Le « compromis de Munich ».

« Mutisme officiel face à Nasrallah : le compromis d’abord » (OLJ)

« Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre » (Winston Churchill).

Ce fameux compromis, avec lequel on nous bassine matin, midi et soir, ressemble, à s’y méprendre, aux accords de Munich qui ont vu l’annexion par l’Allemagne nazie de la région des Sudètes (germanophone), laquelle faisait partie de la Tchécoslovaquie. Hitler avait garanti, une fois cette crise réglée, « une paix de mille ans en Europe ». Mais il voulait en fait dire « un an » puisque les accords n’auront reculé l’échéance fatale que d’une année. Ces accords établissent un parallélisme symbolique avec notre « compromis » en révélant une lâche « compromission » qui, au nom de la paix, ne fait que reculer la guerre pendant que l’Adversaire gagne en puissance.  

Les réactions favorables d’un certain peuple, suite à la signature des accords de Munich, sont à signaler et à rapprocher avec notre cas. Edouard Daladier, l’un des signataires du pacte, a été acclamé en héros pour avoir « sauvé la paix » à sa descente d’avion au Bourget, et ceci à sa grande surprise, lui qui se sentait honteux d’avoir trahi son allié tchèque et qui s’attendait plutôt à être hué. « Je m’attendais à des tomates et j’ai reçu des fleurs », écrira-t-il dans ses Mémoires. De même pour Chamberlain à Londres, salué comme un sauveur. Seul Churchill avait vu juste, d’où sa fameuse citation. Chose étrange, Mussolini était accompagné de son gendre, ministre des Affaires étrangères, à la Conférence des Quatre.

Où donc mènera notre « compromis de Munich », qui n’est autre qu’une capitulation en bonne et due forme, laquelle se traduit par un mutisme officiel intraduisible face aux exactions et prétentions territoriales, idéologiques et hégémoniques du nouveau Reich perse ?

Au nom de la paix et de la stabilité, ce « compromis » nous fait perdre notre nom, notre honneur, notre souveraineté, notre pouvoir d’autodétermination.  

Au nom de la paix et de la stabilité, un fusil d’assaut se pointe et se plante aux côtés du cèdre, jusqu’à le remplacer sur un drapeau jaune.

Au nom de la paix et de la stabilité, une communauté confessionnelle possède sa propre armée et son arsenal souterrain et tout-terrain lui octroyant la suprématie politico-militaire sur les autres communautés, sur la citoyenneté et sur l’État.

Au nom de la paix et de la stabilité, des pans du territoire national sont « annexés » aux forces de facto (Liban sud, Banlieue sud, etc.). Après la région des Sudètes, place aux autres régions.

Au nom de la paix et de la stabilité, le Grand Liban centenaire se laisse gouverner par le Petit Liban millénariste.

Au nom de la paix et de la stabilité, on laisse un chef de parti parler au nom du Liban officiel et menacer des pays arabes de destruction totale si son « autre » pays était attaqué. 

Au nom de la paix et de la stabilité, ce Liban officiel fait l’autruche, s’enferme dans son mutisme, dans sa cellule de « prisonnier de paix » ou son syndrome de Stockholm.

Au nom de la paix et de la stabilité on oublie nos principes, notre héritage politique et culturel,  on ravale le slogan de la « distanciation » qu’on mastiquait comme un chewing-gum de peur qu’en le gonflant il nous éclate à la figure.

Au nom de la paix et de la stabilité, on s’avachit, on s’aplatit, on s’anéantit moralement pour ne pas l’être physiquement.

Espérons que le sacrifice de la dignité et de la souveraineté sur l’autel de la paix en vaudra la chandelle… et non une lanterne funéraire sur la tombe du Vieillard Centenaire.   

R.B.

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