Lettre ouverte à Alain Delon.

“Il y a ces êtres que je hais. Tout est faux, tout est faussé. Il n’y a plus de respect, plus de parole donnée. Il n’y a que l’argent qui compte. On entend parler de crimes à longueur de journée. Je sais que je quitterai ce monde sans regrets”. Alain Delon

Cher Alain,

Moi aussi, et pour les mêmes raisons, je quitterai ce monde sans regrets. Mais contrairement à toi, toi l’illustre, toi le monstre sacré du cinéma, toi le beau, toi le chouchou de ces belles, toi le talentueux, toi le fortuné, je quitterai, moi l’inconnu, moi le paumé, moi l’infortuné ce monde regrettable avec le sourire et la gratitude. Et je souhaite de tout cœur que tu en fasses de même. Parce que la vie et la nature t’ont quand même gâté, et que tu leur dois un mot de remerciement. La chance t’a souri, et tu lui dois un sourire en retour. Beaucoup auraient aimé avoir ton look qui t’a facilité la vie et a contribué à ton succès, sans nullement nier les mérites de ton effort et de ton travail personnels, loin de là. Beaucoup auraient aimé atteindre ton âge, avec mes meilleurs vœux de longévité. Il paraît qu’en tant qu’ami des chiens, tu en as enterré une bonne cinquantaine jusque-là. Eh bien, il y en a qui ont mené une vie de chien, qui n’ont trouvé personne pour les enterrer, et qui sont partis avec le sourire. Un peu moins de blues, Alain ! Même si je ne suis pas dans ta peau, ni dans ton histoire privée, pour connaître et sentir les raisons de ton amertume, que je comprends et respecte, je me permets ce petit conseil amical, bien que je n’aie pas le privilège d’être ton ami et que tu ne m’aies pas demandé conseil. Parlant d’amis, je compatis avec ta tristesse d’avoir perdu la plupart, et des plus proches, outre des membres de ta famille.

Je sais que la mort, et la perspective de la mort, surtout à un stade avancé de la vie, y est pour quelque chose dans ton cafard. Mais si tu étais « croyant », au sens chrétien (et peut-être l’es-tu sans que je le sache ?), tu éprouverais non pas le cafard de la fin, mais le « papillon » du Commencement, d’un beau voyage vers une belle destination où tu retrouveras tous ces êtres chers qui ont disparu de ta vie, mais pas de « la » Vie. Je ne veux pas faire du prosélytisme, loin de là. Je ne suis pas venu te prêcher la Bonne Nouvelle, même si elle est le seul remède à notre marasme, aux mauvaises nouvelles quotidiennes, au sentiment d’absurdité et à l’état de désespérance qui prennent aux tripes, infailliblement, ceux et celles qui ne veulent rien savoir de ladite Nouvelle, qui n’y croient pas, alors qu’ils n’auraient rien à perdre à le faire, à faire le « pari de croire », apparenté au « pari de Pascal ». Cette Bonne Nouvelle a au moins, a minima, l’avantage de donner de l’espoir, du sens à notre vie, de rendre la vie supportable, les êtres chers disparus récupérables. Elle procure un sentiment magique de merveilleux ! Et elle pourrait, a maxima, te surprendre ! T’offrir un au-delà bien réel ! Qui sait ? Mais pour nous, chrétiens, la question ne se pose pas. On sait. Que dirais-tu de faire ce « pari », Alain ? Qu’aurais-tu à perdre ?

Ne me prends surtout pas pour un opportuniste, pour un zélateur qui vient te prêcher ! C’est juste que j’ai senti, par ton humeur, que Dieu était absent de ta vie. Mais peut-être que je me trompe, que tu crois en son Fils Jésus- Christ, que tu crois en sa Rédemption, que tu crois qu’il est le Chemin et la Vie. Sinon, comme je souhaite que tu y croies ! Je sais que ce n’est pas scientifique, pas rationnel, que c’est trop beau pour être vrai, et pourtant ça a tout l’air d’être vrai ! Toutes ces révélations, publiques et privées, ces témoignages, ces apparitions, ces miracles, ces prodiges, tous ces phénomènes surnaturels… ne peuvent pas être de la fumée sans feu ! Ce sont des signes, Alain !  Des signes, pour toi aussi ! Tu te plains que « tout est faux et faussé », mais il y a la Vérité ! Elle est là pour rectifier ce qui est faussé ! Tu affirmes qu’il n’y a « plus de respect, plus de parole donnée », mais Lui, il te respecte, et il t’aime ! Il t’a donné sa Parole, pleine de Promesse, car Lui, il tient parole ! Et sa Parole d’Amour incite à aimer, à aimer davantage, à faire triompher l’amour sur la haine, à remplacer « ces êtres que je hais » par « ces êtres que j’aime », même s’ils sont haïssables ! Je pourrais les rendre aimables, par mon amour.

Voilà que je me reprends à te prêcher ! Je suis incorrigible ! Mais je n’y peux rien ! Je veux te faire sourire, te souffler un peu d’optimisme, te procurer de l’espérance, de la joie de vivre, la vraie joie, celle qui triomphe de la déprime, des malheurs, de la maladie et de la mort ! Je veux aussi t’inciter à rendre grâce à Dieu pour t’avoir comblé de Ses grâces, pour t’avoir créé si beau, si intelligent, si bon ; pour ce don de la vie qui t’anime jusqu’à ce jour : une vie unique, précieuse, si riche, si pleine et si prospère ! Réjouis-toi, Alain ! J’espère que cette lettre te parviendra, que tu ne la prendras pas pour du prêchi-prêcha, et qu’elle te fera changer d’humeur.

Un dernier mot : il paraît que tu veux faire piquer ton chien, pour l’emporter avec toi. De grâce, ne le fais pas ! D’abord, il pourrait te précéder. Dans le cas contraire, si ce chien t’appartient, sa vie ne t’appartient pas. Elle appartient à Dieu. Tout comme la tienne. Advenant ton départ avant, laisse à ton compagnon la possibilité d’assumer son chagrin jusqu’au bout, et de vivre sa vie, que seul le Créateur de toute vie a le droit d’interrompre. D’ailleurs, nul besoin de partir ensemble, car il est fort à parier que vous serez ensemble, et avec vous, tous ceux que tu as aimés, et ceci grâce à Celui qui a « tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne meure pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3 :16).

Fraternellement, et avec toute mon admiration et ma sympathie,

R.B.

 

 

 

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