Des désordres dans les Ordres.

« Le président du Conseil municipal de Mar Chaaya, le père Élie Najjar, retrouvé mort dans sa chambre (…) Le prélat a été tué d’une balle à la tête » (L’OLJ, 7 août 2019).

Il y a quelques jours, la mort violente du père Élie Najjar, de l’Ordre Antonin Maronite, a été annoncée… pour rester sans suite, comme un fait divers banal. Silence radio et silence réseaux depuis l’annonce de ce drame. Pas de remous, pas de commotion, pas même d’émotions sur cette tragique disparition.

Une enquête a été ouverte, dans l’espoir qu’elle sera, contrairement à bien d’autres, fermée et qu’on saura la vérité sur cette mort… à moins que les résultats des investigations ne nous regardent pas, nous les profanes, le décès suspect étant du ressort du sacré. 

Du coup, et n’en déplaise aux autorités ecclésiales, des interrogations, légitimes, s’imposent :

1) Pourquoi ce black-out sur la mort de ce prêtre ? Qui était, de surcroît, chef de municipalité ?

2) Pourquoi ce désintérêt médiatique et « socio-médiatique » relativement à ce décès ?

3) Le Père Elie Najjar a-t-il été tué ou s’est-il enlevé la vie ?

4) S’il a été tué, pourquoi et par qui ?

5) S’il s’est suicidé, pourquoi n’a-t-il pas été protégé contre lui-même ? Pourquoi n’a-t-il pas été pris en charge par son institution ? Quelles qu’aient été ses difficultés ou ses problèmes de santé, pourquoi ne l’a-t-on pas aidé à se munir de sa foi pour se prémunir contre un geste condamné par sa propre Église, à savoir l’acte du suicide ?  Comment était-il en possession d’une arme à feu ? Et à l’intérieur d’un couvent ? Nous ne nous interrogerons pas sur les raisons du suicide qui ne nous concernent pas. Était-il le seul à posséder une arme dans cet Ordre ? Et qu’en est-il des autres Ordres religieux ? Comment des armes à feu sont-elles introduites et circulent-elles dans les couvents ? À l’heure où l’on s’efforce de les contrôler, voire de les éliminer de l’espace public ?   

Nous ne pouvons être tenus dans l’ignorance, ou à distance, sous prétexte que cette affaire relève de la « régie interne ecclésiastique », parce que nous, laïques, sommes aussi membres de l’Église, donc concernés, et en droit de savoir ce qu’il est advenu au père Najjar qui est aussi notre père spirituel.

Nous ne sommes pas uniquement concernés en tant que chrétiens, mais aussi en tant que citoyens puisque le père Najjar était chef de la municipalité de Mar Chaaya, avec mes réserves personnelles quant au fait pour un prêtre et moine, censé être dédié au sacerdoce et à la vie monastique, d’occuper une fonction relevant des pouvoirs publics, temporels.  

Cela nous amène à pointer des désordres dans ces Ordres. Un manque de transparence. Il n’y a pas longtemps, le nom du célèbre chanteur ordonné prêtre, Toni Khawli, avait été mêlé à une affaire de mœurs sur fond de conflit avec son supérieur hiérarchique, aussitôt étouffée. Il avait quitté le pays. Comme d’habitude, les profanes sont restés dans le flou. Il est rentré dans les bonnes grâces cléricales, sous les hourras des « fans » du chanteur qui se sont empressés de lui souhaiter la bienvenue sur les réseaux sociaux, après son absence d’environ 2 ans, sans se soucier de voir plus clair dans cette affaire, aveuglés qu’ils sont par la vedette.

Un autre serviteur de Dieu, Mgr Mansour Labaky, illustre figure du clergé maronite, a été accusé par la justice française de viols sur mineures et visé par un mandat d’arrêt international en avril 2016 après avoir été reconnu coupable « d’abus sexuels sur mineures et de crime de sollicitation durant la confession » par la Congrégation pour la doctrine de la foi, le 23 avril 2012, et formellement condamné par la justice du Vatican  en 2013 suite à un recours rejeté. Qu’est-il advenu de cette affaire ? Pourquoi n’a-t-il pas été livré à la justice française ? Il continue, paraît-il, de bénéficier du soutien et de la protection de sa « curie orientale». S’il est innocent, malgré la condamnation du Saint-Siège, qu’on veuille bien nous le prouver ! S’il a été blanchi, qu’on nous fournisse le décret d’acquittement ! Si je ne suis pas à jour dans mes informations, qu’on veuille bien remédier à mon ignorance en la matière !

