Pardon de vous contredire, Monsieur le Président.

 

OLJ : « Le président de la République, Michel Aoun, a légitimé dimanche l’action du Hezbollah dans le cadre de la guerre syrienne, dans un entretien accordé à la chaîne TV5 Monde :  « (…) Le Hezbollah a défendu les frontières libanaises contre les terroristes (…) Assad représente le gouvernement syrien, je ne me permettrais pas de le juger (…) C’est une affaire syrienne. Tant que son peuple ne l’a pas évincé, le problème reste syrien (…) La guerre syrienne n’était pas une guerre de libération, mais une guerre de terroristes qui se battaient contre tout le monde (…) Il n’y a plus que des enclaves de résistance qui seront libérées ».

Que monsieur le président de la République veuille bien me pardonner de le contredire, même si ma « fausse note », malgré sa véracité, ne pourra fausser l’irréalité, ou la surréalité, qu’il préside, ni perturber le grand orchestre dysharmonique.

Le point de vue d’un chef de parti ou d’un chef de bloc parlementaire est une chose, et celui d’un président en est une autre, parce que ses déclarations et son discours engagent la nation qu’il représente, d’autant plus que celui-ci se veut « paternel » et « rassembleur ». Or, M. Aoun est loin de « rassembler » la nation par sa position vis-à-vis du drame syrien. Son parti pris présidentiel, « non consensuel », qui s’inscrit dans la ligne de son parti politique et dans la lignée du camp du 8 mars, et ceci depuis l’accord de Mar Mikhaël de 2006, et malgré l’accord de Meerab de 2016, ne peut occulter l’amère réalité, ni contredire les criantes vérités qu’aucune contre-vérité partisane n’est en mesure de réfuter.

La vérité est que le Hezbollah ne s’est pas contenté de « protéger les frontières libanaises contre le terrorisme », mais qu’il s’est militairement engagé, au-delà des frontières, pour soutenir un régime de terreur, effectivement coupable de crimes contre l’humanité et crimes de guerre, bien documentés et étayés par les instances onusiennes concernées, par les pays occidentaux et par les organisations de défense des droits de l’homme.

La vérité est qu’il existe une armée libanaise pour remplir le rôle de protection des frontières libano-syriennes et qu’il n’est pas du tout du ressort d’une milice dont le rôle a expiré avec la libération du Sud et qui se doit, par conséquent, de déposer ses armes, devenues illégales, de protéger nos frontières ou notre terre. D’autant plus que cette milice est elle-même accusée de terrorisme par les communautés internationale et arabe (pas par moi) et tenue de rendre ses armes conformément à la Constitution libanaise et aux résolutions 1559 et 1701 de l’ONU.

La vérité est que la guerre syrienne n’est pas une « guerre de terroristes qui se battaient contre tout le monde », mais la guerre d’un régime dictatorial contre un peuple en quête de liberté et de dignité, à en juger par les débuts de la révolution syrienne qui ne s’est radicalisée que des mois plus tard, suite au laisser-faire, lâche et hypocrite, de la communauté internationale. Outre le rôle diabolique du régime dans l’alimentation du terrorisme pour discréditer la révolution et faire croire qu’il combat le terrorisme, et non pas son peuple.

La vérité est que le drame syrien n’est pas « une affaire syrienne », un « problème syrien » interne, puisque le monde entier s’y est mêlé, par action et par omission, non pour sauver un peuple en détresse, mais pour « emmêler » sa juste cause et ses revendications légitimes, et le noyer davantage dans un bain de sang et une brume de gaz qui vient d’envelopper tout récemment la ville de Douma, après d’autres régions de la Ghouta orientale et de Khan Cheikhoun.

La vérité est que, n’eût été l’intervention militaire de l’Iran (et de son appendice local), de la Russie, des mercenaires irakiens, afghans, etc., le despote qu’on « ne se permet pas de juger » aurait été évincé depuis longtemps et traduit devant la justice internationale. Par conséquent, son maintien au pouvoir ne relève nullement d’une volonté populaire intrinsèque, démocratique. Si on avait laissé faire ce peuple, sans entraver sa marche vers la liberté par des « détournements » et par un soutien militaire massif à son geôlier, il en aurait fini, par ses propres moyens, à mains nues, avec la tyrannie qui l’enchaîne, de père en fils.

Voici la vérité, toute crue, toute vraie, non déformée par l’esprit de compromis, ni de compromission, ni commandée par des intérêts et des accommodements (dé)raisonnables. Une vérité dictée par les faits et par une conscience libre.

Et pour avoir étalé ces vérités, devant Dieu et devant ma conscience, je m’envie. Je m’envie d’avoir pu le faire, de n’être pas lié par des pactes, des arrangements, des alliances, une « realpolitik » immorale, ni enchaîné à un « fauteuil » et aux circonstances qui m’y ont conduit. J’envie ma position de simple citoyen anonyme, de simple humain doté de conscience et de sensibilité, capable d’appeler un chat un chat, un criminel un criminel, un hors-la-loi un hors-la-loi, un bourreau un bourreau, une victime une victime…

Je m’envie de ne pas faire dans la dentelle, de ne rien camoufler dans l’ourlet, de ne pas pailleter ma pensée en vue de briller, de plaire ou de me protéger, de voir la vérité en face, dans toute sa laideur, sans avoir besoin de la maquiller, de la relooker pour l’accepter et me donner bonne conscience.

Je m’envie d’être constant dans mon parcours, dans mon discours, de ne pas infléchir ma courbe selon mes intérêts et mes ambitions personnelles, jusqu’à me courber, mais de la redresser, de la rendre aussi droite que l’I de l’Intégrité.

Je m’envie d’être libre ! Même s’il m’en coûte ! De considérer l’humain sous l’angle droit du « L » de la Liberté.

R.B.

Lien de référence:

https://www.lorientlejour.com/article/1109396/aoun-en-syrie-il-ny-a-plus-que-des-enclaves-de-resistance-qui-seront-bientot-liberees.html

 

 

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