Notre raison brûle.

« Notre maison brûle. Littéralement. L’Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20% de notre oxygène, est en feu. C’est une crise internationale. » (Emmanuel Macron).

À la bonne heure ! L’Europe commence à se réveiller, pendant que l’Amérique du Nord dort encore. Le danger est au sud. Prenez votre temps pour tirer la sonnette d’alarme, vous et vos pairs, depuis des jours, voire des semaines que cette « maison brûle », pendant que l’hôte brésilien qui occupe 60% de ladite maison se contente d’accuser les ONG d’être les pyromanes et parle de « psychose environnementale ». Il paraît que cet extrémiste de droite, cet « élu par la voix du peuple qui est la voix de Dieu » est « climatosceptique », c’est-à-dire qu’il doute de l’existence ou de l’utilité de ce « poumon de la planète », ou de la menace qui pèse sur ses bronches. C’est quand même déjà bien de se mettre en mode « crise internationale », à défaut de crises nationales dans le bassin amazonien.

Selon quel système mondial tordu un « poumon », qui nous permet de respirer, est enfermé dans la cage thoracique d’un organisme individuel, irresponsable, et qui respire le racisme et la xénophobie ? Au lieu d’appeler le monde à la rescousse il crie à l’ingérence !

Laissez-la brûler, cette maison ! Laissez-le étouffer, ce poumon ! Vous ne méritez ni d’y habiter, ni d’en respirer.

Elle brûle, la plus grande forêt tropicale du globe, et on est toujours dans la fumée, pas seulement de l’incendie, mais des chiffres. On ne connaît ni le nombre de zones touchées, ni leur superficie, ni le rythme de progression. On est aussi dans la fumée quant aux moyens employés pour lutter contre le feu rageur et ravageur. Avec toutes les nouvelles technologies, ultra-sophistiquées, que possèdent ces superpuissances, leurs pouvoirs de « bombardement », et leur longue expérience en la matière, elles sont là à laisser faire le dragon, à le laisser cracher son feu tous azimuts, impunément, et à faire des petits. Et les feux qui prolifèrent et s’étendent, éperdument, inexorablement. C’est que ces superpuissances ont affaire à une puissance supérieure, cette fois-ci ! Elles font face au dieu du feu en personne, Héphaïstos ! Pourtant, elles étaient capables de bombarder au napalm et détruire des forêts entières au Vietnam, au Cambodge et ailleurs. Mais bombarder à l’eau, à la neige carbonique ou autre matière, que sais-je, c’est une autre paire de manches. Les moyens sont illimités quand il s’agit de détruire et de tuer, et très limités quand il faut éteindre un feu, sauver sa maison.  

Après plusieurs jours d’attentisme, les dirigeants planétaires ont enfin relevé le niveau d’alerte de la « préoccupation » à « l’alarme », en attendant les larmes qui suffiront à elles seules à éteindre l’incendie. Et qu’on ne dise pas que c’est une affaire brésilienne, puisque c’est une affaire de survie planétaire qui menace l’écosystème ! Laisser notre « maison brûler » parce qu’elle est située dans le domaine d’un irresponsable, d’un insouciant, d’un anti-écologiste, d’un ignorant ? Qui ne verrait pas d’un si mauvais œil la déforestation au profit de l’agriculture, de l’élevage, de l’exploitation minière et de l’urbanisation ?

Mais qu’espérer de bon de ces gouvernants du monde lorsqu’ils ne prennent même pas la peine de vérifier l’authenticité des photos du cataclysme. Il paraît que Macron a affiché sur son compte Twitter une photo qui remonte à 2003 au moins ! Suivi par d’autres personnalités, tout aussi étourdies. Ce qui a servi de prétexte au Duce brésilien pour stigmatiser la désinformation et la propagande. Il n’y a rien de grave en Amazonie. C’est de la fumée sans feu !

En attendant, vous les grands du «G7 », attendez le week-end pour tenir votre état-major, vous pencher sur la carte, avec un bon menu à la carte, et voir comment attaquer le problème. Rien ne presse. Il n’y a pas le feu à la baraque, mais juste au plus grand réservoir de biodiversité au monde, qui renferme un quart des espèces mondiales fauniques et floristiques et des centaines de tribus indigènes, outre les millions d’habitants citadins. Un massacre est en cours pendant que les concertations, qui n’ont pas commencé, suivront leur cours… normal. Et du côté amazonien (brésilien, colombien, bolivien, péruvien…) on observe la fumée qui se mêle aux nuages. Et dans l’infonuagique, c’est le hashtag #PrayforAmazonas (prions pour l’Amazonie) qui défile. Si nous savions au moins prier… nous obtiendrions la pluie pour l’Amazonie.    

Et dire que les millénaristes rêvent d’une fin de monde où ils retrouveront le « paradis terrestre ». C’est un immense champ de ruines que vous leur laisserez. Un énorme cratère fumant. Les quatre cavaliers de l’Apocalypse ne trouveront rien à détruire. Vous aurez fait tout le travail pour eux ! 

Par votre incurie, tous, votre inconscience, votre désinvolture, votre impuissance pour le bien et toute-puissance pour le mal, par votre gestion catastrophique de la planète, la fin du monde sera l’œuvre de vos propres mains. Vous prendrez Dieu de court.  

Si la « maison brûle », c’est parce que votre conscience, elle, ne vous brûle pas.

R.B.

Comments are closed.