L’épreuve de Foi.

« Mon Créateur, nous vous avons servi dans l’Enfer, mais si vous le désirez, nous vous servirons aussi dans le néant » (Marie des Vallées).

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Ce jour-là, une ombre vint troubler l’Offrande universelle qui s’élevait de tous les autels de la terre.

Le Seigneur : Que viens-tu faire ici ? Assister à la Messe du Monde célébrée en mon honneur ? Retourne à tes abîmes !

L’Adversaire : J’ai voulu jauger, de haut, son ampleur et sa fréquence.

Le Seigneur : Elle est célébrée, comme tu vois, tous les jours, et pas seulement le dimanche, dans tous les lieux de culte, en des chants harmonieux, et je m’offre aux millions de fidèles par l’Eucharistie.

L’Adversaire : Il est vrai que beaucoup t’adorent, mais beaucoup plus m’adorent, indirectement, par le biais de l’argent, des plaisirs, de la quête de pouvoir…

Le Seigneur : Je suis le Créateur, et je sais tout. Je connais le cœur de chacune de mes créatures, et chacune sera appréciée à sa juste mesure. Laisse-moi me réjouir des actions de grâce et répandre mes bénédictions !

L’Adversaire : Mais ceux qui te vénèrent et te rendent grâce ne le font pas sans contrepartie.

Le Seigneur : Que veux-tu dire par là ?

L’Adversaire : Ȏte-leur la promesse de la vie éternelle et ils ne t’adoreront plus. Tous ceux qui te rendent un culte le font par intérêt, pour trouver en ta Parole un réconfort et en ta Promesse une récompense… éternelle !

Le Seigneur : Je me réjouis de les réconforter de ma Parole. Pour ce qui est du profit, il est compréhensible et tolérable puisque moi-même j’attends quelque chose en retour, même si je demande très peu par rapport à ce que je donne. Je n’exige que l’amour et la reconnaissance de ma Vérité. Et malgré tout, il s’en trouve des croyants qui m’aiment sans condition et sans contrepartie !

L’Adversaire : S’en trouve-t-il ? Montre-moi un seul et laisse-moi le mettre à l’épreuve !

Le Seigneur : Il y en a beaucoup ! Mais soit, je te permets d’éprouver, sur cette question uniquement, mon fidèle serviteur qui s’appelle Foi.

Et l’Adversaire apparut à Foi, sous la forme d’un ange de lumière, pendant qu’il était en Adoration eucharistique.

L’Adversaire : Foi, le Seigneur m’envoie te dire qu’il est inutile de lui rendre un culte car tu ne fais pas partie des élus. Selon ses desseins et son bon vouloir, tu es destiné au néant ! Il m’envoie te l’annoncer afin que tu profites de tes moments et que tu ne gaspilles pas ton temps précieux en de vaines oraisons et mortifications. En guise de compensation, il te promet la santé et la longévité.

Foi : Ȏ bel ange, tout comme un fils n’honore pas son père, sur terre, pour un avantage, mais parce que c’est son père, son géniteur, il en va de même dans ma relation avec mon Père qui est aux cieux. Je L’aime, non pour le bien qu’il me fera, mais pour ce qu’Il EST – mon Père – et pour le bien qu’Il m’a fait : pour m’avoir tiré du néant, pour m’avoir donné la vie, pour m’avoir créé ! Pour m’avoir fait à Son image ; pour m’avoir donné de jouir de Sa Création, de Sa Merveille ; pour avoir envoyé Son Fils expier mes péchés ; pour m’avoir donné une Mère, protectrice ; pour avoir « pensé » à moi, m’avoir «dessiné », « tissé », de sa divine Main. Je L’aime pour être issu de Lui, dussé-je ne pas revenir à Lui. Je L’aime, pour être une étincelle, quoique fugitive, de Son Amour ; un battement, quoique fuyant, de Son Cœur… Je L’aime pour avoir connu l’éternité de la vie dans l’éphémère de ma vie.  Je L’aime de m’avoir offert Son Alliance, même pour un moment ; de m’avoir admis à Ses noces, même pour un instant. Car j’aurais été privé de ce Privilège s’il n’avait pas daigné me mettre au monde. Et comme le grain de blé doit mourir pour porter du fruit, je me réjouirai de mourir, le moment venu, pour Lui, de m’enfouir en Lui, comme le grain en terre, et de participer à la fructification de l’Amour par mon amour. Pour cela, je ne changerai pas mes habitudes, mais redoublerai de piété et de ferveur pour assouvir ma gratitude et profiter de Sa Présence ici-bas, sans perdre un instant, faute d’avoir l’Éternité pour le faire.

Entendant tout cela, « L’ange », subitement, disparut.

Après avoir contemplé la scène, Le Seigneur convoqua l’Ange gardien de Foi. Il lui ordonna d’informer son protégé qu’il avait été mis à l’épreuve par le Menteur, qu’il n’en est rien de tout ce que celui-ci avait dit, que la Vérité est telle qu’annoncée dans l’Évangile, et qu’une place privilégiée lui est réservée au Royaume des cieux.

 

R.B.

 

 

 

 

 

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