Lettre ouverte aux adorateurs du « veau d’or ».

 

Chers adorateurs du « veau d’or »,

Je ne peux que respecter votre liberté de culte, garantie par la Constitution, mais j’aimerais cependant connaître les raisons de votre adoration. Serait-ce un mouvement d’identification qui vous fait vous reconnaître en ce « veau d’or » ? Mais vous ne lui ressemblerez jamais ! Vous n’êtes pas de son genre, ni son genre. Lui, il est fait d’or massif alors que vous, vous êtes une masse informe, à ses yeux. Lui, il ne fréquente que ses congénères, d’or massif aussi. Ils ont beau s’encorner, ils finiront par se frotter l’un contre l’autre, se réconcilier, s’entendre, et se servir dans la même mangeoire, remplie de votre chair, votre sang et votre sueur.

Tournez-vous vers votre passé, pas si lointain. Voyez ces cimetières où reposent vos prédécesseurs, les adorateurs des mêmes veaux d’or qui s’étaient querellés pour l’or (le pouvoir, l’argent, le prestige…). Voyez les mêmes « veaux d’or » aujourd’hui réconciliés pendant que leurs adorateurs respectifs, qui se sont entretués pour leurs idoles, mangent les pissenlits par la racine, dans les cimetières, ceci sans compter les invalides.

Qu’espérez-vous obtenir de ces « veaux d’or » ? Vous n’aurez même pas une pépite de leur or, mais des lingots de mort : mort de leur conscience, de leur éthique, de leur politique, de leurs pratiques, qui vous conduisent droit à la mort de votre âme citoyenne et vous plongent dans une fausse vie, une vie sans lendemain, une vie de misère, plus morale que matérielle, une vie sans vie, et sûrement sans après-vie, puisque ce sont de faux dieux.

J’ai entendu certains d’entre vous, pauvres adorateurs, scander le nom de votre veau doré et adoré, lui vouer « votre âme et votre sang » (bel rouh, bel dam nafdiqua ya…), pour narguer les adorateurs du veau d’or d’en face. Mais s’il vous arrivait malheur, croyez-vous que cela couperait un instant l’appétit de votre idole ? La détournerait de son auge qui contient votre propre substance qui fait sa subsistance ? Croyez-vous que votre idole vous reconnaîtrait au passage ? Bien qu’il soit improbable que vous vous trouviez sur son chemin jonché de pétales de sang que l’on prend pour des roses. Croyez-vous que votre idole vous saluerait à vous, personnellement, nommément ? Qu’elle vous remercierait pour votre fidélité et vos sacrifices ? Croyez-vous pouvoir l’approcher ? Franchir la ceinture des gardes du corps qui sépare les adorés de leurs adorateurs ? Vous demandez-vous pourquoi les rôles ne sont pas inversés ? Pourquoi ce n’est pas vous, le veau d’or ? Qu’a-t-il de supérieur à vous ? Avant de se transformer en «veau d’or », grâce à vous, il était comme vous !

Vous demandez-vous ce que ce « dieu » est en mesure de vous offrir, de vraiment substantiel, pour vous rendre vraiment heureux ? Essayez-vous de le comparer au vrai Dieu ? Celui qui, contrairement au « faux », s’est dépouillé et s’est sacrifié pour vous ? Pour votre rédemption ? Et non seulement pour vous offrir un bonheur temporel, mais éternel aussi ? Sans rien vous demander en échange qu’un peu de reconnaissance pour son sacrifice ? Un peu d’amour pour Lui et beaucoup pour votre prochain ?

Vous arrive-t-il de confronter votre dieu Baal au vrai Dieu ? Le faux dieu auquel vous dédiez votre « âme et votre sang » au Dieu qui vous a effectivement voué son âme et son sang sur la croix ? Pour votre salut, et non votre perte. Lequel mérite, selon vous, gratitude et adoration ?

R.B.

 

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