Le chrétien sioniste.

 

 

Il faut être vraiment un dirigeant mal dirigé, ou dérangé, comme Donald Trump,  pour célébrer l’inauguration de la nouvelle ambassade de son pays dans une capitale disputée et, de surcroît, à la veille d’un  anniversaire traumatique, « catastrophique », pour tout un peuple (la Nakba)… comme pour vouloir narguer ce peuple et l’écœurer davantage. Et tout en sachant qu’une telle démarche irresponsable, précipitée, provocatrice,  à cette date précise, va décupler la flambée de violence qui était à prévoir… et causer les massacres de Palestiniens qu’on a vus à Gaza, par la main de massacreurs, envahisseurs « amis » d’un pays transcontinental, supposé être le fleuron de la démocratie et des Droits de l’homme, ce même pays dont le premier président républicain – et le plus grand – Abraham Lincoln, avait aboli l’esclavage après avoir combattu les esclavagistes.

Or voici que ce dirigeant «dérangé » et dérangeant, républicain, du même parti que Lincoln, est venu consacrer l’injustice et restaurer l’esclavagisme aux temps postmodernes, ou plutôt la mentalité esclavagiste et raciste qui le gouverne et par laquelle il gouverne son pays, voire une partie du monde, mentalité identique à celle des dirigeants israéliens, laquelle fait face à l’esprit d’un peuple – palestinien- qui refuse la soumission et la capitulation. Un peuple libre, même s’il ne l’est pas (encore), mais parce qu’il se « veut » ainsi, parce qu’il se tue pour le devenir.

Et le plus désolant est de voir ce fauteur de troubles à l’échelle planétaire, ce « diviseur », se pomponner d’un bon teint « chrétien », invoquer le Christ et fréquenter une église protestante (la Reformed Church in America), qui a remplacé l’Évangile, en tant que tel, l’Évangile de la Miséricorde, des Béatitudes, par l’Évangile dit « de la Prospérité », de la Richesse, qui relie le salut au succès matériel, selon certaines doctrines « réformistes » mises au goût du New-Age par des théoriciens (plutôt que théologiens) de la pensée positive, en la personne du pasteur Norman Vincent Peale, auteur du best-seller The Power of Positive Thinking.

En effet, ces églises qui fondent leur théologie sur le succès, sur la réussite matérielle, sur des grâces particulières de Dieu qui choisit, sélectivement, ceux qu’Il veut récompenser matériellement, existent et ont fait beaucoup d’adeptes et de dégâts à travers l’histoire. Elles ont leurs pasteurs, leurs télévangélistes et leurs best-sellers qui tiennent lieu de « bibles » en remplacement de l’original. Ces « prédicateurs de la prospérité » ont pour noms Jerry Falwell, Mark Burns, Darrell Scott, Joyce Meyer… dont certains ont d’ailleurs soutenu la campagne du « chrétien sioniste », Donald Trump.

Comment chrétien, et pourquoi sioniste ? Concernant le « comment chrétien », on se le demande, étant donné que ni lui, ni son entourage, ni sa base électorale ne sont chrétiens, au sens strict, évangélique, du terme. Un chrétien ne fulmine pas, n’offense pas, ne ment pas, ne hait pas, ne complote pas, ne persécute pas, ne pactise pas avec le Mal, ne commet pas d’iniquité, n’incite pas à la violence, ne vante pas un « jour glorieux » le jour d’un massacre à Gaza, ne construit pas son bonheur – temporel et spirituel – sur le malheur des autres. Une chrétienne ne lève pas le rideau de la plaque commémorative d’une ambassade controversée, tout sourire béat, comme l’a fait la fille de Trump, pendant qu’un rideau de feu et de fer s’abattait sur des manifestants, dont des enfants, à Gaza, qui marchaient pacifiquement vers la clôture – cet autre rideau – de la honte.

Quant à savoir « pourquoi sioniste », c’est son assise électorale composée principalement de plus de 50 millions de chrétiens ultraconservateurs, fondamentalistes, « millénaristes », partisans du « retour à Sion » (qui est une colline à Jérusalem) pour des raisons apocalyptiques, qui servirait d’explication. Cet imposant électorat se répartit sur la partie Sud, appelée la « Bible Belt » qui ceinture les États jadis sécessionnistes où se pratique le protestantisme le plus rigoriste, en accord avec le sionisme.

C’est ce « sionisme chrétien », étroitement associé au « christianisme évangélique », dont relève Trump, probablement plus par intérêt matériel et politique que spirituel et eschatologique. C’est cette idéologie messianique dont il dépend qui dicte sa politique étrangère et le voue corps et âme à l’État sioniste.

La désignation de ces chrétiens sionistes d’« évangéliques blancs » – appellation à forte connotation  raciste et sécessionniste – les enracine profondément dans l’extrême droite et les met en « communion » idéologique (et non eucharistique) avec l’extrême droite israélienne, conformément à leur croyance évangélique selon laquelle la création de l’État d’Israël en 1948 est venue accomplir les prophéties bibliques et aplanir le chemin du retour du Christ en gloire, à la fin des temps. D’où la nécessité pour eux d’une Jérusalem reconnue comme capitale « indivisible » et « éternelle » de l’État hébreu, prête à accueillir la « nouvelle Jérusalem » apocalyptique. Ces illuminés raisonnent comme si l’Histoire touchait à sa fin, que la parousie était aux portes, et que Jérusalem était définitivement dans la poche du juif. Or l’Histoire n’est peut-être pas finie, du moins celle de Palestine, et Jérusalem pourrait revenir aux Arabes, comme à l’époque de Saladin. L’Histoire a toujours réservé des surprises.

Il convient, pour finir, de se demander si le Christ, à son retour glorieux, ou même avant, recevra favorablement ces « évangéliques blancs », aux antipodes du message et de l’idéal évangéliques, qui ont appuyé le ségrégationnisme, encouragé la persécution d’un peuple, violé ses droits, bafoué sa dignité, assisté sans broncher à son massacre, défendu et armé ses massacreurs, bloqué toute résolution salvatrice au Conseil de sécurité, inauguré leur ambassade au prix d’un bain de sang … Ces «évangéliques blancs » qui ont plongé une population dans le noir d’un abîme, et leur propre conscience évangélique avec… et tout ceci pour arriver à leurs fins prophétiques, par des moyens contraires aux préceptes du christianisme. Ces « chrétiens sionistes » qui, pour une Jérusalem indivisible, ont divisé des peuples ; pour une Jérusalem éternelle ont interrompu la vie. Or l’Évangile prêche l’amour, même l’amour de l’ennemi, la fraternité entre les gens et les peuples, la paix, le vivre-ensemble, l’unité et non la division, l’universalisme et non le racisme, la miséricorde, la charité… non pour l’éternité de la cité de Jérusalem, mais celle de la Cité de Dieu (Saint Augustin) où nous sommes appelés à vivre… ensemble.

Je prie, en tant que chrétien non évangélique, pour que le moment venu, ces «évangéliques blancs », ces diviseurs, ces ségrégationnistes et racistes ne soient pas mis avec les « boucs », au retour du Messie, voués à la perdition, selon les Écritures :

« Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s’assiéra sur le trône de sa gloire. Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs, et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche » (Mt. 25 : 31-33).

 

R.B.

 

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