Le Grand Chaperon rouge.

Il était une fois, dans un marché de Noël, un Père Noël si différent, si candide, qu’il ressemblait plutôt à un grand chaperon rouge. Maigre et démuni, il n’avait ni clochette pour alerter les passants, et surtout les enfants, ni bonbons, ni friandises à offrir, mais une galette et un petit pot de beurre. Il était là, assis sur un banc, à contempler les visiteurs et à sourire aux enfants, qui le dédaignaient, préférant les vrais Pères Noël, bien remplis de bedaine et de bonbons.

Toutefois, un petit enfant, sorti du lot, le remarqua, comme une fausse note dans la grande symphonie. Piqué par ce curieux personnage, il se dirigea vers lui, s’assit à ses côtés, et l’apostropha :

Séquence I :

– Père-grand, pourquoi cette galette et ce pot de beurre ?

– Pour les donner à qui en veut, mon enfant.

– Pourquoi pas des bonbons et des friandises ?

– Ce n’est pas bon pour les dents et pour la santé, mon enfant.

– Puis-je prendre un bout de galette avec un peu de beurre ?

– Sers-toi, mon enfant.

– Mais dis, père-grand, pourquoi es-tu si maigre ? N’en veux-tu pas un peu, de cette galette et de ce beurre ?

– Je n’en ai pas besoin, mon enfant. Je préfère les laisser à un passant qui aurait faim.

– N’as-tu pas faim toi-même ?

– Si, mais pas d’aliments.

– De quoi donc ?

– D’amour.

– Puis-je t’en donner ?

Et le petit embrassa le grand.

Séquence II :

– Père-grand, pourquoi es-tu seul ? Où est donc mère-grand ?

– Au Ciel, mon enfant.

– Ah ! Tant mieux ! Je croyais dans le ventre du loup, d’après l’histoire qu’on m’a racontée !

– Celle du Petit Chaperon rouge ?

– Oui ! J’ai eu très peur de cette histoire !

– Je me demande comment on peut fabriquer ce genre d’histoires, et les raconter à des enfants ! Faut pas croire toutes les histoires inventées par les grands.

– Que s’est-il passé au juste, père-grand ?

– Le Petit Chaperon rouge n’était pas bête, comme on a voulu le faire croire. Il s’est douté du stratagème du loup. Il ne lui a pas donné l’adresse de sa grand-mère, mais celle du bûcheron. Lorsque le loup est arrivé et il a tiré la chevillette, c’est la hachette du bûcheron, et non la bobinette, qui a chu.

– Ah ! Voilà une fin heureuse !

Et le grand embrassa le petit.

Séquence III :

– Père-grand, pourquoi joues-tu au Père Noël ?

– C’est le Père Noël qui joue, mon enfant. Et puis regarde-moi bien. Est-ce que je ressemble au Père Noël ?

– Plutôt au Petit Chaperon rouge, dont on vient de parler, mais en grand !

– Pourtant je ne suis pas malin, comme dans le nouveau conte, mais très simple, mon enfant.

– C’est vrai ! Mais tu n’as même pas de capuchon ! Où est passé ton capuchon, père-grand ?

– Il neigeait, et je l’ai donné à une tête nue, mon enfant.

– Et dis, père-grand, où sont passées tes bottes ?

– Je les ai données à un va-nu-pieds, mon enfant. J’attends un autre pour lui donner mes chaussettes.

– Et tiens ! Où est passée ta hotte ?

– Je l’ai donnée comme sac de couchage à un clochard, mon enfant.

– Mais où sont passés tes gants, père-grand ?

– Un pauvre homme tremblait de froid, souffrait d’engelures, et je lui ai cédé mes gants, mon enfant.

– Mais tiens ! Père-grand, d’où viennent ces blessures aux deux mains ?

– Du temps où il fallait te sauver, mon enfant.

– Me sauver ? Moi ?

– En veux-tu toujours, de ma galette, mon enfant ?

– Ah oui ! Peux-tu m’en donner ?

Père-grand rompit aussitôt sa galette, et les yeux de l’enfant s’ouvrirent. Il vit l’Enfant Jésus sur les genoux de père-grand, et les deux enfants s’embrassèrent.

R.B.

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