MOI, LIBAN…

Moi, Liban, je ne suis plus

Qu’une illusion ou qu’un mythe,

Un drapeau rongé de mites,

Le pavillon des exclus.

J’ai contracté un bacille,

Une terrible infection

Découlant d’une élection

Au vote si imbécile !

Me voici transi, malade,

Moi qui fus un beau pays !

Ma bonne image a vieilli

Et mon cèdre est mis en rade !

On a transformé mon bois

En d’incandescentes bûches ;

On m’a dressé tant d’embûches

Et mis ma faune aux abois !

Me voici tout vermoulu,

Dévoré par la vermine :

Un régime qui me mine

Et que je n’ai pas voulu !

On a sectionné mon corps

Et mon grand peuple en peuplades

Qui défilent en parade

D’adorateurs de veaux d’or !

On a ravagé mes monts

Et pollué mes rivières,

Mes mers, mon air et ma terre,

Infestés par ces démons.

On m’a mis des gouvernants

Bien rodés à l’incurie ;

On a livré la patrie

Aux crocs de ces revenants !

Qui ont inondé mes villes,

Noyé dans leur nuit mes jours,

Débordé mes champs, mes bourgs

De leurs rigoles si viles !

Ils ont, d’aval en amont,

Institué la géhenne

Par des offrandes païennes

À leur dieu nommé Mammon !

Mais voilà que du ciel rouge

Il a plu de vives eaux

Qui ont tissé des réseaux

Et depuis, la terre bouge !

Moi, Liban, cette légende,

Me voici ressuscité

Des bas-fonds de ma cité

Car ma foi en Dieu est grande !

Et je prends mon ascension

Vers les crêtes souveraines

Où l’amour vaincra la haine,

Où l’on vivra en union ;

Car un jour, tous les corps sains

Et les porteurs de bacilles

Porteront l’aube civile,

Et je serai leur vaccin !

R.B.

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