Demande d’entrée au Purgatoire.

 

 

  • L’esprit : Saint Pierre, toi qui détiens les clefs du Ciel, admets-moi au Purgatoire afin que je puisse me purifier et pouvoir entrer en union avec mon Créateur.
  • Saint Pierre : Et qui te dit, mon fils, que tu es admissible au Purgatoire ? Ta place pourrait être réservée ailleurs !
  • L’esprit : Où ? En enfer ? Je ne crois pas le mériter, tout de même ! J’ai commis des péchés, certains graves, mais je me suis repenti, après m’être confessé. Et j’ai fait ce que j’ai pu pour me racheter.
  • Saint Pierre : C’est à nous d’en juger, mon fils. Je connais le mal, et le bien, que tu as faits durant ta vie sur terre. Je connais tes fautes, tes égarements, tes aveuglements, mais aussi tes remords, tes expiations, tes mortifications et tes réparations.
  • L’esprit : Et le bilan ? Est-il positif ou négatif ?
  • Saint Pierre : L’évaluation ne se fait pas à l’aune de la science des hommes, mon fils, mais de celle de Dieu. Une bonne action pourrait peser plus lourd, aux yeux du Miséricordieux, que plein d’autres mauvaises, et faire pencher la balance du bon côté. Mais le contraire, aussi, est vrai. Ton Ange gardien, qui t’a suivi depuis ta venue au monde, jusqu’à ton départ, m’a remis son « rapport ».
  • L’esprit : Ce rapport n’a rien de reluisant, j’imagine. J’ai connu bien plus d’échecs que de réussites, fait plus de mal que de bien. J’ai même fait souffrir des âmes, par mon inconscience, mes négligences et ma dureté. J’ai dilapidé les grâces et les trésors que le Seigneur m’a généreusement offerts. Tout bien considéré, je ne mérite même pas le Purgatoire. Quel toupet de ma part de frapper à cette porte ! C’est à celle d’en bas que je dois frapper ! D’ailleurs, elle doit être déjà « chaleureusement » ouverte pour m’accueillir !
  • Saint Pierre : Approche-toi, mon fils.
  • L’esprit : Non ! tiens-toi à distance ! Je suis une âme pécheresse ! une pestiférée !
  • Saint Pierre : Approche-toi pour voir de l’autre côté, du côté du Ciel. Que vois-tu ?
  • L’esprit : Tiens ! Je vois des figures joyeuses, que je ne connais pas, qui me font un signe amical de la main et qui me sourient ! Elles ont l’air de me remercier ! Mais pourquoi ? Et là-bas, à côté, des figures familières, amies, des proches, qui agitent la main dans ma direction en m’envoyant des baisers !
  • Saint Pierre : Dans le rapport qui m’a été remis, il est indiqué que tu as récité 6853 fois le Rosaire, ce qui n’est pas beaucoup, mais assez pour envoyer autant d’âmes du Purgatoire au Ciel. Tu as prié 1239 fois pour le repos de l’âme de tes proches et amis disparus. Tu as fait célébrer 122 messes à leur intention. Tu as même prié pour 348 figures inconnues, au hasard des portraits accrochés dans les rues, des faire-part lus dans les journaux, sur le portail des églises… Tu as semé les graines de la Bonne Nouvelle dans 2438 cœurs, dont 1629 ont fleuri. Tu vois, ton Ange gardien était attentif et inscrivait tout. Par tes prières, tes invocations, tes recueillements, tes actions de grâce tu as sauvé, en tout et pour tout, 10,357 âmes… sans compter la tienne. Pour chaque Pater tu as enchanté le Père. Pour chaque Ave tu as réjoui la Mère. À chaque messe, tu as fait une offrande. À chaque louange, tu as fait frémir un ange.  À chaque confession, tu as appelé le pardon. À chaque communion, tu as scellé l’Alliance. Pour chaque aumône tu as fait une fortune!
  • L’esprit : Je n’en reviens pas… j’ai fait tout ça ?
  • Saint Pierre : Et plus encore. Tends l’oreille.
  • L’esprit : J’entends comme une chorale… mais… c’est une de mes propres prières qui est chantée !
  • Saint Pierre : Et elle enchante le Paradis tout entier !
  • L’esprit : C’est-à-dire que je suis sauvé ?
  • Saint Pierre : C’est-à-dire que tu as sauvé… tous ceux qui t’attendent, là-bas. Tu peux aller les rejoindre.
  • L’esprit : Est-ce que mon ange gardien y est aussi ? Je peux au moins le rencontrer pour le remercier et l’embrasser ? Je me rends maintenant compte qu’il n’était pas là pour surveiller, mais pour veiller. Je n’aurais pas pu faire tout ça tout seul !
  • Saint Pierre : (sourire) Dès qu’il sera de retour de mission. Il accompagne quelqu’un d’autre, calepin en main.

 

R.B.

 

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