LE BONHEUR CHRÉTIEN

 

Chers frères et sœurs,

Permettez-moi de vous mettre en garde à mon tour contre certains prédicateurs protestants qui se sont fait une renommée et une fortune personnelle sur le compte de la naïveté de leur auditoire et de leur lectorat. Ces prêcheurs, pêcheurs ou pécheurs en eau trouble profitent du « blanc-seing » sacerdotal délivré par leur Église à tous leurs membres, grâce à ce qu’ils appellent le « sacerdoce universel » faisant de chacun un « prophète, prêtre et roi » pour monter leur propre mini-Église dans leur Église, s’imposer comme une figure charismatique et diffuser leur vision dévoyée du christianisme, influencée par certains courants dits réformistes. Il convient de souligner que tous n’abusent pas de ce « ministère autonome » pour vendre des grâces à leurs auditeurs et lecteurs, surtout sous forme de CD et de livres à la texture New Age. Certains sont bons, sincères, d’esprit ouvert, non sectaire, et de tempérament œcuménique, comme Eric Célérier. Leurs messages évangéliques sont conformes à l’éthique et à la morale chrétiennes.

Vous les reconnaîtrez, en effet, à leurs fruits. Et les fruits de ces « autres » sentent la richesse, le luxe, le confort, la mondanité, le succès professionnel, bref la prospérité sur tous les plans. Ils doivent leur large audience au modèle de réussite qu’ils offrent à ceux qui voudraient bien appliquer leur recette du bonheur. Le bonheur, pour eux, c’est le bonheur personnel, ici et maintenant, lequel est annonciateur du Bonheur de l’après, car selon leurs croyances, la réussite dans la vie temporelle est le signe, voire la preuve de la grâce divine qui annonce le salut de leur âme. Grâce, soit dit en passant, qui n’est pas donnée à tout le monde, selon le dogme de leur Église, mais à des « élus » choisis arbitrairement par Dieu, aussi injuste que cela puisse paraître à tout croyant sensé, mais certes pas à eux pourvu qu’ils soient, ainsi que leurs proches, sur la liste des sauvés. « Sauve-qui-peut » pourrait être leur devise. Les Calvinistes, à titre d’exemple, y croient dur comme fer. Pour ces « pasteurs » aux troupeaux dispersés la maladie est l’œuvre du Diable et les pauvres sont en manque de grâces, d’où leur pauvreté.

Si l’hédonisme, basé sur le seul plaisir, est le dieu des non-croyants régis par les sacro-saintes lois de la laïcité, le véritable dieu de ces gourous est l’eudémonisme qui fait du bonheur le but de la vie humaine, qu’ils mettent à la remorque du Bonheur céleste assuré par le bonheur terrestre. Une manière de vouloir le beurre et l’argent du beurre.

Or non, chers frères et sœurs, telle n’est pas la morale chrétienne ; tel n’est pas le message de l’Évangile duquel ces « évangéliques » (pas toujours angéliques) prennent des bribes, d’ici de là, pour échafauder une doctrine hérétique, qui fait du Dieu juste un dieu injuste, du Dieu infiniment bon un dieu mauvais qui prédestine les uns au salut et les autres à la damnation, sans que ces uns, ni ces autres y soient pour quelque chose, le mérite et le libre-arbitre étant nuls dans la conception de ces courants protestants.

Le bonheur terrestre chrétien n’est pas un bonheur égoïste, mais altruiste. Il n’est pas un « Bien souverain » à acquérir pour soi, mais un bien à procurer aux autres, et surtout aux nécessiteux, par les œuvres de miséricorde. Le bonheur terrestre chrétien n’est pas un « état » auquel accéder, mais une action humanitaire à entreprendre, laquelle procure du bonheur par la réalisation du bonheur. C’est de ce bonheur dont parle l’Évangile : dans les paraboles du Bon Samaritain, du fils prodigue, de la brebis égarée, et surtout celle du «Jugement des nations » où l’on est appelé à venir en aide aux « plus petits des frères » du Christ… qui semblent oubliés par les marchands évangéliques du « bonheur-pour-soi » dont l’évangélisation s’apparente à la psychologie de la motivation.

Plutôt qu’un « don pour soi », le bonheur terrestre chrétien est un « don de soi », lequel conduit au Bonheur céleste. Il ne s’agit pas pour le chrétien d’être heureux, mais d’être « bienheureux », en Christ, qui se chargera de le rendre heureux.

Ces évangélisateurs qui prônent la « sola scriptura » devraient justement trouver dans l’Évangile la recette complète, exacte et exclusive du Bonheur et s’employer à la diffuser plutôt que de concocter leurs propres recettes, les consigner dans leur propre  « évangile », le publier, en faire la promotion  et en tirer des « recettes » financières.

Le bonheur, au sens chrétien, c’est souffrir avec ceux qui souffrent, comme se réjouir avec ceux qui se réjouissent, et non, comme le professe le «New Age charismatique pseudo-chrétien », éviter la souffrance et rechercher la jouissance.

Le bonheur, au sens chrétien, véritable, trouve la réussite dans la pratique des vertus plutôt que de trouver dans sa propre réussite la vertu suprême.

Le vrai bonheur chrétien, comme Jésus l’entend, et selon ses propres termes, c’est vouloir perdre sa vie à cause de Lui afin de la sauver, car qui voudra sauver sa vie la perdra (Mc 8 :35). C’est se rabaisser, par humilité, et non s’enorgueillir car « quiconque s’élèvera sera abaissé, et quiconque s’abaissera sera élevé » (Mt. 23 :12). C’est faire passer autrui avant car « les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers » (Mt 20 :16). C’est renoncer à soi, se charger de sa croix et Le suivre (Mt 16 :24).

Non point que le chrétien recherche les mortifications et les sacrifices, ou qu’il soit mû par une logique doloriste, étant donné que c’est la miséricorde que Dieu veut, et non le sacrifice (Mt 9 :13), mais le chrétien véritable cherche à devenir saint, à l’image du Saint des saints. Il cherche à se donner, à se dépouiller, à «s’annihiler », à réduire son égo à sa plus insignifiante expression afin de mériter, de justifier cette inimaginable, intarissable, merveilleuse récompense qu’est le « Bonheur éternel pour soi », et ceci par la recherche du bonheur d’autrui, temporel et éternel, de son salut, ici-bas et au-delà.

Le chrétien, le vrai, ne peut être heureux tout seul, ni heureux pour lui seul (et sa maisonnée). Son bonheur ne peut (et ne doit) se construire qu’avec celui des autres. Chaque « pierre de bonheur » apportée à son prochain participe à l’édification de son bonheur personnel. Le Bonheur chrétien est une habitation commune.

 

R.B.

Liens de référence :

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