Le problème « divin »

« Hariri : Le Hezbollah n’est pas un problème libanais, mais un problème régional » (OLJ).

Et moi je suis un problème, non pas régional, mais familial, parce que je n’arrive pas à me taire ! Et en plus d’être un problème, j’ai un problème : vous tous, nos gouvernants, loin du gouvernail, laissé à d’autres mains qui nous mènent à leur port… d’armes illégales. Hier même, le président de la République a réitéré le droit des Libanais à la « légitime défense » contre les agressions israéliennes. Personne ne lui a demandé selon quelle stratégie de défense, ni selon quelle logique est-ce une partie confessionnelle des Libanais, à savoir chiite, qui est investie de cette légitime défense. Pourquoi pas les autres Libanais, et pourquoi pas dans le cadre des institutions militaires et sécuritaires. Ni pourquoi le principe de « légitime défense », ouvert au peuple (ou à un certain peuple), ne s’est pas appliqué aux Forces Libanaises, à l’époque où il était premier ministre de transition (sanglante). La milice d’alors était aussi une résistance, et des plus légitimes. De plus, selon quelle logique la légitime défense est-elle prônée lorsque les agressions israéliennes en terre libanaise découlent de l’ingérence d’un parti libanais (soi-disant) en territoire syrien, aux côté de ses tuteurs Iraniens, dans un conflit non libanais. Où en est le principe de distanciation ?  

Mais cette dernière question, il faut la poser à l’artisan dudit principe, le premier ministre Hariri, qui est passé maître dans l’art de l’esquive, à en juger par sa dernière maxime selon laquelle le Hezbollah n’est pas un problème libanais, mais régional, comme pour se décharger de toute responsabilité et la rejeter sur les autres. Mais alors pourquoi avoir exigé la « distanciation », absente de votre vocabulaire ces derniers temps ? Si le problème est à l’extérieur, en région, pourquoi cette consigne intérieure, celle de la « neutralité », qui n’a plus donné signe de vie, mais qui a laissé son objet neutraliser les opposants à Assad en Syrie ? Outre les actions subversives ailleurs, au Yémen, au Koweit, en Arabie, etc.

Il est toutefois vrai que le problème n’est « plus » libanais, qu’il a grandi pour s’étendre en région, à cause des dirigeants libanais qui, depuis l’entrée en vigueur de l’accord de Taëf, n’ont pas exigé, urbi et orbi, la dissolution de ce « problème » conformément aux dispositions du texte constitutionnel. Les présidents Hraoui, puis Lahoud, ont lâché la bride à ce problème, qui devenait de plus en plus problématique. Ils étaient sourds aux appels stridents du futur président Aoun, du fond de son exil, qui dénonçait ce « problème », l’appelait par son vrai nom et le traitait de tous les noms ! Et ceci, avant de devenir l’allié, ou partie du problème !

Ce « problème » prenait du galon, au point de rivaliser avec les galons des militaires de l’armée nationale. Il n’en finissait pas de croître, de créer des problèmes, jusqu’à devenir un œdème couvrant le corps libanais ! Il ne se contentait pas de mener sa propre résistance à l’intérieur des frontières libanaises, sur la partie occupée du territoire national, mais au-delà des frontières, derrière les lignes ennemies. Devant les bras croisés (ou brisés) des autorités libanaises, ce bras armé lançait, de sa propre autorité, des roquettes sur les villes du nord d’Israël, causait des morts civiles, ce qui a suscité les «Raisins de la Colère » en avril 1996 et le massacre de Cana où 118 civils libanais ont péri.  

Outre l’accord de Taëf, une autre occasion en or s’était présentée en 2004 pour en finir avec les deux problèmes, libanais et syrien, par le vote de la résolution 1559 qui stipule la dissolution du premier et le retrait du second, à l’instigation de Hariri père, qui en a payé le prix de sa vie.

Force est d’admettre qu’on a laissé faire le « problème », qui était libanais, et qui est devenu chiite, avant de devenir régional. On l’a laissé opérer sous couvert de « résistance » au sud, sans s’interroger sur le bien-fondé d’une force armée étrangère à l’armée, ni sur la légitimité d’une résistance monochrome, d’une seule confession, comme si la résistance au sud était l’apanage des seuls chiites. Il n’y a que des chiites au sud ? Il n’y a que les chiites au Liban ? La résistance à l’occupant israélien ne pouvait pas être libanaise ? Plutôt que de devenir islamique ? Ne devait-elle pas refléter toutes les composantes du peuple libanais ? Il y avait une résistance communiste au sud. Pourquoi a-t-elle été éradiquée ? Pour que la résistance soit de nature « divine » ? Dévolue aux « honorables gens » ?

S’est-on jamais demandé pourquoi, selon quelle logique, c’est le Libanais chiite qui est habilité à porter les armes contre l’occupant israélien ? Personne n’est venu dire « pourquoi pas moi aussi » ?

Mais si le problème était, à l’origine, libanais, sa «solution » était syrienne, tout au long de la tutelle. En effet, les Syriens tiraient les ficelles de ce « problème », bien plus que les Iraniens, pour donner du fil à retordre aux Israéliens et maintenir leur mainmise sur le Liban en perpétuant son état de guerre, même après le retrait israélien. Le caillou de Chebaa était bien là, gonflé en une montagne, pour justifier la conservation des armes de la « résistance », et son instrumentalisation par la Syrie et l’Iran.

Cependant, avant de devenir régional, le « problème » avait bondi pour devenir international ! En effet, le TSL est à La Haye, pas à Beyrouth ! Quatre membres de ce « problème » sont accusés d’un acte terroriste et subissent leur procès in absentia dans un Tribunal international.

Mais l’internationalisation de ce problème libanais accuse un recul dernièrement, une rétrogradation de l’international au régional. Le TSL, longtemps surmédiatisé (surtout par le Futur), n’est plus d’actualité. Il est même devenu encombrant, embarrassant. On préfère l’oublier et le faire oublier. Le Liban s’acquitte de sa part budgétaire en catimini (hors budget). Dans l’appréhension du verdict, on a pris les devants et déclaré que cela n’aura pas de répercussions à l’interne, c’est-à-dire aucune conséquence dans les rapports entre la victime et son bourreau. Je crois que tout ce beau monde en arrive à souhaiter, in petto, un verdict d’acquittement. Ils pousseront tous un « oufff… » de soulagement, et se remettront à table. En tout cas, les martyrs de ce jour funeste et tous ceux qui ont suivi n’ont jamais reposé en paix. Ils se sont habitués à se retourner dans leur tombe. 

Dans l’esprit filial la régionalisation de ce « problème » est plus commode que son internationalisation. On noie ainsi le poisson dans les aux troubles de la région, et on profite du statu quo. On ménage la chèvre et le chou. On cohabite avec le loup. Et on partage le chantier de la reconstruction économique… sans avoir besoin de porter longtemps un casque de protection. Partage équitable. Tel qu’indiqué sur le casque : « Équité pour tous ».    

Conclusion : c’est la veulerie, l’irresponsabilité, l’inconscience, l’imprudence, l’imprévoyance libanaises qui ont rendu ce problème – libanais – insoluble, et ceci depuis son émergence, pour en faire un problème « divin » que seul un « dieu » comme Bachir Gemayel, comme Moussa Sadr, comme Rafic Hariri… pourra résoudre ou dissoudre.   

R.B.

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