Il est monté…

Il est monté, le vieil homme,

Dans la vigueur de sa foi,

Tout en emportant la somme

De nos pleurs et nos émois,

Pour trouver le Fils de l’Homme.

Il est monté dans son arche,

Habitée de sainteté,

L’émérite patriarche

De la souveraineté

Dont on a perdu la marche.

Dans sa ferveur qui nous gagne,

Il a pris son ascension

Jusqu’au haut de la Montagne

De la Réconciliation

Quand nous étions dans un bagne.

Il est monté en silence,

Comme il a vécu, serein,

Après sa longue éloquence

Pour un Liban souverain

Aujourd’hui presque en vacance.

Il nous voit dans sa montée

Et il entend nos rumeurs ;

Il voit nos mers démontées,

Et nos airs et nos humeurs,

Et nos passions éhontées.

Il poursuit sa transcendance

Après avoir vu son fruit :

L’arche d’une sainte alliance

Qui se disloque et s’enfouit

Au fond de la Dépendance.

Il se détourne et s’élève,

Fuyant ces mauvais garçons,

Pour trouver d’autres élèves

Fidèles à ses leçons,

Et nos martyrs … qu’on achève !

Mais en montant, il s’attriste,

Malgré l’état bienheureux,

Il nous indique ses pistes

Tracées pour des enfants preux,

Et son passé, qui existe.

Empourpre-nous de ta flamme,

Toi l’illustre cardinal

Qui portais l’habit dans l’âme,

Non comme apparat banal ;

Redis-nous ce que tu clames !

Ȏ mon si bon patriarche

D’Antioche et de tout l’Orient,

Veuille lâcher de ton arche

Ton timbre aigu et criant

Pour qu’on se remette en marche !

Parmi les loups et les louves

Rends-nous forts comme l’Agneau ;

De partout où tu te trouves 

Envoie-nous tes saints signaux

Pour qu’enfin on se retrouve !

Prends notre Liban-message

Avec toi, dans les hauts cieux ;

Qu’il reflète ton visage

Quand tu seras devant Dieu,

Et nous deviendrons plus sages !

R.B.

Comments are closed.