La CAQ et l’élection fédérale.

À la lumière des derniers développements de cette campagne fédérale finissante, qui a vu les intentions de vote des Québécois pencher, par endroits, en faveur du Bloc québécois et du NPD, et ceci au détriment du parti conservateur, en premier lieu, puis du parti libéral, on est en droit de se demander si la consigne du premier ministre du Québec interdisant à son parti et à ses élus de se mêler de l’élection fédérale en est une de sage et de bien avisée. En effet, il est fort à craindre que cette décision n’entraîne la reconduction – in extremis –  du parti libéral, avec lequel la CAQ a moins d’affinités qu’avec le parti conservateur qui joue des coudes pour faire une percée salutaire au Québec, susceptible de lui permettre de se détacher, dans cette course serrée, pour remporter les élections et former – au mieux – un gouvernement majoritaire.

Cette consigne de non-ingérence électorale de la CAQ, au motif que le gouvernement du Québec compte travailler « sans obstacles » avec le futur gouvernement fédéral, quel que soit le parti gagnant, ne tient pas trop la route dans la mesure où les relations entre les gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral ne sont pas régies par des « caprices personnels », mais par des politiques préétablies, des programmes, des principes, des lois, des conventions, etc. De plus, c’est plus le fédéral qui aurait besoin de la coopération du provincial que le contraire. Alors autant appuyer un parti fédéral dont les orientations sont plus en phase avec celles de la CAQ qui représente la majorité des Québécois, et ceci pour davantage d’acquis.

Parlant d’acquis, le Québec est plus à même d’en obtenir d’un parti fédéral à la fois « proche » et capable d’accéder au pouvoir, à savoir le parti conservateur du Canada, que d’un parti « lointain », presque aux antipodes des aspirations des Québécois, ou encore des autres partis fédéraux dont le pouvoir est inaccessible et qui ne pourront, par conséquent, rien apporter de concret au Québec. En effet, le Bloc québécois ne pourra que défendre verbalement les intérêts de la province, tandis que le Parti conservateur, comme il s’est formellement engagé, apportera concrètement, entre autres :

– La reconnaissance du Québec comme nation à part entière,

– Le respect de la souveraineté parlementaire et populaire du Québec par la non-intervention dans ses affaires internes, notamment dans les lois votées, telle que la loi 21 sur la laïcité,

– L’octroi d’un siège permanent pour le Québec à l’UNESCO,

– La nomination d’un ministre québécois de développement économique du Canada,

– L’instauration d’un rapport d’impôt unique,

– Davantage d’autonomie en matière d’immigration,

– Etc.

Il est fort à craindre que la neutralité de la CAQ, l’absence de consigne claire de voter en faveur d’un parti fédéral « cousin », si ce n’est « frère », ne conduise à la neutralisation de ces engagements électoraux, et non seulement promesses. 

Ce que le gouvernement du Québec devrait chercher à éviter, en toute logique, est le retour d’un parti multiculturaliste à Ottawa, contrairement au parti « inter-culturaliste » conservateur, la menace de contestation juridique de la loi sur la laïcité, la recrudescence du trudeauisme pur et dur qui se traduit par la promotion du bilinguisme à l’échelle du Québec, la non-reconnaissance de la nation québécoise, le déni même de la société distincte… Ce sont les démons à conjurer ! 

Est-ce tout cela que souhaiterait la CAQ par sa consigne de non-ingérence ? Ainsi que les Québécois, en votant pour d’autres partis que le parti conservateur ? Chercheraient-ils à se tirer une balle dans le pied ? À voir leurs acquis potentiels compromis ?

Force est d’admettre que le plus grand allié des Québécois, aujourd’hui, est Andrew Scheer !

Ronald Barakat

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