FRISSON D’OCTOBRE

« Vous créez un frisson nouveau » (Victor Hugo)

 « Vous créez un frisson nouveau »,

Un frisson qui parcourt l’échine,

Le frisson de ce renouveau

Qui renouvelle notre mine ;

Un frisson si pur et si beau,

Un frisson national, sublime,

Qui nous offre un vibrant tableau

À la signature anonyme.

Vous donnez le frisson au mal

Et la main pour la chaîne humaine 

Qui fait choir de leur piédestal

Ces bronzes, d’argent et de haine.

Vous nous versez le firmament

De votre marée, qui nous soûle,

Qui attire comme un aimant,

Qui nous donne la « chair de foule ».

Vous étendez, comme un jet d’eau,

Des lianes de bras vers cet arbre

Qui reprend vie sur ce drapeau

Arraché aux palais de marbre.

Vous nous recréez un frisson

Perdu, depuis les temps moroses,

Qui revient comme une chanson

Oubliée, aux souvenirs roses !

Un frisson fort, qui fait frémir

Et l’encre et la plume et les ondes ;

Qui fait frissonner ces émirs

Et tous leurs sbires à la ronde.

Vous chantez d’un frisson nouveau

L’amour des valeurs humanistes,

Des va-nu-pieds sur le carreau,

Dansant tous sur la même piste.

Vous créez un frisson qui court,

Le frisson mûr de la révolte,

Qui traverse les champs et bourgs

Livrant aux villes sa récolte ;

Un long, éblouissant frisson

Électrisant par sa décharge

Un peuple, sorti des prisons

Au pas civil, au pas de charge.

C’est une nouvelle émotion

Qui a pincé l’ancienne fibre

Qu’on appelle révolution

Du cèdre, aux rameaux et mots libres !

Vous avez créé un Liban

Nouveau, au sein du centenaire !

Où la soutane et le turban

Ont joint pour de bon leurs prières ;

Où les différents citoyens

Se sont fondus dans un ensemble,

Ont détruit les murs mitoyens

Et décidé de vivre ensemble.

Par le souffle et par l’encrier

Vous avez effacé l’opprobre,

Détaché du calendrier

La date du dix-sept octobre.

Vous créez un frisson, tout court,

Qui monte en nous tous jusqu’aux larmes !

Vous créez un frisson d’amour,

Et nous tombons sous votre charme.

R.B.

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