Monsieur le Président…

 

Monsieur le Président, emporté par les anges

Il y a trente-cinq ans,

De ta chère maison, la maison des phalanges

Qui élève les grands ;

 

Je t’adresse en ce jour de triste anniversaire

Un hommage de plus,

Imprégné d’une larme issue de notre terre

Où il a beaucoup plu ;

 

Où il a plu du sang, où il a plu des fautes

Depuis que tu n’es plus ;

Où nous avons laissé l’Ombre avoir la main haute,

Assombrir ton salut ;

 

Car depuis ton départ, des conflits et des guerres

Ont brouillé ta vision ;

Et nous avons connu l’occupation des « frères »

Et leurs persécutions ;

 

Ils ont même dissous les Forces Libanaises,

Ta belle institution,

Mais qui, tel un phénix, a jailli de la braise

Par la révolution.

 

Ton digne successeur, digne d’être à ta place,

A connu la prison

Pour gagner son pari, éclore par la grâce

D’une belle saison ;

 

Une saison flétrie par les fièvres internes

Et les compromissions

Qui ont, hélas, remis notre drapeau en berne

Et terni la mission.

 

Après un envol fier le « Quatorze mars » tombe

Laissant, sans un soupir,

Ses partisans enfouir leur rêve dans la tombe

Et ses martyrs mourir.

 

Ton heureuse élection avait annoncé l’ère

Du véritable État

Aujourd’hui morcelé dans les cloisons sectaires,

Et les mini-États.

 

Ton but était d’ôter les armes illégales ;

Tu en étais si près,

Mais d’illégalité, toujours on se régale :

Ces armes font florès.

 

Tu avais l’intention de purger notre « ferme »,

Nos écuries d’Augias,

Mais l’âpre puanteur est de nos jours plus ferme :

Les puants pleins aux as.

 

Monsieur le Président, notre sol se déchaîne

Sous des éclairs stridents ;

Notre bateau ballant a plusieurs capitaines,

Et plus d’un président.

 

Nous pouvons entrevoir, à travers ce malaise,

De meilleurs lendemains

Tant que, ô cheikh Béchir, tes Forces Libanaises

Restent en bonnes mains.

 

Tant qu’elles étreindront le Cèdre de leur ligne

Rouge, au cœur souverain,

Qu’elles arboreront ton flamboyant insigne,

Ton don n’était pas vain.

 

R.B.

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