J’aime cet homme.

 

Je ne sais pas pourquoi j’aime cet homme… ou plutôt je sais. Depuis ses débuts jusqu’à ce jour, il ne m’a jamais déçu. Il dégage quelque chose qui manque à presque tous ses pairs : cette pureté, cette innocence, cette honnêteté, cette probité, cette droiture, cette humilité, cette sincérité, cette « timidité » même, que nous avons tant besoin d’avoir et de voir sur la scène politique aux gesticulations théâtrales, arrogantes et pathétiques. Il sort du lot. Il détonne, par sa « douceur », avec ce tumulte, cette cacophonie, ce tintamarre dont nous avons marre. Son timbre clair, limpide, qui rappelle celui de son père, nous rafraîchit. On dit qu’il n’a pas le charisme de son paternel, mais qu’importe ! Qui a le charisme de Béchir ? Qui pourrait l’avoir ? Il a hérité de lui l’essentiel : son engagement pour un Liban souverain, pour une libanité fière, libre, moderne, laïque, indépendante, conviviale, épanouie, intègre, prospère. C’est pour avoir réussi à être lui-même que je l’aime et le respecte, pour avoir chaussé ses propres bottes, à la modeste pointure, pour avoir résolument marché sur les traces non pas de Béchir, mais de ses principes qui sont ceux de son parti.

Ce jeune homme incarne déjà « l’homme politique », dans son authenticité et dans sa véracité, pour le débarrasser de toute connotation péjorative et le réhabiliter, lorsque la plupart de nos politiciens ont fait de l’« homme politique libanais » un politicard. Or lui, il est le prototype du véritable homme politique par sa constance, son intransigeance, sa transparence, sa moralité, son efficacité, sa fermeté mêlée de fragilité qui le rend encore plus attachant et plus crédible. Mieux que quiconque, il réunit les trois qualités essentielles de l’homme politique idéal selon le sociologue Max Weber, à savoir la passion, la vision et le sens des responsabilités. Il parvient même à concilier les deux éthiques, parfois antagoniques, de l’homme politique : l’éthique de conviction, dont la fin « idéologique » pousse à justifier les moyens, et l’éthique de responsabilité qui mesure les conséquences morales et matérielles de l’action politique. C’est cette conciliation nécessaire entre les deux éthiques qui rend les résultats de l’action politique, limités à cause de cette dichotomie, plus méritoires. D’où les mérites de cet homme que j’aime. D’où sa réussite. Par son sage équilibre, il exerce la politique par vocation, et non par « héritage », ni par intérêt.

Il ne lésine pas sur les constantes du 14 mars dont il est l’un des derniers des Mohicans, et surtout pas sur les principes de souveraineté, de dignité, de refus catégorique des armes illégales, du mini-État dans l’État. Contrairement à d’autres, il ne met pas la charrue devant les bœufs, ne fait pas primer la lutte contre la corruption, aussi cruciale soit-elle, sur les luttes pour la souveraineté nationale et institutionnelle, la neutralité par rapport aux conflits régionaux et la préservation du pays contre les influences et les ingérences étrangères.

En ces temps mornes et moroses où, à l’exemple de Diogène le Cynique qui cherchait un homme, on cherche un « homme politique » au milieu de ce marasme, de cette « partouze électorale » à l’assaut de la Chambre, on peut se consoler d’en avoir un en la personne de Nadim Gemayel.

J’espère de tout cœur le revoir au prochain parlement, car celui-ci serait encore plus désolant qu’il ne le sera en l’absence de ce spécimen rare, de ce « pur » comme il n’en existe plus, ou presque.

R.B.

 

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