PARDONNE-MOI, BÉCHIR…

 

 

 

Pardonne-moi, Béchir, d’avoir mis si longtemps

                 Pour te rendre un hommage.

À vrai dire, parfois, il nous en faut du temps

                 Pour sortir d’un dommage;

 

Pour se remettre enfin d’un affreux cauchemar

                  Qui fut un si beau rêve

Que l’on voit refleurir, aujourd’hui, sur le tard,

                  Par ton sang et ta sève.

 

Pardonne-nous, Béchir, d’avoir perdu le nord

                   Par de vaines querelles;

Et d’avoir bien failli mettre et remettre à mort

                   Ta vivante aquarelle;

 

D’avoir mis en conflit, d’avoir mis en péril

                   Les Forces libanaises,

D’avoir mis ta vision et tes vœux sur le gril,

                   Au bord de la fournaise.

 

Pardonne-leur, Béchir, d’avoir un jour dissous

                    Ta formidable armée,

D’avoir subi les clous et plié le genou

                     Sur ta croix désarmée;

 

Mais félicite-les, Béchir, d’avoir suivi

                     Ton inspirant martyre,

D’avoir su résister, batailler à l’envi,

                     D’avoir défié le Pire;

 

Oui, félicite-nous, d’avoir poussé ton grain,

                      Ton verbe de messie,

D’avoir fait poindre et croître un Cèdre souverain

                       Selon ta prophétie;

 

D’avoir pris de ta manne et de ton firmament,

                       De ton sourire aux nues;

Et de te rassurer, toujours, par ce serment :

                       «Béchir, on continue».

 

R.B.

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