Décret de naturalisation : Questions au pouvoir et à l’opposition.

 

« Parmi les personnes concernées par le nouveau décret de naturalisation qui fait polémique figure un homme d’affaires algérien au cœur de diverses enquêtes pour corruption présumée en Algérie, en Italie et récemment au Canada ». (L’OLJ).

Ce nouveau décret de naturalisation « qui fait polémique » devrait plutôt faire  scandale, et non pas faire polémique. Il ne s’agit pas d’un « débat public» destiné à savoir si, oui ou non, on peut naturaliser des personnes suspectées ou accusées de méfaits, de délits, de crimes, d’accointances avec des criminels de guerre, visées par des mandats d’arrêt, poursuivies par la justice d’autres pays… donc ipso facto impropres à la naturalisation (d’autant plus que nous en avons déjà assez sui generis). Il n’y a pas de quoi « polémiquer » là-dessus, mais crier au scandale, demander des explications, réclamer des comptes, exiger des réponses, frapper aux portes concernées, s’enquérir du rapport de la Sûreté Générale (qui se fait attendre)… Jour après jour, de nouveaux « wanted » sortent du chapeau; des hommes recherchés à l’échelle planétaire, devenus des compatriotes, et nous ne cherchons toujours pas à connaître les vrais tenants et aboutissants de cette affaire ahurissante qui aurait abouti, dans tout pays un tant soit peu démocratique, à des interrogatoires, des démissions, des limogeages, etc.

Le « débat public » devrait plutôt se transformer en un « questionnement public » et les questions, bien précises, que nous avons le droit de poser aux autorités et à l’opposition, et auxquelles elles sont tenues de répondre, portent notamment sur les points (non exhaustifs) suivants :

1. Comment les président, premier ministre et ministre de l’Intérieur ont-ils pu signer un tel décret qui renferme des noms au signalement si alarmant ? Dont certains sont poursuivis ou « fichés » par la justice et la police internationales ? Et ce, sur la foi des révélations fracassantes des médias et de la presse ? S’ils savaient, comme dit le dicton arabe, ce serait une catastrophe, et s’ils ne savaient pas la catastrophe serait pire ان كنت تعلم فتلك مصيبه وان كنت لا تعلم فالمصيبة اعظم

2. S’ils ont signé à l’aveuglette ou en toute confiance, croyant que le document avait été passé au crible avant de leur être soumis pour signature, qui sont les responsables de cette sélection abracadabrante ? Les concepteurs de cette passoire éclaboussante? Pourrions-nous connaître la marque de fabrique ? Le nom du fabricant ? Ne serait-ce que pour lui décerner un brevet d’invention ?

3. Sur quelle base, selon quel critère, quel principe, quelle entente, quel « donnant-donnant », quelle contrepartie, quelle recommandation, etc., ces demandeurs suspects de citoyenneté ont-ils été admis sur la liste ? « Qui » les a mis sur la liste ?

4. En quoi ces « candidats à la nationalité libanaise » (aujourd’hui heureux élus) ont-ils été ou seront-ils « utiles » à la nation ? Que vont-ils lui apporter ou lui prendre ?

5. Pourquoi ce décret a-t-il été concocté en catimini et signé à la sauvette ?

6. Comment se fait-il que même le numéro 2 de la République (président de la Chambre) n’ait pas été informé de ce décret (selon ses propres aveux) ?

7. Pourquoi la liste exhaustive des naturalisables (recommandables et peu recommandables) n’a-t-elle pas été soumise d’emblée à la Sûreté Générale, pour investigation préalable, selon les normes et le protocole en vigueur ? Pourquoi ne l’a-t-elle pas été  a priori, plutôt qu’a posteriori ? Une fois le pot aux roses découvert ?

8. Pourquoi les naturalisables peu recommandables (aujourd’hui naturalisés) ont-ils été découverts après coup ? Comment ces « gros poissons » ont-ils pu passer entre les mailles du filet des enquêtes entreprises par les trois appareils principaux, selon le ministre de l’Intérieur, à savoir Interpol, les autorités judiciaires libanaises, et le service de renseignements des FSI ? Et, encore une fois, pourquoi la Sûreté Générale a-t-elle été exclue de la tâche qui lui incombe principalement ?

9. La liste des noms finalement publiée (à l’arraché), sous la pression de l’opinion publique, est-elle la liste originale ou la liste expurgée ?

10. Que serait-il advenu si la liste des noms n’avait pas « fuité » ? Les loups seraient-ils entrés dans la bergerie à l’insu des bergers et des moutons ? Nous ne parlons certes pas des moutons de Panurge et de leurs propres bergers qui ne veulent rien savoir, qui défendent l’indéfendable, qui font mine de regarder ailleurs, qui cherchent à faire diversion, à provoquer d’autres scandales, à ouvrir de nouveaux fronts, lancer des bombes fumigènes, ici et là, pour détourner l’attention de la pire affaire fumeuse de l’histoire de cette République même pas bananière, car une telle République produit au moins des bananes saines, et non pas pourries.

Et finalement, questions aux opposants, partisans et civils : ceux des « indépendants du 14 mars », des partis d’opposition extérieure (Kataëb), intérieure (FL), des partis « supra-communautaires » (Sabaa), des collectifs de la société civile, etc. :

11. Où en êtes-vous de cette affaire scandaleuse qui est en train de se tasser ou de se faire remplacer par d’autres scandales ? Quelles sont vos démarches politiques, et non seulement juridiques, pour connaître la vérité, toute la vérité et rien que la vérité ? Étant donné que le recours en invalidation auprès du Conseil d’État pourrait ne pas invalider, du moins pas de sitôt, ce décret fumeux ?

12. Saviez-vous que, pour un décret semblable (ou pire), décret 5247/94, le Conseil d’État a mis neuf ans pour statuer (26/8/94 – 7/5/2003) ?  Et qu’il n’a pas invalidé le décret ?

13. Quels sont les autres recours envisageables ? En dehors du cadre juridique et dans le cadre démocratique ? Hors des sentiers battus du formalisme, qui mènent souvent à des culs-de-sac, étant donné que ce n’est pas uniquement une question de « forme », mais de « fond », si vous avez bien défilé les profils de certains nouveaux naturalisés.

14. Où est donc le « Nabad » qui prévalait avant et pendant la campagne électorale ? Ce « Pouls », qui est celui des gens, devrait s’accélérer avec l’accélération des événements et des scandales, plutôt que se ralentir.

15. Quand sera-t-il temps de se dire « Sar Badda » (hors les affiches électorales), de monter au créneau et de faire de ce scandale un esclandre susceptible de renverser le désordre établi ?

16. Y aurait-il un lien entre cette « baisse de tension » des partis d’opposition et les pourparlers pour la composition du nouveau gouvernement ?

17. Que fait pratiquement le parti Sabaa à l’encontre de ceux qui commettent la السبعة وذمتها ?

18. Quel est le « move » du mouvement civil sur cet échiquier aux cases exclusivement noires, les blanches ayant été noircies par la suie des incinérations sauvages ? Que compte faire le collectif « Vous puez ! » devant ce « sac » puant ? Y aurait-il une nouvelle « catapulte » en vue pour renvoyer ce sac à l’emballeur? Ou une nouvelle invention pour dissiper la puanteur et nous dispenser de passer à la première personne du pluriel ? D’entonner prochainement en chœur : « Nous puons » ?

R.B.

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