Vincent Lambert est «libéré».

Vincent Lambert n’est pas décédé. Il a été libéré de sa « prison corporelle », le 11 juillet 2019, après une longue « réclusion » qui s’est transformée, au fil des ans, en une détention, non point provisoire, mais permanente.

Ayons le minimum de foi et d’espérance, en tant que chrétiens, pour nous aligner sur la volonté de Dieu et considérer – ce qui relève de notre croyance – que Vincent a rejoint son Père après plus d’une décennie de vaine attente.

Les arguments éthiques et dogmatiques sur la sacralité de la vie ne tiennent pas la route lorsque cette vie devient irréversiblement végétative, l’être humain n’étant pas, par nature, un végétal, mais un être animé. Et d’autant moins lorsque cette vie est maintenue et prolongée artificiellement, et indéfiniment. Sans compter que, du point de vue chrétien, cette vie terrestre est temporelle et temporaire, la vraie vie étant céleste et considérée comme non seulement la destination finale, mais le but premier, selon le précepte évangélique qui nous enjoint de « chercher premièrement le royaume » (Matthieu 6 :33).

Pour en venir à la saga judiciaire concernant l’affaire Lambert – et sans nullement vouloir pousser le bouchon trop loin – on en arrive à se demander comment les Tribunaux concernés ont pu se laisser fourvoyer dans les méandres d’une jurisprudence pour le moins imprudente, qui permet l’enfermement abusif d’une âme dans un corps « inerte » et la rend, par conséquent, otage de tiraillements familio-socio-catholico-politico-judiciaires. Comment un système peut-il en arriver à transformer les soignants, dans ce cas, et contre leur gré, en « geôliers », et les défenseurs du droit à cette vie – à tout prix – en (faux) « aumôniers » ?  Qu’en est-il du droit à une vie, et à une « fin de vie », dignes et décentes ? Si tant est que cette vie touche effectivement à sa fin et qu’il n’y en ait pas une autre après (comme mentionné précédemment). Vincent aurait-il aimé être ainsi offert en spectacle ? Aurait-il approuvé la diffusion, à grande échelle, de ses « yeux ouverts » dans un but d’apitoiement? Ainsi a-t-on décidé pour lui ? Et qui vous dit que du fond de son « silence» il ne vous criait pas de le laisser partir ?

Il y a lieu de s’interroger, aussi, sur la position, pour le moins paradoxale, de l’Église catholique, qui prend le contre-pied de son propre enseignement et de sa propre doctrine. Comment peut-elle considérer le maintien en vie artificiel de Vincent Lambert comme relevant d’un droit naturel à la vie, d’ordre « canonique »? En effet, cette vie aurait connu une fin naturelle (quoique de cause accidentelle) pour rejoindre l’Éternel depuis longtemps, n’eût été l’avancement des technologies qui l’ont artificiellement retenue sur terre. On aurait épargné à Vincent cet « emmurement » déraisonnable et abusif, dans sa cellule corporelle, ainsi qu’aux Français et au reste du monde cet inutile débat ou combat de société, si on avait laissé le dernier mot à la « nature », qui est l’œuvre de Dieu, plutôt qu’à la « technologie », qui est l’œuvre des hommes. Une telle « épreuve » ne pouvait certes venir de Dieu qui ne voudrait pas voir une famille s’entredéchirer, une société se diviser et une victime inconsciente ballottée, sur son lit d’hôpital, entre des courants contraires. « Chaque vie a de la valeur », certes, comme l’affirme le pape François, mais quelle est la valeur d’une vie « sans vie », qui est freinée dans son ultime élan vital vers l’après-vie ? Son ultime demeure ?

De plus, Dieu n’est pas un « Artefact » pour approuver cette alimentation et cette hydratation artificielles, et cet acharnement thérapeutique, d’autant plus que l’état végétatif du patient était médicalement jugé irréversible.

Si un « miracle » était à espérer, force est de reconnaître que celui-ci s’est fait attendre, durant dix longues années d’expectation, comme pour signifier que l’attente terrestre est vaine et que c’est une autre « attente » qui prévalait, à laquelle il convenait de répondre… bien plus tôt ! D’autant plus que Vincent n’était pas dans le coma, pour espérer sa sortie, mais dans un état végétatif irrémédiable consécutif à une cérébrolésion.  

Et parlant de miracle, il convient de se demander ce qu’a fait l’Église, avec ses clercs et ses laïques, pour le «réveil » de Vincent ? A-t-on prié, suffisamment, avec ferveur, individuellement et en groupe, pour son rétablissement ? A-t-on fait preuve d’acharnement spirituel, autant que l’acharnement thérapeutique employé à prolonger artificiellement sa vie ? A-t-on organisé des séances de prière collective ? De récitation systématique et journalière du rosaire ? A-t-on célébré des messes à son intention ? Et entrepris des pèlerinages pour sa réanimation ?

Dans l’affirmative, nous nous empressons de présenter nos excuses, tout en faisant valoir que si, après tant d’ardeur, les vœux n’ont pas été exaucés, c’est que Dieu le réclamait auprès de Lui, et que cette longue « retenue » constituait une entrave à ce rappel.

Mais on ne peut s’empêcher de se réinterroger sur les raisons théologiques et dogmatiques de cet attachement mordicus des chrétiens à la vie terrestre, aux choses temporelles, matérielles, corporelles, alors que la religion chrétienne les considère comme transitoires, préparatoires aux vraies Béatitudes que tout vrai croyant devrait avoir hâte de connaître !

D’où la question fondamentale : y croient-ils vraiment ? Intimement, profondément, sans l’ombre d’un doute ? Car dans l’affirmative, ils devaient être en faveur de la « libération » de Vincent, plutôt que de s’obstiner à prolonger sa « détention », qui n’avait plus rien de provisoire. Ils auraient dû plutôt (et idéalement) œuvrer en sens inverse, pour l’arrêt des soins artificiels, et pour sa prise en charge (sur)naturelle. Ils auraient dû faire appel à Dieu pour le recevoir, et non à la Cour d’appel pour le retenir, afin de crier – indécemment – victoire, par des « On a gagné ! », comme si c’était la coupe du Mondial qu’ils avaient remportée, alors que c’était la coupe du supplice de Vincent qu’ils venaient de remplir ! Ceci avant la décision de la Cour de cassation de casser, justement, les chaînes du condamné !

« Cherchez premièrement le royaume », est-il prescrit. Cherchez-vous vraiment ce royaume céleste ? Ou bien cherchez-vous un autre ou le vôtre, terrestre ? Cherchiez-vous ce royaume pour Vincent ? Désespérément absent ? Afin qu’il devienne « présent » au sein de Dieu ? Cherchiez-vous sa victoire contre la mort ? Ou votre petite victoire pour une vie… végétative ?

R.B.

Comments are closed.