Les listes inciviles de la société civile.

 

Des individus, groupes, collectifs, ONG et nouveaux partis issus d’une « certaine » société civile (et non de “la” société civile) s’évertuent à jouer des coudes pour la constitution des listes électorales et des alliances, voire même à s’écharper (pour les hommes) et à se crêper le chignon (pour les femmes), pour finalement s’entendre sur des miettes et pousser des ténors au désistement. C’est le culte du « moi » à qui mieux mieux, l’entrechoquement des égos. Des égos qui se veulent altruistes, dédiés à la chose publique, unis, mais dans l’ambition personnelle.

C’est comme s’ils n’avaient rien appris du fiasco de l’été 2015, lors du fameux soulèvement contre les « ordures » responsables de nos déchets. À croire qu’ils n’ont tiré aucun parti de leur course à la visibilité personnelle qui les a fait tous trébucher, aucune leçon de leurs rivalités internes, de leurs matchs « inter-collectifs » qui les poussaient à accomplir des actes héroïques isolés, sans aucune coordination entre eux, ce qui a facilité leur noyautage par l’establishment et conduit leur campagne au naufrage… pour faire de nous, par conséquent, des naufragés transis, pataugeant toujours dans les ordures, au (mal)propre et au figuré.

Il est d’ailleurs remarquable de voir les mêmes têtes civiles «brûlées » de 2015 se porter fièrement candidates aux législatives de 2018, sans aucune honte, ni aucun sentiment de culpabilité, ni même un mea culpa, comme si ces têtes avaient bien réussi leur exercice et qu’elles promettaient une nouvelle réussite.

Par sa mentalité et ses comportements, cet esprit « civil » ressemble à maints égards au « mauvais esprit » qu’il se plaît à dénoncer et à conjurer en bloc, mettant les pommes saines et pourries dans le même panier. Aucun sens du sacrifice pour constituer des listes unifiées avec des figures fortes de l’opposition, répondant aux critères, susceptibles de pouvoir percer les lignes ennemies.

Après la course à la visibilité de 2015, c’est la course « civile » à la curée pour la formation des listes électorales de 2018. On se déchire, le plus civilement du monde, pour finalement envoyer aux autorités des fragments épars de listes, des bouts de papier, que celles-ci reçoivent avec un ricanement de satisfaction. En effet, quoi de mieux, pour l’establishment que cette dissipation de voix civiles (mais peu civiques) qui contribue à disperser davantage le vote anti-establishment, surtout après l’éclatement de l’Alliance du 14 mars qui a éloigné du pouvoir le « spectre » de la souveraineté nationale.

Le triptyque tricolore en place (orange-jaune-bleu), synonyme de « armée-peuple-résistance », se fera un plaisir sadique d’écraser tout ce beau monde morcelé à l’aide de ses bulldozers, très prochainement.

Et ne parlons pas du programme électoral « civil » qui met la charrue des infrastructures, du développement, de l’environnement et de la « bonne gouvernance » devant les bœufs de la souveraineté, de l’édification d’un État sans mini-État, et de sa détention exclusive des armes. Ces parangons de la civilité et du civisme, en allant en sens inverse, et en se désolidarisant des forces souverainistes, finiront par perdre, pour nous et pour eux, et la charrue, et les bœufs.

R.B.

 

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