DESSINE-MOI LE BONHEUR !

 

coloriage-l-aviateur-et-le-petit-prince

 

  • S’il vous plaît… dessine-moi le bonheur!
  • Comment ? Est-ce que j’ai une tête à dessiner des bonheurs ? Et puis je ne suis pas dessinateur… Mais qui es-tu ? d’où sors-tu ? Tu ressembles étrangement à ce Petit Prince de Saint-Exupéry !
  • Je viens d’une autre planète.
  • Si je n’étais pas trop désabusé je m’en étonnerais.
  • Dessine-moi le bonheur !
  • Tu t’adresses à la mauvaise personne, mon enfant… et à une personne mauvaise qui ne mérite pas le bonheur et n’a jamais su le posséder pour t’en faire un bon croquis.
  • Fais un effort, papa !
  • Papa ? Est-ce que je suis ton père ? En tout cas c’est l’un des termes qui manquent à mon bonheur. Tu vois cette famille là-bas ? Sur le banc, à l’autre bout du jardin ? Ils pourront mieux te servir.
  • Non, je veux un dessin de toi !
  • Pourquoi moi ? Tu m’as choisi pour me narguer ? Parce que je suis malheureux ?
  • Non, parce que tu es talentueux.
  • En dessin ? Et puis bof ! qu’est-ce que mes talents m’ont rapporté ? Regarde-moi, dans ma misère.
  • Ne me fais plus trop attendre ! Dessine-moi le bonheur ! Mon copain veut un dessin du bonheur avant de partir !
  • Ton copain ? Quel copain ? Où est-il ?
  • À l’hôpital. Il m’a demandé un beau dessin du bonheur pour soulager ses souffrances et s’en aller plus heureux !
  • S’en aller… c’est-à-dire sortir de l’hôpital ?
  • Oui, mais pas en vie. Il aurait aimé atteindre ton âge, être assis sur ce banc, comme toi, dans ce jardin, respirer l’air frais et embaumé, contempler le ciel, les arbres et les fleurs, entendre les oiseaux gazouiller, se réjouir de voir les enfants de cette famille, là-bas, gambader, même s’ils ne sont pas les siens, sentir la vie, sentir son existence, connaître ton misérable parcours cahoteux, mais être vivant et en bonne santé, ici et maintenant !
  • Je n’en crois, ni mes yeux, ni mes oreilles ! Tu parles comme les grands !
  • Et toi tu rechignes comme les petits !
  • Assez ! On ne t’a pas appris à respecter les adultes ?
  • Fais-moi ce dessin, pardi ! Mon copain en a besoin d’urgence ! Il m’attend !
  • Je peux te faire un poème à la place ? Je suis bon dans seulement ça !
  • Malheureusement, mon copain n’est pas francophone, et on n’a pas le temps de traduire… Mais tiens ! tu pourrais me donner de quoi lui acheter un dessin du bonheur !
  • C’est une idée, mais le problème est que mon portefeuille est vide… Attends que je voie… il n’y a dedans que des papiers d’identité perdue, un billet de loterie perdant… mais tiens, tiens, je vois dans une pochette une image sainte, oubliée, le Sacré-Cœur de Jésus, mais froissée par mes humeurs. Ça peut aller ?
  • Montre-moi… mais il est merveilleux, ce dessin du bonheur ! Je peux le donner à mon copain ?
  • Certainement, si ça me soulage de tes sollicitations.
  • Mais comment se fait-il que tu portais en toi cette image du bonheur, tout ce temps-là, sans être heureux ?
  • Je me le demande… c’est peut-être parce que je la portais dans mon portefeuille, pas dans mon cœur.
  • Et pourquoi ne l’avoir pas portée dans ton cœur, puisqu’il s’agit d’un Sacré-Cœur, plutôt que dans ton portefeuille qui t’écœure ?
  • Je n’en sais rien… à cause du trop-plein d’amertume de mon cœur, peut-être…
  • Mais le Sacré-Cœur est un sacré remède contre l’amertume ! Essaye-le ! Il va pour toutes les tailles et tous les genres de cœurs !
  • Bon, je vais essayer, pour te faire plaisir…
  • Si je te prends cette image, ça ne te rendra pas plus malheureux ?
  • Mais non, puisque maintenant je la porte dans mon cœur, et non plus dans mon portefeuille.
  • Ah ! Je m’en réjouis ! Tu sais, Jésus t’aime ! Et il te dit merci pour les poèmes !
  • Quoi ?!! Comment sais-tu que je lui ai écrit des poèmes ? Et qu’il les a lus ? Mais qui es-tu ? Réponds-moi au lieu d’esquisser ce sourire espiègle !
  • Tu le sauras plus tard… je suis pressé de remettre le dessin du bonheur à mon copain. Ce dessin lui fera beaucoup de bien.
  • Et après le lui avoir remis, tu reviens ?
  • Non, je remonte ! On se reverra là-bas, le moment venu, surtout que maintenant tu portes le dessin du bonheur dans ton cœur ! 🙂
  • 🙂
  • Et d’ici là, que vas-tu faire, papa ?
  • D’ici là… je vais distribuer, autant que possible, le dessin du bonheur que je porte dans mon cœur. 🙂
  • 🙂

R.B.

 

 

Comments are closed.