Les « outsiders » qui risquent de mettre le pays « outside ».

 

 

« Législatives : Comment les « outsiders » commencent à s’organiser » (OLJ)

Nos « outsiders » de la société civile commencent à s’organiser en vue des législatives… pour désorganiser, sans le vouloir (j’espère), les rangs des opposants à la « nouvelle tutelle » puisque l’enjeu électoral de ces militants n’a rien à voir avec la question souverainiste. Pour eux, l’occupant et l’occupé, le légal et l’illégal, c’est kif-kif. Tout le monde est coupable à leurs yeux. Tous puent (sauf eux). C’est « kellon yaani kellon ». Leur discours politique doit être « politiquement correct » de sorte à mettre les pommes saines et pourries dans le même panier, et pouvoir se vendre au plus grand nombre. Ils veulent vivre dans le monde féerique de la transparence, indépendamment de l’opacité qui nous oppresse, qui abrite dans ses hangars et ses sous-sols des arsenaux illégaux, à usage interne et externe, et qui squatte des ailes entières de la bâtisse de l’État pour le compte du mini-État.

Leur leitmotiv ? La transparence. Or il y a plus urgent que le manque de transparence : c’est le manque de souveraineté, de liberté et de dignité. Eux qui sont si allergiques à la puanteur, ils devraient porter un masque anti-odeurs « extérieures », étrangères, encore plus hermétique, pour des raisons à la fois « sanitaires » et sécuritaires, et dans un mouvement salutaire. Nous sommes menacés par des ordures bien plus pernicieuses que celles amoncelées dans nos bennes. Il nous importe plus d’être souverains que transparents, même si la transparence est de la plus haute importance. La question de la souveraineté devrait avoir préséance sur toute autre, car il ne sert à rien de respirer de bonnes odeurs avec des chaînes aux pieds et un pistolet illégal sur la tempe.

En ces circonstances, à l’instar des élections précédentes, et plus que jamais, il convient de faire de la souveraineté nationale, du refus des armes illégales et de la neutralité effective (pas mensongère) les principaux thèmes électoraux qui  sont malheureusement étrangers aux collectifs de la société dite civile, de ces nouvelles coalitions et ces nouveaux partis qui veulent se tenir à égale distance du bon et du méchant, de la victime et du bourreau, de l’assassiné et de l’assassin.

Les questions nationales devraient primer les questions sociétales, aussi cruciales que soient ces dernières, car il serait absurde de vouloir résoudre des problèmes sociaux en présence d’un problème national, à l’échelon supérieur. Nous voulons être indépendants AVANT d’être transparents. Et nous voulons être les deux, mais par ordre de priorité. Et nous voulons être libanais avant de devenir autre chose. Nous voulons un État qui soit le détenteur exclusif du pouvoir exécutif, judiciaire, militaire, administratif et décisionnel. Nous voulons des partis politiques sans branches armées, ni fiers-à-bras, ni barbouzes, ni barbus. Nous voulons un État souverainement présent sur TOUT le territoire libanais, y compris les camps palestiniens, y compris la Banlieue sud, les carrés de sécurité et même les quadratures du cercle. Nous voulons 100% du territoire national et 24h/24 de sécurité, de stabilité et de tranquillité avant d’avoir 24h/24 d’électricité. Nous préférons voir clair dans la pénombre du grand espace libéré, plutôt que de voir trouble dans une prison illuminée. Nous voulons un État souverain d’abord, transparent ensuite. On ne procède pas au nettoyage de son écurie avant d’en avoir la propriété.

Et nous voulons la justice ! Pour nos martyrs… que vous avez oubliés ! Comme si ce long cortège funèbre qui a défilé depuis le 14 février 2005, en s’allongeant d’année en année, jusqu’à récemment, n’a jamais existé !

Or ces militants « anti-puanteurs », candidats aux prochaines législatives, ces « outsiders », en mettant la charrue avant les bœufs, et en se dissociant des forces souverainistes encore actives, font le jeu des « outlaws », contribuent à soutenir et maintenir l’anomalie et l’injustice, d’autant plus que leurs chances d’effectuer des percées notables susceptibles de changer la donne sont fort minimes.

En effet, le tableau électoral, tel qu’il se présente, n’a rien de rassurant : à la place du bras de fer « traditionnel » 14 vs 8 mars, qui avait pour enjeu la souveraineté du pays et l’opposition aux armes illégales (et qui avait donné par deux fois la victoire au 14 mars), nous voyons se profiler un « troisième joueur », un « outsider » qui viendra puiser ses voix dans l’électorat d’un 14 mars morcelé plutôt que celui du 8 mars, encore intact, composé des mêmes forces non souverainistes (tandem chiite, CPL, Marada, etc.), étant donné leur nature monolithique et leur pouvoir d’embrigadement idéologico-confessionnel. Ceci sans compter le fait que la nouvelle loi électorale, basée sur la proportionnelle et le vote préférentiel, profitera éminemment plus au tandem monolithique chiite, d’où les craintes affichées du CPL et du Futur qui verront leurs blocs respectifs considérablement réduits.

Que ces « outsiders » de la société civile révisent leurs stratégies et leurs priorités, s’allient aux forces d’opposition aux armes illégales, au mini-État dans l’État, à la mainmise iranienne, avant de contribuer à mettre le pays tout entier « outside »… et faire en sorte que les véritables Libanais deviennent des « outsiders », au sens migratoire du terme.

R.B.

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