Lettre à mes frères protestants.

 

Chers frères protestants,

Il nous arrive d’entendre vos murmures et vos sarcasmes derrière notre dos, pendant que nous sommes à prier devant le crucifix, la statue de la Vierge et les images saintes. Veuillez croire que nous, catholiques, ne sommes pas des adorateurs de statues et d’images. Nous ne sommes pas ces idolâtres qui confondent l’objet de leur culte, l’idole, avec la divinité. Les statues, les images et les sacramentaux, chez nous, sont des représentations symboliques, des supports subjectifs (et non objectifs), des passerelles que nous empruntons pour mieux atteindre le Sujet « au-delà » de l’objet, étant donné que nous sommes des êtres à la fois matériels et spirituels et que nous avons, par conséquent, besoin d’encadrer notre foi, pour la vivre pleinement. Nous savons très bien qu’une statue est taillée dans la pierre et qu’une image est un dessin, mais nous allons au-delà, dans la symbolique, pour mieux ressentir la Compagnie de Jésus et de ses compagnons. Il n’y a rien de mal à cela. Saint Jean Damascène considère, à juste titre, que depuis l’Incarnation du Verbe, depuis que Dieu s’est fait chair et s’est rendu, par conséquent, visible, il est devenu légitime de le représenter (renvoi à la théologie de l’icône). Un dessin, une image, une statue deviennent ainsi une forme de matérialisation, apparentée à l’Incarnation. C’est comme des militaires qui hissent et saluent le drapeau national. Ils ne saluent pas le tissu, mais le symbole. Rassurez-vous, nous adorons le seul Dieu Trinité, selon le culte de latrie, et vénérons notre Sainte Mère Marie (qui est aussi la vôtre même si vous avez du mal à l’admettre), selon le culte d’hyperdulie, ainsi que les saints, selon le culte de dulie. Pardonnez-nous notre besoin d’objectivation symbolique qui nous a d’ailleurs beaucoup servi dans le domaine artistique, à tel point que le « Génie du christianisme », tel que décrit par Chateaubriand, s’avère être un Génie foncièrement catholique, à en juger par la production phénoménale de fresques, de tableaux, de sculptures, d’icônes,  d’ornements, et j’en passe. Ceci sans compter les compositions musicales, poétiques, les œuvres théâtrales, culturelles, architecturales, qui partent de cette faculté de représentation et de symbolisation et qui sont, majoritairement, issues de la pensée catholique.

Nous aimerions bien vivre notre foi comme vous, dans l’uniformité et l’abstraction totales, mais nous aimons un peu la variété, dans la discipline. Il y a de la saveur, chez nous, et nous vous invitons à y goûter. Nous avons les sacrements, comme ceux de la Réconciliation et de l’Eucharistie. Qu’il est bon de décharger son fardeau sur des épaules concrètes, qui ressemblent à celles de Jésus, d’entendre des conseils audibles, sensibles, et de se faire absoudre avant d’aller recevoir le corps et le sang réels du Christ selon le dogme avéré de la transsubstantiation ! Qu’il est bon d’avoir, en plus d’un Père et de son Fils, une Mère aimante, protectrice, toujours présente, toujours à l’écoute lorsqu’on la salue de nos Ave ! Comme vous pouvez le constater, notre dévotion est bien hiérarchisée. Nous avons assez de maturité spirituelle et affective pour opérer le juste partage, de sorte à voir en Dieu notre Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et dans la Vierge Marie la Mère et Médiatrice du Verbe incarné, et dans les saintes et les saints des témoins exemplaires de l’Évangile et des intercesseurs qui nous encouragent à marcher sur leurs traces, à nous sanctifier comme eux, qui affermissent notre croyance et les dogmes de notre Église, notamment notre dévotion à Marie selon ce qui est écrit, noir sur blanc, dans Luc 1 :48 : « Désormais, toutes les générations me diront bienheureuse ». Vous qui êtes si fidèles à la lettre de l’Évangile, nous aimerions que vous fassiez partie de ces « générations » qui trouvent, à juste titre, que Marie est « la mère du Seigneur », qu’elle est « bénie entre toutes les femmes » et que « le fruit de ses entrailles est béni » (Luc 1 :42-43).

