Lettre de l’électeur libanais au parti des Forces Libanaises.

 

Cher parti et chers responsables des Forces libanaises,

Nul besoin de me remercier, en tant qu’électeur, pour votre éclatante victoire électorale grâce à ma voix libre et souveraine, laquelle vous a permis de doubler vos sièges parlementaires pour faire de vous la « vedette» de cette élection : la seule formation ayant effectué un bond remarquable lorsque les autres ont, soit enregistré un net recul, comme le Courant du Futur qui a perdu le tiers de ses sièges, soit sauvegardé leurs acquis, comme le CPL, grâce, entre autres, à ce même Futur qui lui a accordé ses voix à Batroun, Beyrouth I et ailleurs.

Pas besoin de me dire «Thank you » sur les affiches post-électorales, car il était de mon devoir de vous soutenir, voire de vous secourir. Il me fallait, coûte que coûte,  vous tirer de l’embarras dans lequel vos récents choix politiques vous ont mis, à savoir « l’accord de Meerab » et le «compromis présidentiel »… qui n’ont bénéficié qu’au CPL et à son chef pour le faire accéder à la présidence tant convoitée, et qui n’ont produit qu’une réconciliation interchrétienne de façade, mensongère, qui s’est traduite par de farouches batailles électorales et par des invectives du nouveau chef du CPL à votre égard. Outre les contrecoups de ce « compromis » qui ont jeté votre « allié », le premier ministre, dans les bras du président et de son parti, jusqu’à le faire embrasser son contraire et flirter avec ses adversaires.

N’allez surtout pas croire que mon vote était un vote d’approbation de vos derniers choix stratégiques, loin de là, mais plutôt de « rescousse » pour vous sauver de l’isolement dans lequel vos « alliés » – nouveaux (CPL) et anciens (Futur) -tentaient de vous confiner, et ceci de votre propre aveu. Et ne prenez surtout pas mon vote pour acquis, étant un électeur libre et non « embrigadé », contrairement à celui d’autres partis sectaires et totalitaires, car vous risqueriez, à la prochaine échéance, et à Dieu ne plaise, de connaître le même sort (si ce n’est pire) que celui du Futur qui, pour avoir renié son passé, a perdu le tiers de ses sièges parlementaires, en signe de désaveu pour ses compromissions, ses collusions et son « réalisme politique ». Ma voix ne vient pas faire écho à votre « bémol », ni à vos positions molles sur certaines questions (pas toutes), notamment celles ayant trait à la « distanciation » qui a remplacé le mot « dissolution » (des milices), ou celles relatives aux récentes décisions gouvernementales, telles que la taxation, le nouveau budget (avec l’article 49), etc. Ne prenez donc pas ma voix d’électeur en votre faveur comme une « donation », mais comme un « prêt », à intérêt, à rembourser dans les plus brefs délais. Je vous ai « prêté » ma voix. Je ne vous l’ai pas « donnée ». Et j’attends en retour le respect de votre « parole », de tous vos engagements étalés sur les affiches électorales, en une litanie de « Sar Badda » (comme s’il n’était pas temps avant). Toute la série de « Sar Badda » a été précieusement conservée pour la reddition de comptes, le moment venu.

Je n’ai fait, en tant qu’électeur d’un 14 mars que vous avez contribué à morceler par vos récents choix politiques, de ce 14 mars qu’on considère moribond mais qui survit toujours en moi, que vous tirer de cette posture inconfortable qui vous poussait à faire un drôle de grand écart et qui vous mettait devant la nécessité de ménager la chèvre et le chou. Comme vous étiez pris en sandwich entre une « réconciliation » sans contenu et sans suite avec le CPL et une alliance « unilatérale » avec le Futur, je vous ai tiré de ce mauvais plat (et mauvais pas) avant le coup de dents fatal. Et je vous ai sorti de force – et en force –  pour que vous redeveniez les Forces libanaises du 14 mars.

