Le bus de la révolution

J’étais un bus rouillé, rongé par la gangrène,

Abandonné de tous, criblé de toutes parts ;

Je portais sur mon corps les marques de la haine ;

J’étais un bus fini, aux ossements épars.

J’étais un bus maudit, au triste anniversaire ;

On me rendait visite, à peine, une fois l’an

Pour jauger ma carcasse et plaindre ma misère ;

Moi qui étais si beau, plein de joie et d’allant !

J’étais un bus coincé dans un creux de l’histoire,

Symbole de la guerre et de la désunion,

Honteux de son passé, à la triste mémoire,

Déserté de ses fils et de ses compagnons.

J’étais un bus banni et vidé de ses sièges

Par d’affreux passagers, vicieux et corrompus,

Qui, de leurs crocs retors, de leurs malins manèges,

M’ont dépouillé, ruiné, et ne sont point repus !

Mais voici que soudain, en un moment de rêve,

Mes filles et mes fils ont surgi un beau jour !

Voici que d’une ardeur commune on me soulève

Afin de me vêtir de mes glorieux atours !

Me voici reparti, mais pour un grand voyage,

Transportant en mon sein toutes les confessions,

Reliant les contrées, les villes et villages

D’une même allégeance à la seule nation.

Et je vais, ivre, heureux, parsemant mon périple

Qui joint le nord au sud, des grains de l’unité,

Saluant mes enfants aux tendances multiples

Qui m’arrosent des ris de la fraternité !

Je suis un bus comblé des couleurs nationales ;

Allant, tambour battant, vers sa destination :

Vers une identité libanaise finale !

Je suis le bus sacré de la révolution !

R.B.

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