LE QUATRIÈME SINGE

quatre-singes.jpg                                             

Voyez donc le quatrième singe

Aux inoxydables méninges,

À l’impénétrable regard

Qui dilate son globe hagard,

Son trou noir qui fait sa pupille,

Où la poussière s’éparpille

Pour peupler une ombre impavide

Où l’on vogue, de vide en vide,

Où nul corps astral, nulle étoile,

Ne vient décorer l’ample voile.

Observez bien son attitude

Pétrie de sourde plénitude,

Et son immuable posture

Bien à l’abri des courbatures,

Respirant un air hébété

Suite aux circuits qui ont pété.

Son crâne en quête de conscience

Ne renferme que l’insouciance

Et la platitude des traits

Augmente son rigide attrait.

Son écran ne laisse de place

À la moindre ride ou grimace.

Auprès de ses trois compagnons,

Il m’apparaît le moins mignon

Car eux, au moins, ont des affects :

Le mal ou le faux les affecte;

Ils sont animés par la peur

Et non figés par la torpeur.

 

Ce quatrième singe, c’est VOUS,

Qui vous tenez au garde-à-vous,

Vous, politiciens, diplomates…

Réglés comme des automates

Face à un peuple qui se noie

Dans le sang, qui sous le joug ploie;

Face à l’orphelin en détresse

Sous les remblais de vos bassesses,

De vos intérêts, vos calculs

Qui font de vous des êtres nuls;

Face à cette mère éplorée

Dont la souffrance est déplorée

Pour vous donner bonne conscience

Que vous n’avez qu’en apparence;

Face à l’héroïsme acheté

Au prix de votre lâcheté;

C’est VOUS, les Judas, les Pilate,

Dont la félonie a fait date;

Vous reflétez, en bons sosies,

La traîtrise et l’hypocrisie.

C’est aussi VOUS, chers spectateurs,

Qui vous gavez de films d’horreur,

De fiction et réalité

Dans la parfaite égalité;

Vous, qui vous rincez l’œil du sang

Des agneaux purs et innocents;

Vous qui, au mieux, lâchez un sacre

Devant un inédit massacre

Et puis zappez vers d’autres lieux

Où la conscience se sent mieux,

Ceci au cas où votre héros

Ne serait pas notre bourreau!

C’est VOUS, de toute appartenance,

Qui vous drapez d’indifférence

Et dormez, sous un ciel injuste,

Du sommeil, comme on dit, du juste.

 

R.B.

Meurtrière d’Espoir (à paraître)

                                                         

 

 

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.