Des incinérateurs vivants… pour notre mort.

 

« Incinération sauvage au Liban : les chiffres chocs de l’impact de la pollution sur notre santé. Hasbani met le gouvernement devant ses responsabilités et l’appelle à trouver des solutions immédiates à la crise, comme à assurer le budget nécessaire pour traiter les malades » (OLJ).

Parfois on culpabilise, on se dit qu’on exagère dans nos récriminations contre nos gouvernants, qu’ils ne sont pas si immoraux et si mauvais que cela, jusqu’à ce que des révélations, aussi ahurissantes que fracassantes, viennent nous montrer que nous n’en faisons pas assez, que nous péchons par insuffisance, que nous ne pouvons plus nous contenter de critiques et de protestations verbales, que nous devons mettre un terme à ces « incinérateurs ambulants » qui réduisent la santé publique en cendres.

Il y a un ministre de la santé qui, en d’autres termes, nous dit carrément, et le plus scientifiquement du monde : « Peuple libanais, on te tue, pas à petit feu, mais à grand feu d’incinération sauvage ». Que disent, que font les ministres concernés ? Notamment ceux de l’intérieur et de l’environnement ? Face à cette intoxication en règle de la population, et ses conséquences dramatiques bien réelles ? Et ceci, sur la base d’études entreprises par leur « confrère » de la santé, chiffres épouvantables à l’appui ?

Que dit la nouvelle « troïka » qui s’est targuée de s’entendre « sur tous les dossiers » et de garantir le calme et la stabilité ? On trouve calme et stabilité dans la mort aussi. En effet, rien de plus calme et stable qu’un cadavre. C’est ce qu’ils nous promettent ? De faire de nous un cadavre collectif ? Mais alors il n’y aura plus personne pour applaudir leur danse à trois. Plus personne pour leur dire « bel rouh, bel dam nafdiqua …». N’ont-ils pas peur d’en être privés ? Y a-t-il quelqu’un, parmi leurs idolâtres, pour leur signaler ce risque ? Pour leur dire qu’à ce train ils finiront par perdre leur statut de gouvernants, faute de gouvernés ? Alors ils bougeront pour sûr, pas pour nous, mais pour eux, pour ne pas perdre ce privilège. Mais encore faut-il quelqu’un d’éclairé, parmi les obnubilés qui les portent en triomphe, pour le leur dire.

Si les bases populaires de tous ces « incinérateurs vivants» qui nous gouvernent ne sont pas visibles car enveloppées par la fumée de leurs offrandes, plus que celle des incinérations sauvages, que dit, que fait ce fameux « quatrième pouvoir » à part faire d’un sujet aussi scandaleux, aussi mortifère, une simple pige de passage ? Ou les journalistes sont-ils plus attirés par les pneus enflammés ? Par des fumées noires à sensation ?

Que disent les leaders de l’opinion libre ? Les activistes ? Ou plutôt que font-ils (à part promouvoir leurs candidatures aux législatives) car ils en disent assez. Ne sont-ils pas censés reprendre ce qu’ils avaient entrepris – et raté – en cet été printanier de 2015 ? Et mener leur entreprise à bien et à terme cette fois-ci ? Pacifiquement, après avoir tiré les leçons de leurs erreurs ? Nous débarrasser des incinérateurs en chair et en os qui nous mangent la chair jusqu’à l’os ? Qui nous « incinèrent » sans état d’âme ?  Sauront-ils fixer un nouveau rendez-vous après avoir raté le précédent ? Ou bien misent-ils sur une « révolution par les urnes » au milieu de ces odeurs d’urine ? Des urnes gavées d’avance d’argent électoral, de clientélisme et de panurgisme ?

Que font les organisations internationales des droits de l’homme face à ce crime contre l’humanité ? Contre la civilité ? La civilisation ? L’environnement ? L’écosystème ? À part faire des rapports et tirer une énième sonnette d’alarme qui tombe dans l’oreille de ces sourds à la conscience morale et humaine ? Quelles sont les pressions exercées pour mettre le holà à ce crime, entre autres ?

Que disent, que font les défenseurs de la veuve et de l’orphelin, les avocats des causes perdues face à cette horreur ? Quels sont les recours juridiques entrepris pour venger les victimes et en prévenir de nouvelles, les moyens légaux utilisés pour mettre la pression sur nos irresponsables ?

Que dit, que fait l’ONU à la vue d’un de ses « membres » en danger d’anéantissement ? Ces nations, soi-disant unies, n’ont-elles pas peur d’être gagnées par la gangrène ? Ne devraient-elles pas prendre en charge et rééduquer ce « mineur » incorrigible, ingouvernable ?

Et que fait le peuple resté indemne, sur le plan psychique et non pas physique ? Le peuple « désenchanté » ? Le peuple de la société civile ? Le peuple, pas la foule ? Le peuple qui dit « Vous puez ! » et pas la foule qui dit « bel rouh, bel dam… ». Ce peuple est-il résigné ? Dompté, comme une bête de cirque qui se contente de rugir dans sa cage ? Drogué, par l’inhalation de toxines ? Est-il réduit à l’esclavage ? Face à cet empoisonnement collectif, ces « attaques chimiques » en bonne et due forme, même des esclaves se seraient révoltés ! Et l’histoire est riche en exemples et en actions exemplaires.

R.B.

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