Merci, monsieur le « haut responsable ».

« Après Le Bristol, l’hôtel Rotana Gefinor refuse de recevoir la conférence annuelle du rassemblement de Saydet el-Jabal » (OLJ).

Ce second refus est tout aussi bienvenu que le premier, parce qu’il fait définitivement tomber les masques pour nous montrer les fausses figures aux commandes dans le pays et la vraie figure qui commande. Cette affaire dévoile aussi le paysage politique dans son ensemble, qui a déteint sur le paysage géographique pour en faire le fidèle reflet, pollué et délabré.

Il faut remercier ce « haut responsable » d’un parti se réclamant de Dieu, car il vient, par son intervention pour interdire la tenue de la conférence de Saydet el-Jabal (et de son propre aveu !), valider le thème de la conférence, confirmer la thèse de la mainmise iranienne et l’existence, non plus d’un mini-État, mais d’un maxi-État dans lequel l’État se dissout.

Nous n’avons plus besoin de soutenir ou débattre la thèse de la mainmise. Ce « haut responsable » l’a fait pour nous. Merci !

Il faut le remercier car, par ses pressions, il a élargi le rassemblement de Saydet el-Jabal, gonflé ses rangs, diffusé son message, polarisé l’attention de l’opinion publique sur cette conférence, et sur la justesse de son thème, et fait de cette rencontre réprimée, si ce n’est une affaire d’État, en l’absence de celui-ci, une affaire d’opinion et de principe ! Susceptible d’allumer, par son étincelle, une nouvelle intifada de l’indépendance !

Il faut le remercier de nous avoir donné le beau rôle et d’avoir pris le mauvais.

Il convient aussi de le remercier pour le tri qu’il nous a permis de faire, de nous avoir aidés à séparer le bon grain de l’ivraie, le bon grain des figures libres et souverainistes (partis et individus), de l’ivraie des figures contraires. Et d’avoir poussé certains « opposants de l’intérieur », hypocrites, à faire mauvaise figure.

Il faut le remercier d’avoir mis la République dans l’embarras, ainsi que ses pouvoirs publics et ses services. D’avoir montré que cette République est bel et bien confisquée : qu’un simple haut responsable d’un parti politico-paramilitaire peut menacer plus d’un établissement hôtelier et les obliger à annuler la tenue d’une conférence, de la façon la plus mafieuse, sans que ni lui, ni son organisation, ne soient inquiétés. Sans que la justice ne s’en mêle, ni les services de sécurité, ni les officiels de ce Liban officieux. Merci pour ce service, qui nous dispense de démontrer, une fois de plus, que le pays est sous occupation.

Son intervention nous a aussi permis de faire passer au tamis les « Résistances libanaises » afin de séparer les résistants authentiques des imposteurs, les souverainistes des fromagistes, les forces véritablement libanaises des forces faussement libanaises, les défenseurs de la liberté des offenseurs de la liberté, les protecteurs de la nation des tuteurs des confessions, les promoteurs du vivre-ensemble des « armateurs » du mourir-ensemble, les artisans de paix des partisans de la guerre (et de leurs courtisans)…

Il nous a rendu un énorme service, ce « haut responsable », en nous plaçant face à nos responsabilités, pourvu que l’on sache les assumer pleinement, et courageusement.

Ce « haut responsable » vient de rendre les uns hautement responsables et les autres bassement responsables. Il faut donc le remercier infiniment !

Ronald Barakat

 

 

 

 

 

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