Et ceci, sans compter les ingérences d’évêques et de prêtres dans les affaires politiques et leurs prises de position partisanes, comme en témoigne le cas de l’évêque maronite de Sidon, Élias Nassar, suspendu par la Congrégation romaine pour les Églises orientales en raison de son allégeance passionnée à Michel Aoun et son hostilité forcenée envers Samir Geagea et son parti.

Sans oublier (même s’ils le souhaitent) ces prêtres qui ont réfuté Matthieu 6 :24  et servi deux maîtres à la fois, à savoir Dieu et Mammon, qu’ils ont aimés d’un égal amour ; ces serviteurs doubles qui se sont enrichis dans l’exercice de leur ministère, dont certains ont été démis et d’autres remis à plus tard.

Tout porte à croire que ces abus, écarts et violations ne sont que la partie visible de l’iceberg clérical oriental, si prompt à crier au blasphème, à jouer les vierges effarouchées devant un spectacle païen aux chants pas catholiques ! Ce qui nous pousse à renvoyer ces messeigneurs à leurs propres vœux, souvent pieux, à savoir les vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance.

En effet, si le vœu pieux de chasteté ne saute pas aux yeux, étant bien camouflé jusqu’à l’éclatement de scandales, celui de pauvreté est, lui, bien ostentatoire, à en juger par les richesses, en fonds et biens-fonds, de tous les clergés et de toutes les congrégations, sans exception. Il n’y a qu’à voir, à titre d’exemple, les immenses domaines et propriétés de nos Églises, le faste de leur architecture extérieure et intérieure, les habits d’apparat de nos prélats, leurs pesants pendentifs où se reflète leur penderie… Il n’y a qu’à voir ces prêtres, mariés et célibataires, circuler dans des voitures luxueuses. Certains nous donnent l’impression d’exercer un métier ! Ils vont officier, puis remettent leur jaquette pour vaquer à d’autres occupations temporelles, professionnelles.

Quant au vœu d’obéissance, ils obéissent plus à leurs instincts, à leurs intérêts, à leur supérieur complice, qu’à la Parole de Dieu ! Ils obéissent volontiers à des missions spéciales dans les salons mondains, outre les salons funéraires, où ils se prélassent, en bons prélats, entourés de ces dames de la haute société, riant et faisant bombance.     

On les voit et on les entend, tous les jours, moins sur la chaire de leur église que sur les ondes, à la télé et à la radio, gesticulant et sermonnant, d’un ton docte, déclamant la Parole de Dieu qu’ils ont de la peine à entendre et à pratiquer car « ils disent et ne font pas » (Mt. 23 :3).    

On les voit, plus que nous, sur les réseaux sociaux, et sur WhatsApp, semant leurs « posts » à tout vent, faisant circuler leurs homélies, les vidéos de leurs célébrations et adorations eucharistiques dans le but déclaré d’évangéliser, et non déclaré de promouvoir leur talent oratoire et leur propre personne. C’est la culture du vedettariat qui se mêle à la culture religieuse. C’est la course à qui mieux mieux, à qui paraîtra plus et mieux, sera le plus télégénique, démontrera plus de charismes, gagnera plus d’audience, de visibilité et de popularité, attirera le plus de « clientèle » dans sa paroisse, pour son propre mérite. Il y en a même qui réalisent des vidéo-clips, à l’instar des chanteurs profanes, sur des thèmes plus profanes que religieux, tels que des chants patriotiques pour l’armée, le drapeau, etc.

Bref, on les voit dans toute leur vanité…mais pas tous, Dieu merci. Pas la majorité !

Car la majorité, invisible, silencieuse, qu’on ne voit pas sur les réseaux et sur les ondes, ni dans les salons, est celle que l’on voit le plus dans les confessionnaux, dans les offices, dans les missions d’évangélisation, dans les maisons de charité, dans les classes de catéchisme, dans l’accompagnement spirituel, dans les aumôneries, dans la prière, dans le recueillement, dans l’effacement …

Et ce sont eux que Dieu voit.

R.B.   

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