Je ne dirai pas “mabrouk”.

 

Je ne dirai pas mabrouk à ceux et celles qui ont vendu la cause pour un siège repliable ministériel. Un siège qui va, tôt ou tard, se replier pour laisser la place aux suivants de ces messieurs-dames avides de privilèges, dont les intérêts ont supplanté les principes, et qui laisseront des taches sur leur siège : les taches de la compromission, de la soumission, de la honte.

Je ne dirai pas mabrouk aux ministrables insatiables qui, pour s’assurer une place au soleil gouvernemental, se sont déplacés et replacés ailleurs, qui SE SONT TUS dans l’affaire de Saydet el-Jabal, qui étaient aux abonnés absents pour garantir leur présence au Cabinet de plaisance et de complaisance, pour ne pas utiliser une autre rime. Je ne dirai pas mabrouk à ceux et celles qui, en d’autres circonstances, et pour bien moins, auraient poussé les (habituels) hauts cris, voire des cris d’orfraie, et qui se murent dans un silence honteux, conjoncturel, complaisant…

Je ne dirai pas mabrouk à ceux et celles qui ont laissé sévir la terreur sans piper mot, qui ont laissé une organisation terroriser les hôtels pour empêcher la tenue de la rencontre de Saydet el-Jabal, qui ont livré la défense des libertés au bûcher de leurs vanités, de leur arrivisme, qui ont permis à leur organisation de tourner le dos aux hommes et aux femmes restés libres et attachés aux principes de dignité, de souveraineté, d’intégrité et de vivre-ensemble, au lieu de faire pression sur leur leadership, l’interroger, le critiquer, le sermonner, le semoncer, le secouer, au lieu de s’en désolidariser par fidélité aux principes et pour sauvegarder l’honneur.

Je ne dirai pas mabrouk à ceux et celles qui sont venus apporter leur « couverture ministérielle » aux forces étrangères de facto, qui ont ajouté une couche de légitimité à la nouvelle tutelle.

Je ne dirai pas mabrouk à ceux et celles qui croient avoir remporté la médaille d’or dans l’épreuve d’escrime autour du gâteau, qui croient avoir gagné la plus grosse tranche, alors que les organisateurs de l’épreuve tiennent le local, la cuisine, l’administration, la direction et la main-d’œuvre. Ces goinfres fromagistes ne se doutent pas que plus leur tranche du fromage est grande, plus leur partenariat avec les squatteurs est fort, que plus leur couverture politique est large, et plus, par conséquent, leur collaboration est étroite et leur traîtrise grande.

Je ne leur dirai pas mabrouk parce que les martyrs oubliés du 14 mars, qui se sont sacrifiés, jusqu’à présent, pour pas grand-chose, dont on célèbre aujourd’hui la mémoire de l’un d’eux – Wissam el-Hassan – ne le leur disent pas. L’histoire ne leur dira pas mabrouk, non plus, ni la géographie.

Mabrouk pour vous, votre banquet bancal, anti-convivial, votre barbecue qui vous enflamme de la barbe à la queue, où l’on entend le pétillement du bois de cèdre, le tintamarre des casseroles, le tic-tac du tournebroche qui n’est autre que le compte à rebours vers l’engloutissement total.

Mais c’est sans compter avec les « trouble-fêtes » qui seront toujours là pour vous la gâcher, qui n’auront de cesse, démocratiquement, pacifiquement, proprement, souverainement, de déranger votre orgie, de tenter des percées pour soutirer votre « gibier national » de la broche avant qu’il ne soit entièrement cuit.

Vous pourrez toujours festoyer sans ce « plat de résistance ». La résistance est à nous. La résistance, c’est nous.

R.B.

 

 

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