Donc, pas besoin de me remercier, mais si vous tenez absolument à le faire, que ce soit par des actes, et non des paroles en plein air : l’acte de reconstituer un front commun avec les forces souverainistes en tendant la main à vos alliés restés fidèles à la cause, comme les Kataëb, le Mouvement de l’Initiative nationale, les indépendants du 14 mars, l’opposition chiite du sud, l’opposition sunnite du nord, etc., et d’inviter , maintenant que vous êtes en position de force, le Futur à retrouver son passé, les principes et les martyrs de la Révolution du Cèdre.

Gardez cette « réconciliation de Meerab » à laquelle vous tenez tant (et nous aussi), qui pourrait un jour, qui sait, passer de la fiction à la réalité, mais veuillez sortir de ce duopole confessionnel malsain et infructueux (CPL-FL), qui se voulait à l’image du duopole chiite, vous réconcilier avec tous vos compagnons de route souverainistes, leur tendre une main fraternelle, faire preuve d’humilité et de grandeur, maintenant que vous êtes sortis de ces élections vainqueurs, et réunifier les rangs pour faire face à la menace d’en face, aggravée par une victoire électorale « divine » favorisée par l’appui, entre autres, de votre partenaire de l’accord de Meerab.

Dans ce même esprit d’ouverture, mon vote étant plus un vote « civil » que partisan, vous grandiriez davantage aux yeux du citoyen libanais si vous preniez l’initiative de vous rapprocher de la « société civile », malgré ses réticences (fort compréhensibles) et ses insuffisances ; si vous, en tant que «résistants », tâchiez de forcer ses résistances et de vous joindre à cette « société » civilisée de jeunes et de moins jeunes, dont vous partagez les rêves, animés des meilleures intentions, munis de toutes les habiletés et les compétences, et surtout de la probité ; cette « société » avide de civilité et de bonne gouvernance, avide de transparence, et certainement de souveraineté, même si elle n’en fait pas son dada publicitaire. La défiance, le dégoût de ces bons citoyens étant plus que justifié, c’est à vous de faire le premier pas en leur direction, quitte à le refaire et le refaire en cas de rejet, jusqu’à finir par les apprivoiser, pour conclure une entente avec eux, une sorte d’accord qui sera bien moins ardu et bien plus crédible et opérationnel que l’accord de Meerab. Et pourquoi pas un second « accord de Meerab », un vrai, avec les collectifs et partis de ladite société ? Sur base d’une Charte des bonnes pratiques et d’un plan de travail ?

Il vous reviendra, au prochain Gouvernement où vous seriez de retour en force, de continuer à être les garde-fous et de faire obstacle à toutes les folies, les entourloupes, les tours de passe-passe, les dessous-de-table (chose d’ailleurs que vous avez su bien faire), d’œuvrer pour l’édification d’un État souverain et de droit, seul détenteur des armes et de la décision de guerre et de paix, de favoriser la bonne gouvernance (y compris le « gouvernement électronique »), de veiller à assurer la justice sociale et la justice tout court, de contribuer à implanter les programmes sociaux, humanitaires, environnementaux, à améliorer le système éducatif, les infrastructures, à résoudre la crise des déchets … Outre votre rôle dans le contrôle et dans la législation, et surtout en ce qui a trait à la lutte contre la corruption, aux droits de la femme, à l’assurance médicale, l’assurance-vieillesse, etc.

J’espère que mon vote en votre faveur sera interprété comme une invitation à tout ce qui précède et un appel pour un retour aux sources, à l’unité, à « l’âge d’or », car telle était mon intention d’électeur ; qu’il sera perçu comme une nouvelle chance, en même temps qu’un souhait de bonne chance.

De cette victoire électorale, j’espère que vous n’en tirerez pas vanité, mais des leçons et des résolutions, parmi lesquelles la reconstitution de l’Alliance et de l’Esprit du 14 mars, car ce n’est plus la Révolution du Cèdre, mais le Cèdre lui-même qui est passé à la moulinette. Ce n’est pas seulement le citoyen libanais qui est en danger, mais sa citoyenneté aussi.

Je compte donc sur vous.

Votre électeur,

R.B.

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