Législatives estudiantines.

 

Élections estudiantines : « À l’USJ, le grand retour des pôles du 14 et 8 Mars » (L’OLJ).

Si ce « grand retour des pôles du 14 et 8 Mars » avait eu lieu aux élections législatives, plutôt qu’aux élections estudiantines qui devraient avoir d’autres enjeux, tels que les affaires académiques, les conditions de vie étudiante, les activités, les commodités, les frais d’études, les subventions, les bourses, les débouchés, les causes sociales, environnementales, citoyennes…

Il convient de se demander comment les établissements universitaires permettent, d’année en année, et malgré les provocations et les tensions qui précèdent, accompagnent et suivent le scrutin (fussent-elles manifestes ou latentes), que des élections étudiantes se déroulent sous l’enseigne politique, riche en mauvais enseignements, et sous la « règle » des maîtres extérieurs qui sont loin d’être de bons enseignants. Comment permet-on encore dans les universités, même les plus respectables, que la pieuvre partisane, politico-idéologique, étende ses tentacules jusqu’à l’intérieur des campus pour transformer cet espace en une « Maison de sondage » destinée à jauger les rapports de force politiques externes et à tester les popularités respectives ? Ou en un « laboratoire » visant à expérimenter les réflexes pavloviens, foncièrement confessionnels, bien entretenus sur les plateformes partisanes publiques ? Pratiques délétères qui viennent se réfléchir au sein de cette « Alma mater » dont le rôle consiste plutôt à faire réfléchir, à nourrir, en tant que « mère nourricière », la tolérance, la fraternité et la civilité… et, pour une institution jésuite, l’amour du prochain.

L’université ferait mieux d’imposer de nouveaux critères d’élection, sur base de programmes électoraux consacrés à la « cause étudiante », en tant que telle, dépouillée de toute cause étrangère, partisane en l’occurrence, d’autant plus que les causes des différents partis politiques ne servent que leurs propres organisations, et non la cause nationale… comme nous l’avons très justement observé lors des dernières élections législatives où il n’y avait ni 14, ni 8 mars, mais un méli-mélo inextricable, voire un bordel, fait d’alliances interchangeables, qui avait pour seul objectif d’assurer la plus grande part de sièges parlementaires aux différents partis politiques.

Un « grand retour » bipolaire, en effet, sur les campus, qu’on aurait plutôt aimé voir ailleurs, cinq mois plus tôt, dans les circonscriptions électorales. Un clivage 14 et 8 qui avait manqué son rendez-vous, là où il devait être, pour aller vicier l’esprit étudiant, le dévier de sa cause naturelle, le distraire de ses revendications légitimes… et le corrompre davantage.

Un « grand retour » du 14 mars dans les affaires électorales étudiantes, après sa grande absence, ou ses « grands détours » aux législatives. De grandes retrouvailles, en miniature, entre FL, Kataëb et Futur, après les trahisons passées… et futures. Vous devenez très unis, très fidèles à la cause du 14 mars, pour les petits enjeux, mais pas pour les « grands jeux ». Sur les campus universitaires, on peut se serrer la main et les coudes, en tant qu’ex-14marsistes, mais dans le vaste « campement » du Hezbollah, il faut serrer les fesses (c’est une expression).

Il est grand temps que l’espace académique cesse de se faire exploiter, voire violer, par les politiques externes, que l’administration universitaire purge les clubs étudiants, amicales (ou autres dénominations) des « chevaux de Troie confessionnels et partisans », et qu’elle établisse de nouveaux critères d’élection de sorte à assainir et sécuriser cet exercice démocratique, le soustraire à la surenchère partisane, fanatique et démagogique, et lui rendre sa vocation universitaire, étant donné qu’il s’agit justement d’élections estudiantines – et non politiques – censées soulever la question étudiante, traiter des affaires étudiantes, pour le bien-être étudiant. Il convient donc d’académiser le processus électoral et post-électoral, au profit de la cause étudiante qui préfigure la cause citoyenne, et ceci pour les besoins d’amélioration et d’épanouissement de la vie étudiante, et d’harmonisation de ses rapports avec les corps administratif et professoral.

Cette réforme électorale universitaire, loin d’évacuer la question politique, essentielle, voire primordiale, l’intégrera par le biais des programmes électoraux, outre académiques, pour faire du « combat politique » actuel un « débat politique », et ainsi prévenir les turbulences intra-muros, induites par la météo extra-muros, et ceci avant, pendant et après le scrutin. Les organisateurs des élections estudiantines n’auront pas à redouter « la nuit » à chaque « jour de la démocratie », outre le risque de devoir annuler l’exercice, comme ce fut le cas, de peur de voir ce lieu d’échanges d’idées transformé en une arène d’échanges d’insultes, voire de coups.

Grâce à une révision du règlement électoral, à une restructuration des clubs, amicales et associations, et à la faveur de programmes électoraux estudiantins apolitiques et laïques, reposant essentiellement sur des thèmes éducatifs, sociaux, économiques et écologiques, l’université contribuera activement et efficacement, par cette nouvelle approche, à favoriser le vivre-ensemble, promouvoir les valeurs citoyennes, raviver le sentiment national, reconstruire l’identité libanaise et libérer « l’être libanais », jusque-là étouffé par l’être confessionnel et par l’être partisan : l’être FL, l’être Futur, l’être Kataëb, l’être CPL, l’être PSP, l’être Amal, sans oublier « l’être divin », bien entendu.

 

Ronald Barakat

 

 

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