LE DÉCRET-MONSTRE

 

« Liban : le décret de naturalisation rendu public. Les noms de plusieurs hommes d’affaires et responsables syriens pro-Assad figurent dans le décret signé par le chef de l’Etat, Michel Aoun, le Premier ministre, Saad Hariri, et le ministre de l’Intérieur, Nohad Machnouk »  (OLJ).

Pour une fois, la montagne étatique libanaise qui a l’habitude d’accoucher de « souris » a accouché du « Monstre » tant attendu, dont «l’ombre » se profilait, durant de longs jours tumultueux, sur les réseaux sociaux et médiatiques houleux, et dont l’énormité, si évidente, si voyante, ne pouvait plus rester camouflée. Un « Monstre » qu’aucune montagne, aucune vallée, aucun ciel, aucune terre, aucune conscience humaine n’aurait pu porter, même à l’état embryonnaire, mais que notre « montagne », au sommet de laquelle tant de braves se sont battus et sont morts, a bien porté, en une grossesse-éclair, pour mettre honteusement bas, et de la plus haute bassesse.

Ce « Monstre », qui a pris la nationalité des Libanais qu’il a dévorés en temps de guerre et de fausse paix, est notre concitoyen aujourd’hui. Le suppôt du  Geôlier et du Tortionnaire de nos prisonniers, le bras droit du Kidnappeur brandit fièrement le passeport libanais aux douanes du monde entier. Il est dédouané. Il jouit, ainsi que sa famille, des mêmes droits, et en surcroît, grâce à sa fortune : droit de travailler, de brasser plus d’affaires, droit de résider, droit de présider, droit d’entreprendre, droit de voter, droit de participer à la vie publique, droit de se porter un jour candidat, de devenir député, ministre, premier ministre, président d’une République à définir, jusqu’au droit de reposer aux côtés de nos martyrs dans les cimetières (qui déjà se retournent dans leur tombe) …

Bref, ce « Monstre » jouit aujourd’hui, non seulement de nous avoir baisés, mais d’avoir acquis le titre (sans savoir à quel prix) qui lui permettra d’exploiter nos ressources et d’exulter sur tous les plans, sous notre ciel empourpré de ses flammes et sur notre terre labourée de ses obus.

Il sera même le premier à bénéficier de la conférence économique CEDRE, qu’il faudra rebaptiser, car notre Cèdre s’est dénaturé depuis cette naturalisation, depuis que son emblème est passé dans le portefeuille ou la pochette de voyage de ces hommes d’affaires issus d’un régime qui, de père en fils, a brûlé tant de cèdres, au sens propre comme au sens figuré.

Quant aux « naturalisateurs », les « pères porteurs » et les accoucheurs de ce « Monstre », ceux-là mêmes qui en ont pâti dans leur dignité, dans leur bannissement et dans leur « propre chair », on ne saurait les qualifier, car leur geste est inqualifiable. L’Histoire et la Patrie (si elle survivra) se chargeront de le faire… tout comme elles se chargeront de nous qualifier aussi, pour avoir laissé faire.

Quant à moi, Libanais à la citoyenneté « vendue », diminuée, bafouée, outragée, je me demande quoi en faire, comment m’en défaire à présent qu’elle est si défaite, si dévaluée… Je me demande si je ne devrais pas me suffire de ma citoyenneté canadienne… mais je me dis que non, je ne laisserai pas ces usurpateurs de mon identité me déraciner, ni déraciner mon Cèdre. Mon Cèdre saura faire la différence entre ses enfants naturels, ses enfants légitimement naturalisés… et ces bâtards.

 

R.B.

 

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