Remarquez que nous aussi sommes capables d’abstraction et de relation directe avec le Dieu Trine lorsque nous nous adonnons aux pratiques sacramentelles, aux méditations, aux oraisons, aux exercices spirituels. Il nous arrive de fixer Jésus-Christ, en Personne, dans le Saint-Sacrement, et de nous y absorber durant de longs moments. Il nous arrive, tous les jours, d’incorporer sa Chair et de nous irriguer de son Sang par l’Eucharistie. C’est pour répondre à votre question : Mais où est Jésus ? Jésus est bien là, dans notre quotidien, dans nos lectures bibliques journalières, dans nos prières, dans notre catéchisme, dans nos sacrements, dans notre liturgie, dans le pain et le vin eucharistiques. Il est là, dans notre récitation quotidienne du Rosaire et notre méditation sur les vingt Mystères qui relatent toutes les étapes de Son Ministère salvateur. Il est aussi dans nos œuvres de miséricorde.

Il est là, partout, Jésus, et nous aimons le voir sous tous les angles : directement ET à travers sa Mère, ses saints et ses anges, comme nous voyons le Père à travers Lui. En plus d’entendre Sa Parole dans les Écritures, nous aimons aussi l’entendre à travers les sermons et les écrits des saints, des Pères et des Docteurs de l’Église, inspirés par l’Esprit Saint, à travers les révélations dites « privées », sous forme de Messages célestes délivrés par Lui ou par sa Mère à des mystiques ou à des voyants. En plus de rendre témoignage à Dieu par notre foi et notre vécu chrétien, nous trouvons légitime de nous référer à ces admirables témoins de la foi dont l’héroïcité, dans la parole et les actes, embaume l’histoire humaine pour la réhabiliter et la racheter. Nous vous invitons à feuilleter le volumineux et lumineux manuel d’histoire de nos saints, appelé hagiographie, en prenant soin de ne pas en avoir le vertige, même si la « chute » vous sera amplement bénéfique.

Pourquoi ne pas tout concentrer en Dieu seul? Car Dieu n’aime pas agir Seul et n’aime pas tout prendre pour Lui. Il aime déléguer Ses Pouvoirs. C’est pourquoi Il a envoyé l’Archange Gabriel annoncer la Bonne Nouvelle à Marie. Il est tellement généreux, tellement Amour, qu’il s’est fait Trine. Alors qu’Il aurait pu tout réduire à Sa Personne, il a préféré être Trois Personnes, trois hypostases en une seule nature. Il nous a donné une Mère merveilleuse, et des frères exemplaires dans la foi, des saints et des saintes, qu’il a glorifiés sur terre et au Ciel, et pour l’éternité, en récompense de leur foi et de leur piété immenses, de leurs sacrifices et de leur glorification de la Trinité. Dieu aime tellement ses enfants qu’Il rend ceux et celles qui l’ont autant aimé et qui ont cru en Lui et en Sa Rédemption, des dieux à Son Image, des faiseurs de miracles par Lui. D’où les innombrables signes, prodiges, guérisons par leur intercession, qui viennent prouver que Dieu agrée la vénération des saints et des saintes. Dieu est tellement généreux qu’il aime les intermédiaires. Il veut des médiateurs qu’il comble de Ses Grâces pour faire de nous des médiateurs à notre tour. Il aime se dépouiller pour autrui et donner du crédit à ceux qui l’ont aimé et aimé leur prochain. Il ne l’a pas fait qu’une fois il y a deux mille ans, mais il le fait tous les jours.  Il nous réfère à Ses saints pour qu’on s’en inspire, pour qu’on aspire leur sainteté, et à leur sainteté. C’est Dieu ! Le Dieu délégateur, prodigue, non centralisateur; le Dieu altruiste, le Dieu qui s’efface pour laisser de la place.

Cet exposé, chers frères protestants, serait susceptible de vous mettre l’eau à la bouche et vous conduire à vous joindre à notre Banquet sacramentel et eucharistique. Vous y êtes les bienvenus, bien que ce ne soit nullement notre intention de faire du prosélytisme (contrairement à vous), étant convaincus que toute foi est bonne si elle est vécue de bonne foi. Vous êtes, vous aussi, dans la bonne voie, quoique trop étriquée, trop attachée à la lettre et à la virgule, mais laissez-nous emprunter nos voies vers Dieu, sans voir en nous des dévoyés, mais des envoyés !

R.B.

 

 

 

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