Pour un Congrès de Refondation national(e).

Yves-F. Blanchet: « Ni à gauche, ni à droite. Devant ! ».

Le slogan ci-haut du chef du Bloc québécois, à l’occasion du Congrès de Refondation du parti, m’a particulièrement interpellé, à l’heure où le mouvement souverainiste bat de l’aile, comme on peut le constater.

Son discours, qui se veut rassembleur, a en fait plus rassemblé les militants et partisans, embrassé les jeunes du parti et de la base, ses environnementalistes, sans oublier les « bâtisseurs du pays du Québec », dont la plupart étaient absents… de la mémoire, vidée de son passé, de ses symboles, de son histoire. En plus des aïeux, étaient aussi absents les aînés, les jeunes prenant toute la place. Les jeunes, qui deviendront un jour vieux, et toujours sans « pays », tant et aussi longtemps que les discours souverainistes se tiendront sur les tribunes, et à côté de la plaque. Car sur la plaque, ou plutôt sur la touche, sont sagement alignés, à côté des bâtisseurs, les « gens des régions », pourtant au cœur du « pays » : jeunes et moins jeunes, agriculteurs, paysans, ouvriers, éleveurs, cols bleus… Au bout de la rangée, sur le long banc vermoulu, on peut apercevoir aussi les immigrants et les « néos » (dont je fais partie). Ces derniers, bien que « visibles », ne sont pas très vus (ni bien vus) sur la patinoire. Après tout, ils n’ont pas le hockey dans les gènes.

Pour en venir au slogan « ni à gauche, ni à droite, mais devant », les discoureurs feraient bien de sonder les Québécois, qui ne peuvent former un seul bloc, sur leurs véritables orientations, au lieu de vouloir les orienter là où l’on veut et leur imposer ses slogans. Sont-ils d’accord pour n’être ni à gauche, ni à droite ? En oubliant le centre ? « Devant », certes, tout le monde voudra bien y aller. On n’a pas d’autre choix. Mais qu’en est-il des « arrières » ?  De l’histoire ? Des origines ? Des valeurs québécoises? Du patrimoine culturel ? Que dit la majorité des Québécois, et notamment les souverainistes et les nationalistes, du retrait du crucifix de l’Hôtel de Ville de Montréal ? Sont-ils pour ? Sont-ils contre ? Ni pour, ni contre ? A-t-on demandé leur avis ? Par un sondage ? À part les deux ou trois « pour » et les deux ou trois « contre » devant les caméras des journalistes, juste pour faire équilibre, tout en procédant au retrait du crucifix ? Quel est le rapport réel des Québécois avec l’Église, aujourd’hui ? Après sa séparation consommée d’avec l’État ? Éprouvent-ils toujours ce ressentiment envers cette institution pour son hégémonie passée ? Sont-ils toujours endeuillés par la peu regrettée « Grande Noirceur » de l’époque Duplessis ? En sont-ils sortis ? Pour découvrir que tout n’était pas si sombre, comme tout n’est pas si « tranquille », ni si lumineux ? Ont-ils fait la part des choses ? Peut-être se sont-ils réconciliés avec l’Église sans que vous ne le sachiez (ou ne vouliez le savoir)? Peut-être considèrent-ils maintenant la moitié pleine du verre ? Les bienfaits de cette institution ? Son apport et son rôle – historique, politique, économique, éducatif, humanitaire – dans la constitution de la nation québécoise, de l’identité culturelle québécoise, de l’être québécois ? Peut-être le crucifix a-t-il toujours sa place, pour eux, dans les hôtels de ville ? Comment conçoivent-ils la laïcité ? Comme vous l’entendez ? Comme un athéisme déguisé ? Un anticléricalisme ?

Quelle est la position des Québécois vis-à-vis des questions sociétales, celles qui opèrent forcément un tri à gauche ou à droite, et ne peuvent se situer « devant » ? Telles que le droit à l’avortement ? Au mariage pour tous ? Le droit de mourir ? Le droit de fumer le cannabis ? Le droit de changer de sexe ? Les politiques d’immigration, d’éducation… ? Le port  des signes religieux ? Quel est leur taux de satisfaction des programmes d’intégration ? Du processus d’acculturation ? Constatent-ils une intégration ou une désintégration, sur ce plan ? Ou la formation de « ghettos ethniques» à Montréal et à Laval ? Que disent-ils du taux galopant de divorce ? De la décomposition de la famille québécoise ? Voire de son éclatement ? De cet individualisme outrancier ? De l’hédonisme qui tient lieu de nouvelle religion ? Sont-ils satisfaits de la politique linguistique ? Rassurés quant à l’avenir du français ?  Dans la « tour de Babel » allophone ? Sous les coups de boutoir anglophones ? Comment perçoivent-ils leur avenir et celui de leurs enfants ?  Comment se figurent-ils le Québec,  leur « pays », dans deux ou trois décennies ? S’y reconnaîtront-ils ? Le reconnaîtront-ils ? Il n’y a pas que les « énergies renouvelables » dans le tableau, mais les énergies d’un peuple à renouveler, un peuple à bout de souffle, peut-être, d’où son désintérêt de la question souverainiste à laquelle toutes ces questions sont reliées. D’où son décrochage. D’où votre déconnexion. D’où votre chute libre ! La souveraineté n’est pas que politique, économique, géographique, environnementale. Elle est aussi, essentiellement, sociétale, culturelle, artistique, traditionnelle, patrimoniale, historique… Elle n’est pas uniquement une question de territoire, mais de terroir. Il y a un pouls à tâter, une fibre à réveiller !

Demandez l’avis de la population, sur chaque question, au lieu de lui imposer vos orientations et vos choix. Avant de la pousser « devant », comme une fuite en avant pour éviter les problèmes et enterrer sa tête dans le sable. Traitez chaque mal, à part. Et s’il s’avère un bien, prouvez-le ! Faites-le valoir ! Mais avant tout, unissez-vous ! Unissez vos efforts ! Unissez vos générations ! Aimez-vous, les uns les autres, les souverainistes ! Comme le Québec vous a aimés et vous aime encore ! Essayez de fondre votre égo, boursouflé, votre « moi » égoïste, égotiste, dans le « nous » altruiste. Ce n’est pas un congrès partisan qui est requis, mais un congrès national pour débattre de toutes ces questions, soulever ces problèmes sociaux et psychologiques qui deviennent, à force d’être refoulés, de plus en plus pesants et problématiques. Ce n’est pas une Refondation partisane qu’il faut, mais nationale, qui plonge jusqu’aux racines pour restaurer les fondements de la nation.

La souveraineté sans spiritualité passe, et encore… Mais sans « esprit », sans « l’esprit d’un peuple », ne passera jamais !

R.B.

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