qu’un clou (une affaire, un scandale…) chasse l’autre. C’est, précisément, ce sur quoi comptent les corrompus et les corrupteurs.

 

  • Au peuple libre (et non aux foules d’idolâtres) : de ne pas se laisser gagner par la fatigue, de ne pas décolérer, de ne pas utiliser les médias sociaux, le petit écran de l’ordinateur, comme un punching ball pour se défouler uniquement, de ne pas baisser les bras ou de ne pas se suffire de les utiliser sur le clavier. Vous avez des pieds aussi. Utilisez-les. Utilisez-les pour marcher, pacifiquement, civilement, démocratiquement, pour frapper aux portes de vos élus et leur demander ce qu’ils comptent faire, pour occuper, voire « envahir » l’espace public. Cet espace est à vous. Il est de votre droit de l’utiliser. Ne laissez pas « l’occupant » vous le confisquer. Celui-ci compte justement sur votre fatigue, sur votre capitulation et sur votre faculté d’oubli pour faire passer ses combines. Ne tombez pas, comme à l’accoutumée, dans l’amnésie. Ne buvez pas, une fois de plus, à la coupe de Léthé, déesse de l’oubli et complice du pouvoir. Éloignez la coupe de l’oubli et buvez à celle de la vérité… jusqu’à la lie. C’est cette coupe qui vous libérera.

 

  • Aux partis, ONG et collectifs de la société civile : de ne pas rester les bras croisés au prétexte de ne pas vouloir prendre parti dans une affaire politique ou politisée, de vouloir rester « transcommunautaire », « neutre », « équidistant ». Si les « uns » sont visés cette fois-ci, les « autres » restent des cibles potentielles, même si les « uns » forment le gros du gibier. Bougez-vous, donc ! Il n’y a pas que les déchets physiques, organiques, qui puent ! Les ordures puent aussi !

 

  • Aux représentants du peuple (et non de la foule) et leurs partis respectifs : de mettre en pratique vos slogans électoraux. Voici l’occasion, ou « l’épreuve post-électorale » idéale, immédiatement surgie des officines pré-électorales, qui servira de test de bonne foi et de baromètre sur la conformité de votre action politique avec votre parole électorale. Voici venue l’opportunité (malheureuse) de remplir votre promesse et de gagner en crédibilité. Que le « pouls » (nabad), qui prévalait durant la campagne électorale, s’accélère après les élections, au lieu de se ralentir, même si nous comprenons ce temps de repos ou de récupération après une campagne éprouvante. Ne vous contentez pas d’exprimer des « souhaits », ou de « réclamer » l’annulation de ce décret abscons et monstrueux, mais procédez, concrètement et résolument, aux démarches légales pour son invalidation, à moins d’une marche arrière (improbable) de ses confectionneurs. « Sar Badda » maintenant, dans cette affaire ahurissante et horripilante, une offensive pour le changement et la réforme. Sinon, quand ? Aux prochaines affiches électorales ?

 

  • Aux indépendants et dépendants, du 14 mars, ou de n’importe quel jour et mois du calendrier libanais (hormis un certain jour d’un certain mois sans issue) : de ne pas prendre la chose à la légère, froidement ou avec désinvolture, comme on le constate, ou se contenter de s’en moquer (car eux se moquent de vos moqueries), ou de « gazouiller » sur Twitter (parce que les oiseaux en cage le font aussi), mais de réclamer des comptes, d’exiger des explications, de pourchasser les marchands d’identité nationale, les chasseurs (sans permis) d’un titre de voyage au bout de nos enfers et de leurs paradis, les passeurs, les vendeurs, les acheteurs, les négociants, les trafiquants, les commissionnaires… et les chasser tous du temple. Chasser tous ceux qui ont transformé notre « Maison nationale », la Maison de nos pères, en une caverne de voleurs.

 

R.B.

 

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