J’en appelle à la femme libanaise.

Femme-objet

 

L’Orient-Le Jour, 5 Mars 2014.

http://www.lorientlejour.com/article/857372/jen-appelle-a-la-femme-libanaise.html

J’en appelle à la femme orientale, surtout libanaise, qui ne veut plus se faire abuser, exploiter, maltraiter, assassiner par des sous-hommes, de réclamer plus fort, avec le concours des hommes dignes de ce nom, le renforcement et l’application des lois dissuasives et protectrices, et de revendiquer des droits légaux, civils, administratifs, politiques, professionnels… égaux à ceux des hommes, ni plus ni moins.

Je l’appelle à mieux servir sa cause en formant un mouvement social (pas forcément féministe), un groupe efficace de pression, qui s’inspirerait de modèles extérieurs, pas nécessairement occidentaux, mais tunisien, à titre d’exemple.

Je les appelle, à elle et à lui, à ne pas se contenter d’une condamnation publique et pénale d’un crime conjugal, qui ne sera jamais « de trop », d’une réprobation qui ne touche pas la cause générale et profonde de ce phénomène, mais un effet singulier, et ne préviendra pas d’autres crimes à venir.

Je les appelle, à lui plus qu’à elle, à quelque religion, communauté, secte, tribu, famille qu’ils appartiennent, à refuser cette pratique d’un autre âge qu’est le crime d’honneur, et j’appelle la justice libanaise à renforcer son emprise légale sur cette question, à n’admettre aucune circonstance atténuante, de quelque nature qu’elle soit, à considérer que tous les citoyens libanais, quelles que soient leurs religions et leurs coutumes, se placent sous le coup de la loi qui s’applique à tous et à toutes, sous les cieux de cette République qui se défend d’être bananière.

Je les appelle, tous deux, à effectuer un travail d’éducation pour jeunes et de rééducation pour adultes, en profondeur, de sorte à mettre un terme à la discrimination par le genre, qui se traduit par l’étiquette « sexe faible », par la sujétion de la femme à l’homme, favorisée (hélas) par les religions et par le système patriarcal, par l’infériorisation et la chosification de la femme, l’attribution à cette « moitié » d’un statut et d’un rôle complémentaires, secondaires, accessoires…

Je les appelle à traiter cette mentalité machiste qui se forme depuis l’enfance, à la maison, à l’école… J’en appelle aux parents, aux éducateurs, aux législateurs, aux électeurs, aux gouvernants à œuvrer pour une perception et un rapport égalitaires entre les deux sexes.

J’en appelle à une certaine femme – même s’il lui sera très difficile de le faire – de ne plus accepter (et assumer !) le rôle de femme-objet qui lui a été assigné par l’homme, et de s’y complaire, de ne plus se prêter aux concours de beauté, au même titre que les concours du plus beau chat ou de la plus belle jument, de ne plus exhiber ses appas dans les expositions de voiture de luxe pour s’associer à cette chose et attirer le visiteur, de ne plus se transformer en mannequin animé, en mécanique qui défile pour le profit des couturiers, de ne plus se prostituer sur les panneaux publicitaires.

J’appelle une certaine femme à s’occuper plus de sa condition que de son look, à ne pas se contenter de se faire entretenir et à joindre son combat aux femmes de tête.

J’appelle une certaine femme à ne plus rire d’elle-même devant les sketches sexistes qui la tournent en bourrique, en matrone, en vieille rombière, en femme acariâtre, en femme usée et jetable au profit d’une autre, fraîche et pimpante. Je l’appelle à refuser de servir comme sujet anecdotique dans la rue, au travail, à la télé, au théâtre, à refuser de divertir des hommes et des femmes à ses dépens, pour augmenter l’attraction et les recettes. Et j’appelle les producteurs, metteurs en scène, scénaristes, acteurs, à ne plus faire de la femme le dindon de la farce. Et j’en profite pour demander aux commerçants et publicitaires de ne plus en faire un support ou un produit commercial.

J’en appelle aux hommes et aux femmes à prendre conscience que tout ce qui précède participe aux crimes conjugaux qui suscitent leur horreur.

Et j’interpelle la femme, ou une certaine femme, pour lui souligner que la responsabilité de sa condition n’incombe pas à l’homme, à la société, à la religion, à la grammaire, à la culture, aux us et coutumes uniquement, mais à elle-même.

R.B.

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