Mais où es-tu Rafic ?

 

« M. Hariri, qui s’exprimait devant des délégations de partisans du courant du Futur, s’est engagé à dénoncer, un par un, tous ceux qu’il accuse de l’avoir poignardé dans le dos ». « Jusqu’où ira Saad Hariri dans ses révélations ? » (OLJ)

Celui qui, par « souci de stabilité » a avalé couleuvre sur couleuvre venant de ses ennemis, a décidé de cracher le morceau sur ses amis afin de déstabiliser son propre camp et rendre service à ses ennemis. Peu importe jusqu’où il ira dans ses révélations, il est déjà allé assez loin dans ses allusions contre les siens et ses alliés.

C’est un homme de principe, M. Hariri. Il peut s’asseoir et s’entendre avec ceux qui l’ont poignardé au cœur, mais pas avec ceux qui l’ont, à l’en croire, « poignardé dans le dos ». Il ose bien « lâcher le morceau » quand il s’agit des siens, mais pas l’arête, voire le squelette entier de poisson que les autres lui ont fait avaler et qui lui reste en travers de la gorge.

Pourquoi le fils s’ingénie-t-il à être non seulement l’antithèse du père, mais l’antithèse de lui-même : de celui qui avait pris le flambeau douze ans plus tôt ? Pour vouloir finalement mettre le feu à sa propre baraque ? Pourquoi sa maturation politique est-elle inversement proportionnelle à son expérience en politique ?

Est-ce un signe de santé que de vouloir étaler le linge sale domestique en public après avoir rangé dans les tiroirs le linge pourri des dernières semaines ?

N’eût-il pas été plus sage de régler les différends entre « compagnons de route » à l’intérieur de la maison pour justement préserver la stabilité et ce qu’il reste du mouvement du 14 mars ?

N’eût-il pas été plus grand, plus noble, de se dire ses quatre vérités en privé, en toute franchise, jusqu’à même s’empoigner, et finir par s’embrasser, plutôt que de révéler des vérités (ou contre-vérités) au grand public, et causer des fractures internes durables, voire irrémédiables ? Et ceci, à la grande satisfaction de l’axe de la « moumana3a » ?

Mais où es-tu Rafic ? Toi qui savais si bien ménager la chèvre et le chou, voire même la chèvre et le loup par vrai souci de stabilité ? Jusqu’à y laisser des plumes, et plus tard y laisser ta vie car, comme tu disais, « nul n’est plus grand que sa patrie » ?

Où es-tu Rafic ? Toi qui négociais habilement les virages les plus dangereux pour une meilleure tenue de route vers la souveraineté ?

Où es-tu Rafic ? Toi qui savais manœuvrer en terrain miné, jusqu’à faire sauter les mineurs et sauver les victimes potentielles ? Toi qui savais tirer savamment les ficelles de sorte à ligoter ton adversaire ou le pousser à se tirer dans le pied ? C’est pour cela qu’on voulait tant ta peau !

Où es-tu, Rafic ? Toi qui n’as jamais laissé transparaître la moindre déception pour préserver notre moral ? Toi qui ravalais les avanies pour sauvegarder notre fierté ? Toi le roseau flexible face aux vents intérieurs, et le chêne brise-vent face aux rafales extérieures ?

Où es-tu Rafic ? Car on ne se retrouve plus ! Où est passé ton convoi, avec tes compagnons ? Après avoir émergé de la fumée de la mort pour s’engager dans la voie ensoleillée de la justice, le voici qui s’engouffre dans la fumée de l’oubli. Où est passé ton Tribunal spécial ? Qui en parle ? Qui s’en soucie ?

Où es-tu Rafic ? Où est passé le cortège de martyrs qui t’a suivi ? Qui s’était frayé un chemin parmi les distributeurs de baklawa?
Vois ton « héritier » qui siège avec les confiseurs “par souci de stabilité”, dit-il. Et vois-le qui s’apprête, mû par le même souci, à « lâcher le morceau » pour ajouter au morcellement, et par voie de conséquence, à lâcher ton monument, ton testament, les acquis restants de la Révolution du Cèdre, les alliés qui l’ont soutenu depuis le début, l’ont épaulé, l’ont accompagné tout au long de son tortueux et torturant parcours, jalonné d’égarements.

Où es-tu Rafic, pour inspirer, pour raisonner ton fiston ? Pour l’éclairer ? Pour lui donner de ton savoir-faire ? De ton savoir-être ? De ta personnalité? De ta sagacité ? Pour lui léguer ta fortune, non pas matérielle, si volatile, hélas, mais ta fortune morale, spirituelle, diplomatique, stratégique, charismatique, surtout en ce temps d’infortune ?

R.B.

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